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Femme debout II, par Giacometti

Publié le par Jean-Yves

Cette figure de femme se tient debout, immobile dans l'espace. Elle affronte notre regard et le monde environnant. Plus grande que nous, sa présence, sa densité s'imposent à notre être et affirment la fragilité d'un corps qui paraît avoir perdu sa plénitude comme la détermination d'une personne qui témoigne, contre vents et marées, d'une inflexible détermination.


Après avoir quitté sa Suisse natale pour suivre l'enseignement de Bourdelle à Paris vers 1920, Giacometti (1901-1966) passe par le surréalisme puis invente des sculptures géométrisées. En 1934, il rompt avec ses premiers succès et revient à une exploration minutieuse et inquiète de la réalité du monde, en dessinant et modelant la figure humaine. Ses bronzes ou ses plâtres, allongés, étirés et creusés, exposés à partir de 1947, résonnent en écho des images des camps de concentration. Plus largement, les sculptures de Giacometti témoignent de la solitude métaphysique de l'homme moderne.





Regarder une statue de Giacometti, c'est faire l'expérience d'un art voué à dire la réalité, à figurer l'apparence sensible, mais qui ne passe guère par les moyens ordinaires et habituels de la représentation. Ce dont il s'agit ici n'est pas une simple question de canon, c'est-à-dire de proportion de la tête par rapport au corps ou du tronc par rapport aux jambes. Giacometti n'est pas l'analogue de ces sculpteurs grecs, d'un Polyclète ou d'un Praxitèle, qui cherchaient à inventer un double illusionniste de la figure humaine. Il n'est pas plus désireux d'incarner dans la matière son idéal féminin. Son art a l'ambition de montrer, par la matière et par le corps, l'essence même de l'humanité.


L'histoire de cette sculpture est singulière. Au faîte de sa gloire, en 1959, Giacometti reçoit la commande d'un monument à New York. Il se met alors à créer des figures d'une grande échelle, capables de tenir esthétiquement et matériellement par rapport à l'urbanisme new-yorkais. Cette statue féminine, nue et figée, est prévue en association avec l'Homme qui marche, muré dans sa splendide indifférence. Mais ce monument demeure à l'état de projet, de rêve inachevé. Giacometti n'a jamais, de son vivant, pu réaliser un monument public. Ce projet raté paraît ainsi témoigner, symboliquement au moins, de l'échec même de l'humanisme en un siècle qui fut, plus que tous les autres, violent et barbare.



Femme debout II, par Giacometti, sculpture en bronze, 275 x 55 x 33 cm, 1959-1960. Musée national d'Art moderne, Centre Georges-Pompidou, Paris



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