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My beautiful laundrette, un film de Stephen Frears (1985)

Publié le par Jean-Yves Alt

My Beautiful Laundrette n'est pas, à proprement parler, un film spécifiquement gay. Il ne faudrait tout de même pas traduire «laundrette» par lavette, mais par laverie. Qu'il n'y ait pas de méprise.

Petite historique du film : Au départ, la chaîne britannique "Channel Four" avait commandé à Stephen Frears, auteur déjà affranchi et émérite du petit et grand écran (Gumshoe en 1971 ; The Hit en 1983), un film-télé. Présenté au Festival d'Edimbourg, My Beautiful Laundrette a reçu un accueil si chaleureux que "Channel Four" a décidé de l'exploiter en salles.

La petite histoire : Un journaliste avait demandé à Stephen Frears pourquoi il n'avait pas essayé de monter son film avec un plus gros budget pour tourner en 35 mm. Réponse de l'intéressé : «Sérieusement. on ne pouvait pas aller voir un financier et lui dire : "Je vais faire un film sur un Pakistanais homosexuel, propriétaire d'une laverie automatique." Personne n'aurait jamais mis un sou dans l'affaire.» Comme quoi il ne faut jamais jurer de rien.

Pourquoi un tel engouement autour de ce film ? Son sujet, sans aucun doute, mais aussi sa pudeur. A Londres, les Pakistanais, c'est un peu nos beurs. Omar (Gordon Warnecke) a l'admiration et la reconnaissance de tout le clan familial. Son père en premier lieu, un journaliste socialiste dans son pays, maintenant désabusé, et qui préfère noyer ses rancœurs et ses désillusions dans l'alcool, tout en gardant un œil avisé sur l'avenir de son fils. Omar, capitaine courageux, profite de l'opportunité que lui offre son oncle Nasser, fin connaisseur du système D et des petites magouilles qui font florès, pour reprendre une affaire qui périclite, une laverie automatique, située aux confins d'un quartier d'immigrés et de marginaux. Il veut relever le défi et ne pas se laisser aller à l'amertume des exclus et des laissés pour compte.

Un bonheur n'arrivant jamais seul, il rencontre Johnny (Daniel Day-Lewis), un ami d'enfance et de lycée. Anglais pure souche, pour lequel il en pinçait déjà. Ce dernier, désemparé au cœur de la perfide Albion, s'était retrouvé parmi un gang de jeunes frappes, plus proches du Front national que des enfants de Baden-Powell. Leur belle histoire, au vu et su de tout le monde, peut commencer. Les "lavandiers" vont pouvoir laver leur linge sale en famille : restauration de la laverie, et inauguration de celle-ci en compagnie des familles médusées mais attendries.

Stephen Frears n'a pas recours aux enzymes gloutons ou autres poudres à récurer pour arriver à ses fins. Ne vous attendez pas à un cours moralisateur sur les vertus de l'homosexualité et de la vie de couple, encore moins sur les problèmes d'insertion des jeunes immigrés deuxième génération au sein des capitales européennes. Il observe avec tendresse à travers son hublot qui lui sert de caméra, sans prendre parti. A vous de trier votre linge avant de choisir le programme. Blanc ou couleur ?

Un film décapant, efficace comme un lavage à sec.


Lire aussi sur ce blog : du même réalisateur, Prick Up Your Ears

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