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Les cavaliers de l'orage, un film de Gérard Vergez (1983)

Publié le par Jean-Yves

Au village, tout le monde connaît Jason (Gérard Klein), un colosse taciturne, preux cavalier, qui n'hésite pas, chaque été à affronter les meilleurs lutteurs de cavalerie, bandant ses muscles et repartant toujours vainqueur sous les yeux ébahis du public, et à la plus grande joie de son frère cadet (Wadeck Stanczak), prénommé Ange.


Ce dernier rêve du jour où il pourra se montrer aussi fort que son aîné ; l'amour fraternel qui le lie à Jason se transformera - malheureusement - en rivalité.


Les deux frères se portent, au début, un amour réciproque, à la limite de l'ambigu : Jason ne déclare-t-il pas à son cadet : « Mon Ange, je te veux tout entier. » Même l'arrivée d'une femme ne semble pouvoir entacher leur complicité : « Le mariage ? Pas de danger, je suis content avec toi. »


Et pourtant, le sexe féminin se trouve merveilleusement représenté par Marie (Marlène Jobert), exilée polonaise, épouse d'un commandant de garnison. Nos deux héros, au gré de leurs fantasques démonstrations équestres, se lieront avec cette infirmière, âme dévouée aux déshérités.


Hélas, le 2 août 1914, la guerre éclate et le tocsin résonne dans toute la France. Les troupes embarquent par convois entiers et Jason se voit réquisitionné. Mais avant de revêtir l'uniforme, il emmène Ange chez le photographe afin d'emporter un souvenir. Ce n'est pas un portrait qu'il désire mais le torse bombé de son jeune frère : « Montre-leur comme tu es beau ! » Les photos du bellâtre seront enfouies au fond d'un petit coffret qu'il pourra ouvrir dans les moments de nostalgie…


Sur le front oriental, les troupes anglaises et françaises se heurtent à l'armée turque qui tient avec l'Allemagne le détroit des Dardanelles. Une tentative alliée se solde par un massacre dont seuls réchappent Jason et un officier français, d'origine serbe, le lieutenant Gorian (Vittorio Mezzogiorno). Marie, après le décès de son époux, s'est engagée comme médecin militaire. Ange l'aide en qualité de chauffeur, cherchant comme un amant désespéré et abandonné des nouvelles de son aîné, en s'adressant à tous les soldats blessés qui reviennent du front.


Une lettre de Jason, laissant percevoir une tendresse cachée pour Marie, les décidera à partir à sa recherche jusqu'à Salonique. Amour, amitié, les retrouvailles sont saluées par des débordements affectifs…


Gérard Vergez renoue ici avec le film d'aventures, de guerre et d'amour.


J'avoue que je suis sensible à ce désir asexué et délicieusement ambigu, cette délectation de la caméra qui lèche les corps des deux frères en lutte. C'est beau parce que c'est tendre et viril, tout à la fois.


Les cavaliers de l'orage repose également sur les prestations exceptionnelles des acteurs : Marlène Jobert qui joue là un de ses plus beaux rôles, méconnaissable ; Gérard Klein, qui a dû subir un entraînement intensif pendant un an : course, équitation, et lutte pour faire face aux six combats du scénario ; et Wadeck Stanczak « l’ange » qui montre ici une remarquable présence.


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