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Camille aux cheveux courts, Abel Hermant (1927)

Publié le par Jean-Yves Alt

Qui lit encore Abel Hermant aujourd'hui ? Il est de ces écrivains dont l'œuvre fut remarquée, mais que notre mémoire a oubliée. Abel Hermant appartient à cette famille discrète des écrivains de la première moitié du XXe siècle qui, dans leurs livres, jouèrent à cache-cache avec l'homosexualité qui exaltait leur vie.

Indéniablement il y a chez Abel Hermant comme un parti pris de ne jamais dire qu'en suggérant, ce qui ne manque pas, parfois, d'un certain charme. Le parfum de scandale qui auréole son œuvre tout entière s'exprime surtout à travers le refus ou le mépris foncier de la morale traditionnelle.

Camille aux cheveux courts

Pour avoir voulu séduire l'homme qu'elle aime par le plus damnable des mensonges, qui n'est ni en action, ni en parole, ni même par omission, mais qui n'en est pas moins le mensonge essentiel : le mensonge sur la personne, l'héroïne se condamne ainsi à vivre toute sa vie entre l'espoir chaque jour déçu d'un retour de son mari et l'angoisse d'un nouveau départ.

Camille est amoureuse de Gilles. Mais Gilles sans en avoir vraiment une conscience claire ne peut l'aimer, car elle est une femme et qu'il aime les garçons. Aussi pour parvenir à le séduire, Camille use-t-elle d'un stratagème. Elle se coupe les cheveux pour ressembler à un garçon. Surpris par ce brutal changement, Gilles se sent irrésistiblement attiré par celle qu'il repoussait jusqu'alors et l'épouse. Mais incapable de supporter la personnalité qu'elle a endossée, Camille prise au piège de son mensonge, voit petit à petit Gilles se détacher d'elle sans qu'elle soit en mesure de le retenir.

Et Gilles de s'écrier :

« Maintenant, tu sembles y être et tu n'y es plus... Tu sembles y être, puisque je vois près de moi... ton apparence matérielle... ta figure... que je m'efforce de reconnaître... et tu n'y es plus puisque tu n'es plus la même Camille en qui je trouvais ma sécurité... Non, tu es... une autre créature... qui t'a emprunté... et encore ne les déguisant... quelques traits de ton visage... et ta voix... dont elle a modifié le timbre...Tu n'es plus celle qui pouvait tout pour moi... J'ai l'affreux sentiment que tu ne peux plus rien et que tu ne te soucies plus de rien pouvoir. »

■ Camille aux cheveux courts, Abel Hermant (1927), J. Ferenczi & Fils Editeurs, Collection : Le Livre Moderne Illustré, 1930 (réédition de 1927)


Du même auteur : Le disciple aimé - Le cycle de Lord Chelsea

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