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Le mariage dans la société féodale

Publié le par Jean-Yves

La pensée occidentale, les mentalités françaises n'ont pas seulement leurs racines dans la Renaissance du XVIe siècle, dans la Rome antique ou la Grèce classique. Il y a aussi le XIIe siècle, cette fabuleuse époque des cathédrales.


Siècle charnière où se met en place l'idéologie de l'église, siècle notamment où l'idéologie et les stratégies matrimoniales prennent une nouvelle forme qui s'installe pour 800 ans. Georges Duby (1) s'intéresse à la genèse de ces stratégies. Comment peu à peu le mariage, négligé avant l'an Mille, devient une institution centrale dans la vie aristocratique.


Une idée reçue est à mettre au panier : le sacrement du mariage n'a pas intéressé l'Eglise à son début ; il n'a été défini par elle que pour des raisons historiques. «Dans la France du Nord au IXe siècle, le mariage était de ces affaires dont les prêtres ne se mêlaient encore que de loin».


En effet, le concubinage prédomine alors dans l'Aristocratie. On sait peu de choses sur le peuple et Duby se garde d'en parler, tel n'est pas l'objet de son livre. Il y a la morale des guerriers et celle des prêtres. Qui ne peuvent qu'entrer en conflit. Pour les premiers le mariage est lié à une stratégie politique et, s'il le faut, ils répudieront la femme qui n'a pu enfanter. Pour l'église, les choses ne sont pas encore claires. De nombreux prêtres vivent en concubinage. Mais l'idéal monacal va s'imposer. C'est l'abstinence derrière les murs des abbayes, le refus de vivre dans le siècle. A cet égard, le mariage est aussi condamné que tout autre pratique sexuelle. Situation impossible pour Rome, car refuser le mariage, c'est s'aliéner la possibilité d'intervenir sur la scène politique auprès des comtes et de leurs épouses. Cette nécessité est directement liée à la révolution féodale qui va magnifier le lignage et imposer de nouvelles stratégies matrimoniales.



Le pouvoir médiéval s'exerce dans le cadre de la seigneurie, cadre limité qui implique la prééminence de l'aîné des fils et la recherche d'épouses sans frères et bien dotées. On imagine les rapts, les répudiations, les imbroglios multiples que cela entraîne. L'église intervient alors pour donner ou refuser son approbation. Elle ne s'intéresse pas à la liberté sexuelle mais à l'enjeu politique. Le moyen, c'est l'empêchement au mariage pour cause d'inceste. Les degrés de cousinage sont poussés au plus loin. Or, le seigneur, pour protéger le lignage, ne pas affaiblir son fief, préfère ces mariages avec des alliés. Tout concourt donc à rendre l'église gagnante. Ainsi le mariage devient-il un sacrement, prend-il place au cœur d'un dispositif de purification. D'une pierre deux coups : on contrôle la vie politique et on impose l'idéal d'abstinence. Le sexe est un mal nécessaire justifié par la procréation…


Le livre de Duby évoque aussi le devenir des puînés, ces fils qu'on ne cherchait pas à marier, vivant parfois en concubinage, partant pour les croisades, rentrant dans les ordres. L'amour courtois a été créé pour eux, il fallait bien sublimer...


La suite est connue, la société féodale a disparu, les puînés se sont mariés comme les autres et au XIIIe siècle on commence à brûler les sodomites.


(1) Le chevalier, la femme et le prêtre. Le mariage dans la société féodale, Georges Duby, Hachette, collection Pluriel, 2002 (réédition), ISBN : 2012790712


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