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Le beau Serge, un film de Claude Chabrol (1958)

Publié le par Jean-Yves

Une histoire terrible dans sa simplicité. Tout y est insolite et sobre. François (Jean-Claude Brialy) rentre au village après plusieurs années d'absence. Personne ne l'attend mais, dès son arrivée, il interroge un camarade d'école sur l'un de leurs amis, le beau Serge (Gérard Blain).

 

« Le beau Serge » est une histoire désespérée d'amitié d'un homme pour un homme. Comme toute passion, elle repose sur le sang versé : ici, sauver Serge de l'alcoolisme où il sombre. Telle est la croix que François décide de porter, au moment où le curé de la paroisse, qui fut aussi leur camarade, renonce à le faire.

 

Serge a épousé Yvonne (Michèle Méritz) parce qu'elle s'est trouvée enceinte (probablement d'un autre que lui) ; il ne l'aime pas. L'enfant, atteint d'une trisomie, est mort. Un autre enfant s'annonce. Serge est persuadé (et espère ?) qu'il ne sera pas viable. Il boit de plus en plus pour oublier les rêves qu'il avait faits avec François.

 

François est diminué physiquement par une maladie pulmonaire. Il a eu quelques aventures féminines. Il accepte une liaison avec une intrigante du village, Marie (Bernadette Lafont), pour ne pas être en reste avec le beau Serge qui a fondé un foyer.

 

François décide de rester au village tant que Serge ne sera pas sauvé. Quand Yvonne accouche, François, malgré une rechute de sa maladie, fait des kilomètres dans la neige pour retrouver son ami : sa femme estime qu'elle ne peut donner naissance à leur enfant que si son mari est auprès d'elle. François arrive à traîner Serge ivre-mort dans la chambre de l'accouchée. Il s'écroule épuisé alors que Serge, encore ivre, rit à pleines dents d'avoir un enfant normal.

 

 

Dans ce film, les femmes paraissent n'être là que pour provoquer les deux hommes et les rendre jaloux. Serge n'aime pas assez la sienne et l'oublie en buvant. François cède à sa maîtresse parce qu'elle lui parle de son ami. Chacune des deux femmes semble être un prétexte : une raison d'exaspérer l'homme. L'amour de la femme ne serait-elle qu'une parodie de l'amitié entre hommes ? L'univers féminin, un repoussoir ? (1)

 

Un film où les sentiments des hommes sont glorifiés au contraire de tout ce qui faisait la vie d'un village des années 50 : la famille, le bal, le mariage, la filiation… Il faut voir avec quelle joie désespérée François administre une raclée à Serge : comme un coup de foudre… qui ne sera pas plus absorbé par la terre que par la chair…

 

Un film qui signe le fiasco de ce qui est généralement considéré comme normal (le mariage, la famille…) et une certaine consécration de ce qui demeure, pour la plupart des hommes, anormal.

 

Parce que rien n'est clairement dit concernant la sensibilité qui rassemble les deux hommes, « Le beau Serge » est un film d'une grande force.

 


(1) cf. cette scène où le père de Marie la viole parce que François l'accuse de ne pas être son père.

 

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