Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Causes de la pédérastie dans le Larousse Universel du XIXe

Publié le par Jean-Yves

Une des premières doit être la température des pays chauds ; car, dans tous les climats brûlés par les ardeurs du soleil, on observe des passions violentes, et pourtant les femmes y ont moins de facilités de se rencontrer avec les hommes. Dans les pays froids, au contraire, les hommes sont beaucoup moins ardents, les femmes plus libres, les désirs plus modérés et par cela même facilement satisfaits. De prime abord, il semble difficile d'expliquer comment ces anciens philosophes, les hommes les plus sages de l'Antiquité, qui professaient les principes de la vertu la plus rigide, n'ont pu se soustraire à cette terrible contagion. La plupart, en effet, en ont été entachés. On peut dire que leur rigorisme même en est la cause. Regardant le commerce des femmes comme propre à amollir les caractères, et voulant, par orgueil, échapper à leur empire ; d'un autre côté, ne pouvant se soustraire aux influences du climat et aux exigences de la nature, trop faibles ou trop dépravés pour résister à la fougue de leurs désirs, ils les apaisaient par les moyens les plus honteux, et cela sous les apparences de l'austère vertu.

 

Souvent, sous le voile de l'amitié, se cachait la plus infâme turpitude. Les Anciens pensaient que ce commerce impur était un lien puissant pour enchaîner à jamais le cœur de deux amis, de la même façon que les jouissances rendent deux amants plus attachés l'un à l'autre. D'après cela, il serait peut-être permis de voir dans quelques-uns de ces modèles d'amitié que nous montre l'histoire autre chose qu'une affection pure et innocente. Le grand Achille, pleurant amèrement la mort de Patrocle, se trahit malgré lui dans sa douleur profonde lorsqu'il s'écrie :

 

Femorum tuorum sanctae consuetudinis

 

Quid pulchrius

 

L'abus des femmes amène la satiété et le dégoût ; la privation absolue laisse dans toute leur force les passions et les désirs non satisfaits, de sorte que deux voies opposées conduisent au même résultat. C'est pourquoi nous voyons souvent des pédérastes parmi ces grands viveurs qui ont passé toute leur jeunesse à se saturer, pour ainsi dire, de toutes les jouissances que les femmes sont capables de procurer à l'homme.

 

Nous en voyons encore parmi les marins, et malheureusement aussi dans une classe d'hommes qui ont fait vœu de chasteté, qui ont mission de prêcher la vertu par l'exemple.

 

La pédérastie et les autres passions contre nature sont portées, dans certaines villes de l'Inde, à un point tout à fait extraordinaire, et les Européens, à qui l'éducation morale a inspiré une véritable horreur pour ce vice dégradant, refusent souvent d'ajouter foi aux relations des voyageurs les plus véridiques.

 

pederastie Larousse 1932

 

Dictionnaire Larousse du XXe en 6 volumes - 1932

 

Ceux qui ont lu le journal de voyage de Victor Jacquemont, le sympathique et spirituel voyageur si malheureusement arrêté au milieu de sa courageuse carrière, doivent se rappeler que le vieux Runjet-Singh, qui occupait alors le trône de Lahore, se livrait sans le moindre scrupule à sa passion pour cet ordre de jouissance, passion que semblent d'ailleurs avoir partagée de tout temps tous les Seikhs. Il paraît même que Goulag-Singh, qui devint dans la suite vice-roi de Cachemire, du consentement et par le fait même des Anglais, et qui obtint une grande médaille pour ses cachemires à la première Exposition universelle, passait pour avoir servi dans sa jeunesse de mignon au vieux Lion du Pendjab. Un missionnaire contemporain raconte avec des exclamations de détresse et d'épouvante que, pouvant à peine croire à l'existence de tant d'abominations, il interrogea un jour le brahmane sur leur réalité. Loin de nier les faits, celui-ci les confirma avec complaisance et sans faire paraître qu'il désapprouvait ces turpitudes ; il semblait même s'amuser de l'embarras et de la confusion où la nature des questions qu'il était obligé de faire jetait le pauvre missionnaire :

 

Comment, lui dit enfin celui-ci, dans un pays où l'union des deux sexes offre tant de facilités, comment peut-on concevoir qu'il existe des goûts qui ravalent l'homme fort au-dessous de la brute ? 

— Sur cet article-là, répliqua le brahmane en éclatant de rire, chacun a son goût .

— Indigné de cette réponse saugrenue, continue le pudibond ministre de l'Evangile, et plein de mépris pour celui qui n'avait pas rougi de me la faire, je lui tournai immédiatement le dos... 

 

Extrait du Larousse Universel du XIXe siècle

 

in Le Crapouillot n°58, printemps 1981, page 28

Commenter cet article