Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

L'étoffe des héros, un film de Philip Kaufman (1983)

Publié le par Jean-Yves Alt

Vive l'Amérique et ses beaux pilotes

Il y a un peu plus de quarante ans, les Américains relèvent le défi : Non, les "méchants" Russes ne seront pas les premiers hommes sur la Lune ! L'étoffe des héros nous rappelle cette merveilleuse histoire de la conquête de l'espace.

Voilà l'exemple type de grande fresque historique (3h13 de projection) efficace et réussie. Philip Kaufman a eu l'ingénieuse idée de porter à l'écran les débuts de cette course dans l'espace que se livrèrent les deux super-puissances mondiales, avec un arrière goût d'anticommunisme, sublimé par l'héroïsme, la bravoure et la compétence d'une nation faite par des winners, des gagnants pour des gagnants !

Tout débute sur la base d'Edwards, où le pilote d'essai Chuck Yeager, (magnifique Sam Shepard ci-contre) réussit le premier passage du mur du son, le 14 octobre 1947. Grâce à sa renommée et à ses exploits, il contribuera au succès de la base d'Edwards, où se dérouleront les heures les plus glorieuses de l'aéronautique. Yeager est la figure même du héros mythique américain : audacieux, taciturne, fonceur. Il reste le modèle de tous les futurs astronautes qui s'essayeront dans cette course du "toujours plus". Les élèves affluent.

Le 9 avril 1959, sept noms s'étalent à la une des journaux : Shepard, Glenn, Carpenter, Grissom, Schirra, Cooper et Slayton. Ces hommes sont des pilotes d'essais, investis d'une mission très spéciale : l'Amérique les a choisis pour partir à la conquête de l'espace. Elle les a retenu pour leur courage, leur endurance, leur intelligence et leurs compétences techniques. Ils ont l'aura magique des champions ; ils ont l'étoffe des héros.

Mais le 12 avril 1961, Youri Gagarine est le premier homme dans l'espace. Un Russe, cela paraît inconcevable. Pour lui donner la réplique, le 25 mai 1961 John F. Kennedy prophétise devant le Congrès l'imminence d'une nouvelle aventure américaine. Il proclame venu «le moment pour cette nation, d'affirmer clairement sa vocation de guide dans l'espace» .

Le film reste fidèle à l'histoire, et s'intéresse tout spécialement aux huit héros. Tout commence par leur arrivée sur la base d'Edwards, où chacun rivalise de prouesses pour dépasser un record. Les épouses se réunissent entre elles, causeries pleurnichardes et dépressions : « Quel métier dangereux ! Que vais-je devenir s'il meurt, avec deux enfants sur les bras ? » Jusqu'au jour où le gouvernement américain, ne voulant pas se faire doubler par les Russes, s'enquiert des meilleurs d'entre eux, après une série de tests compliqués.

On découvre également l'empire de la presse. Life a décroché l'exclusivité des reportages : couvertures avec les sept couples (femmes et enfants compris), visites des maisons respectives et soirée au coin du feu avec les épouses, ces angoissées, mais aussi l'exclusivité des entraînements à la NASA.

Les sept pionniers s'insurgent, ils s'aperçoivent que sous le couvert d'être des héros, exemples de l'Amérique, ils sont aussi des cobayes. Les hommes politiques, Johnson en tête, crée un incident diplomatique car Mrs Glenn refuse de recevoir les caméras de la télévision le jour où son mari est dans l'espace. La pauvre est handicapée par un bégaiement, excluant toute prestation télévisuelle.

On ne s'ennuie pas un instant et on redécouvre avec bonheur les images qui ont fait les plus belles heures de notre télévision dans les années soixante. L'intérêt du film est dû principalement à la force du scénario qui n'hésite pas à épingler quelques comportements outranciers des Américains, même sous leur aspect le plus héroïque.

Commenter cet article