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Torch Song Trilogy (Personne n'est parfait), un film de Paul Bogart (1989)

Publié le par Jean-Yves

Un travesti s'éprend d'un bi, vit le grand amour avec un très jeune mec, lequel se fera assassiner, et qui, au grand scandale de sa mère juive, adopte un garçon, pédé lui-même, pour l'élever en couple avec son premier amant.


Ecrite dans les années 70, la pièce de Harvey Fierstein a été portée à l'écran en 1989 par Paul Bogart : Torch Song Trilogy, le film, se penche avec un certain recul sur la condition homosexuelle à New York dans les seventies.


Le comédien Harvey Fierstein, également auteur de la pièce originale et scénariste du film, a choisi d'y interpréter le rôle principal, en s'entourant des acteurs qui figuraient dans la distribution scénique, en particulier le jeune Matthew Broderick, qui jouait d'abord David avant d'être Alan à l'écran.


De cette trilogy théâtrale, démesurée, en trois actes dont la longueur imposait de les jouer séparément, il a été extrait un long métrage de deux heures. Une telle entreprise se heurtait d'emblée à un double écueil : celui de donner dans le théâtre filmé et celui de faire un film daté avant l'heure. Autant dire que ces risques ne sont pas toujours parfaitement surmontés dans Torch Song, dont le style repose, par ailleurs, sur la tradition de la grande comédie américaine : les répliques serrées et à l'emporte-pièce se renvoient comme au ping-pong. La facture du film ne ménage donc pas de grandes surprises.


S'il est vrai qu'avec l'apparition du sida, l'homosexualité a pris un accent tourmenté, Paul Bogart a délibérément choisi de ne pas sacrifier à cette tendance. Le pathétique, la violence et le drame ne sont pourtant pas évincés du film :


- Alan finira tragiquement assassiné.

- Ed (Brian Kerwin), partagé entre un obscur besoin de "normalité" et son homosexualité, aura bien du mal à choisir.

- La mère d'Arnold (Anne Bancroft) n'échappera pas aux préjugés, ceux de sa judéité et ceux de la morale publique.


Seul l'adolescent adoptif David (Eddie Castrodad) incarne l'image sans ombre d'un jeune gay qui s'assume pleinement dans le sain environnement familial de ses deux "parents" mâles.


Harvey Fierstein peint avec un immense humour un microcosme de psychologies réalistes, de personnages concrets qui s'émeuvent, aiment, souffrent, encaissent, s'acharnent à exister. Comme tout le monde. Et une homosexualité, non pas restreinte à une sexualité ; une communauté gaie non pas enfermée dans ses exclusions et ses rituels de ghetto, un imbroglio affectif assez dense, assez universel pour être largement compris. Avec une histoire drôle, sensible et chaleureuse, et surtout une authenticité morale qui sauve les grands principes : la famille, la paternité, la religion.


Un autre parti pris de ce film : celui de la pudeur, loin des outrances de Fassbinder ou de l'esprit décapant d'Almodovar. Torch Song pose de l'intérieur, sur le tabou persistant, un œil viscéral, généreux, tendre, poignant.




Torch Song, c'est le regard porté en 1990 sur la "condition" homosexuelle des années 70, la reconstitution d'un certain climat new-yorkais, devenu "exotique" : spectacles de travestis dans des cabarets glauques, baises grégaires de backrooms baptisés «Paradise» en lettres au néon, ratonnades punitives et pressions policières... Un film historique, en somme.


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