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Another Country, un film de Marek Kanievska (1984)

Publié le par Jean-Yves Alt

Amitiés particulières

Another Country est exclusivement un film de garçons.

De beaux garçons, du meilleur style BCBG. Vous verrez apparaître seulement deux femmes dans ce long-métrage de l'anglo-polonais Marek Kanievska, et fort rapidement.

On nous emmène d'abord à Moscou, de nos jours, dans l'appartement très simple d'un vieil homosexuel anglais au faciès ratatiné : une journaliste américaine est venue lui demander pourquoi, dans les années 30, il a décidé de devenir un espion à la solde des Russes.

Retour en arrière : dans une des public-schools les plus huppées du pays.

On pénètre dans un univers totalement clos, régi par un code particulier d'inspiration militariste, avec sa hiérarchie rigide réglée selon l'âge et la valeur des étudiants.

Derrière cette façade où se manifestent le goût pour l'apparat et le formalisme, cette communauté d'enfants, d'adolescents et, déjà, de jeunes hommes de bonne famille, se livre à une vie souterraine : c'est le domaine du cœur, du sexe et des passions.

Tout est permis pourvu qu'on ne laisse à personne la possibilité de vous confondre, de dévoiler officiellement, preuve à l'appui, vos turpitudes : c'est le risque de l'aventure, et il peut être grave, car la publicité d'une liaison homosexuelle dans le collège entraînera l'humiliation pour le malheureux imprudent. Revers hypocrite et perfide du clinquant solennel et de ses apparences, trompeuses bien sûr, de loyauté et d'honneur.

Le jeune Guy Bennett (Rupert Everett) fera les frais de ce système. Amoureux d'un beau blond qu'il parvient à séduire, mais trop peu discret et trop sûr de lui, il découvrira à la faveur d'une rivalité pour le poste le plus élevé de la hiérarchie étudiante dans le collège, le vrai visage de ses «amis». Seul le séduisant Judd (Colin Firth), marxiste convaincu (mais hétéro à 100 %) se montrera loyal envers lui à l'heure du scandale. Deux marginalités se rejoignent face au consensus, sauf que Judd est toujours demeuré un marginal respecté de tous ; être communiste paraissait original mais pas infamant, contrairement à l'homosexualité, répandue mais méprisable dès qu'elle franchissait le seuil de la confidence. On comprend alors que Guy, écœuré par un système qui l'a trahi, trahira à son tour en faveur d'un idéal qu'il croyait meilleur pour l'homme.

Par-delà ce canevas, le film de Marek Kanievska est très riche en situations et en connotations qui restituent admirablement le cadre assez unique de ces institutions masculines prestigieuses de la grande Angleterre.

La mise en scène d'Another Country est à la hauteur du sujet et de la qualité des dialogues, la caméra saisissant intensément tous ces jeux de regards entre garçons et sachant restituer un climat chargé de sexualité.


Lire aussi : 24 mai 1951 : Another country par Frédéric Mitterrand

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