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Deep end, un film de Jerzy Skolimowski (1970)

Publié le par Jean-Yves

Avec Deep end, le réalisateur, Jerzy Skolimowski, verse dans une atmosphère très anglaise où l'anecdote est prétexte à montrer un adolescent sans expérience découvrir les pièges et les hypocrisies du monde, être victime de la cruauté et de la bêtise du destin.


Mike (John Moulder-Brown) a quinze ans, il sort de l'école et trouve du travail dans un établissement de bains de l'east end londonien. Ce passage sans transition à un univers sordide, de bas-fonds est implicitement une condamnation rédhibitoire d'un système éducatif inapte à enseigner les réalités de la vie, qui ne sont pas reluisantes.


Le joli minois de Mike fait tilt aussitôt : nombreuses sont les clientes chatouilleuses qui aimeraient bien que le beau puceau s'intéressât à leur secrète intimité, au lieu de s'en tenir aux douches et shampooings.


Mike, dans ce contexte d'érotisme tellement refoulé qu'on le sent toujours prêt à ce soudain débordement que provoque bien souvent toute saturation, tombe amoureux d'une de ses collègues de travail, Susan (Jane Asher), sensuelle rouquine de dix ans son aînée.


Susan s'occupe de la section des femmes, le professeur de natation est son amant et elle est fiancée... avec un autre. Elle est incapable de saisir à quel niveau se situe l'amour exclusif et total que Mike lui voue. Elle se moque des aspirations d'absolu qui hantent les rêves de l'adolescent.


Le dénouement fatal, au fond de la piscine, est la seule issue possible, la seule manière d'empêcher le jeune héros de sombrer dans la bassesse des sentiments communs où se mêlent sournoiserie et intérêt, la seule manière de sauvegarder la force de l'idéal.


Cet épilogue tragique, qui nous rappelle que "Deep end" est avant tout un drame de l'adolescence, ne doit pourtant pas faire oublier l'humour que déploie Skolimowski tout au long du film.


Les premières scènes, où d'énormes matrones en mal de sensations jettent leur dévolu sur la tendre et séduisante chair fraîche miraculeusement offerte à leurs regards lubriques, sont d'un burlesque féroce. Par son sens aigu de l'observation, le réalisateur sait rendre authentique et drôles les audaces et les maladresses que Mike multiplie pour interférer dans la relation (insupportable pour lui) que Susan entretient avec son amant.


Nombreuses sont aussi les références à la psychanalyse et à la psychologie de l'adolescence, comme par exemple pour le vol du poster dont l'image ressemble à Susan.


Il faut aussi noter la façon dont Skolimowski dépasse le réalisme social pour insuffler une dimension onirique, par un sens particulier de filmer le détail : gros plan étrange sur une goutte de sang, enlacement trouble de deux corps dans l'eau d'une piscine.


Nulle doute que la présence de John Moulder-Brown, adolescent fragile et franchement beau, est déterminante, autant que le regard d'esthète du cinéaste, pour assurer à cette œuvre une durable jeunesse.


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