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Gabrielle, un film de Patrice Chéreau (2005)

Publié le par Jean-Yves Alt

Pour quelle raison rester avec quelqu'un sans l'aimer ? Peut-être, tout simplement, parce que cela demande moins d'énergie que de se risquer ailleurs.

Ce film est une adaptation d'une nouvelle de Joseph Conrad, "Le retour". Le film commence comme dans un classique drame bourgeois : un homme, Jean, insupportable de suffisance, considère sa femme, Gabrielle, comme un objet de collection. Celle-ci décide un beau jour de partir, sans que rien ne puisse le présager, mais revient aussitôt, incapable de passer à l'acte.

Pourquoi part-elle, et pourquoi revient-elle ? Le mystère n'est jamais vraiment levé. C'est le retour de Gabrielle qui déclenche l'éclatement du couple dans cette étouffante et feutrée scène de ménage. C'est cela qui est passionnant dans ce film. La question du pouvoir affleure ici constamment. Le fait que cette histoire se déroule en 1912, la rend encore plus réaliste qu'une histoire contemporaine.

Gabrielle (Isabelle Huppert), effrayante et ambiguë, émerge du fond de l'abîme. Elle prend progressivement le dessus sur son mari (Pascal Grégory), pour finalement, dans une douceur cruelle, symboliquement l'annihiler. Elle découvre la jouissance que donne, au sein de la désaffection, une domination sur l'autre. Lui pense connaître sa femme, et croit surtout la posséder. Elle ne cherche pas à le connaître, et se défait de lui avec détachement.

Gabrielle va apprendre la délectation d'ensevelir Jean sous l'indifférence. Elle a compris que l'indifférence polie, avec laquelle elle parle à son mari comme à un étranger, est bien plus angoissante que la haine. Elle ne l'aime plus, et le lui dit avec patience, sans la passion brutale de ceux qui croient encore en la vie. Jean devient transparent à ses yeux. Elle l'efface.

Gabrielle est dans la vérité, alors que Jean veut se la cacher. D'ailleurs, il se saoule de paroles, il la coupe, fait les réponses à sa place. Gabrielle dit la solitude, l'absence d'amour. Elle demande même à son mari :

« Pourquoi n'avez-vous pas tué en moi tout sentiment ? »

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B
Beau scénario. Tout le problème entre soi et l'Autre. Énigme sans fin...
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