Avec Deep end, le réalisateur, Jerzy Skolimowski, verse dans une atmosphère très anglaise où l'anecdote est prétexte à montrer un adolescent sans expérience découvrir les pièges et les hypocrisies du monde, être victime de la cruauté et de la bêtise du destin.


Mike (John Moulder-Brown) a quinze ans, il sort de l'école et trouve du travail dans un établissement de bains de l'east end londonien. Ce passage sans transition à un univers sordide, de bas-fonds est implicitement une condamnation rédhibitoire d'un système éducatif inapte à enseigner les réalités de la vie, qui ne sont pas reluisantes.


Le joli minois de Mike fait tilt aussitôt : nombreuses sont les clientes chatouilleuses qui aimeraient bien que le beau puceau s'intéressât à leur secrète intimité, au lieu de s'en tenir aux douches et shampooings.


Mike, dans ce contexte d'érotisme tellement refoulé qu'on le sent toujours prêt à ce soudain débordement que provoque bien souvent toute saturation, tombe amoureux d'une de ses collègues de travail, Susan (Jane Asher), sensuelle rouquine de dix ans son aînée.


Susan s'occupe de la section des femmes, le professeur de natation est son amant et elle est fiancée... avec un autre. Elle est incapable de saisir à quel niveau se situe l'amour exclusif et total que Mike lui voue. Elle se moque des aspirations d'absolu qui hantent les rêves de l'adolescent.


Le dénouement fatal, au fond de la piscine, est la seule issue possible, la seule manière d'empêcher le jeune héros de sombrer dans la bassesse des sentiments communs où se mêlent sournoiserie et intérêt, la seule manière de sauvegarder la force de l'idéal.


Cet épilogue tragique, qui nous rappelle que "Deep end" est avant tout un drame de l'adolescence, ne doit pourtant pas faire oublier l'humour que déploie Skolimowski tout au long du film.


Les premières scènes, où d'énormes matrones en mal de sensations jettent leur dévolu sur la tendre et séduisante chair fraîche miraculeusement offerte à leurs regards lubriques, sont d'un burlesque féroce. Par son sens aigu de l'observation, le réalisateur sait rendre authentique et drôles les audaces et les maladresses que Mike multiplie pour interférer dans la relation (insupportable pour lui) que Susan entretient avec son amant.


Nombreuses sont aussi les références à la psychanalyse et à la psychologie de l'adolescence, comme par exemple pour le vol du poster dont l'image ressemble à Susan.


Il faut aussi noter la façon dont Skolimowski dépasse le réalisme social pour insuffler une dimension onirique, par un sens particulier de filmer le détail : gros plan étrange sur une goutte de sang, enlacement trouble de deux corps dans l'eau d'une piscine.


Nulle doute que la présence de John Moulder-Brown, adolescent fragile et franchement beau, est déterminante, autant que le regard d'esthète du cinéaste, pour assurer à cette œuvre une durable jeunesse.


Publié dans : FILMS
Retour à l'accueil

Commentaires

Aucun commentaire pour cet article



Homosexualité(s) et Littérature

sous la direction de Benoît Pivert


Le chasseur abstrait éditeur, cahier de la RAL,M n°10, mars 2009, ISBN : 9782355540448, 25 €



Vient de paraître

Discours littéraire et scientifique fin-de-siècle

La discussion sur les homosexualités dans la revue du Dr Lacassagne
Les Archives d’anthropologie criminelle (1886-1914) : autour de Marc-André Raffalovich


Editions Orizons, 2008, collection “homosexualités”, ISBN : 978-2296038196



 

[...] les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l'espace mesurable.
Claude Simon, Album d’un amateur,  Editions Remagen-Rolandseck, 1988, p. 31

 

Photographie de Cédric Genty – 2004


Lire c'est aller à la rencontre de quelque chose qui va exister.
Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur



RECHERCHE THEMATIQUE par TITRE

 

Littérature & Homosexualité

 

 

Littérature jeunesse & Homosexualité

 

 

Histoire & Homosexualité

 

 

Cinéma & Homosexualité

 

 

Philosophie

 

 

Arts

 

 

Citations & Homosexualité

 

 


 

Rechercher




Des maisons d’éditions qui comptent


















"Qui sommes-nous, qu’est chacun de nous sinon une combinaison d’expériences, d’informations, de lectures, de rêveries ? Chaque vie est une encyclopédie, une bibliothèque, un inventaire d’objets, un échantillonnage de styles, où tout peut se mêler et se réorganiser de toutes les manières possibles."
(Italo Calvino, Leçons américaines)

 affiche-affiche-pierre-et-gilles-contre-homophobie.jpg

 

« Tu ne sauras jamais les efforts qu'il nous a fallu faire pour nous intéresser à là vie ; mais maintenant qu'elle nous intéresse, ce sera comme toute chose - passionnément. »
André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)

ISIDOR.jpg


« Tout est vrai, le temps d’un texte. »
Kirsty Gunn



undefined

 follement-gay-lyon.gif

« Je crois aussi qu'on ne meurt pas avant d'en avoir secrètement, tenacement le désir. »
Tony Duvert


Le site de Lionel Labosse. Un regard altersexuel sur le monde.

REFERENCE-INFO.jpg



undefined

C’est ainsi par exemple que l’on envoie les enfants à l’école, non pas dans l’intention qu’ils y apprennent quelque chose, mais afin qu’ils s’habituent à demeurer tranquillement assis et à observer ce qu’on leur ordonne, en sorte que par la suite ils pensent ne pas mettre réellement et sur le champ leurs idées à exécution.
KANT, Réflexions sur l’éducation

Esprits Libres: votre Magazine

Liens

Syndication

  • Flux RSS des articles
Blog : Vie perso / Journal intime sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus