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Coca-Cola Kid, Frank Moorhouse

Publié le par Jean-Yves Alt

Le Coca-Cola, le sexe, la campagne sont quelques-uns des thèmes de ce livre de l'australien Frank Moorhouse.

Sur la couverture est écrit « roman discontinu ». Il s'agit en fait d'une suite de récits dans lesquels se retrouvent des lieux et des personnages identiques sans que les histoires s'enchaînent de façon traditionnelle. Quelque chose entre le roman et le recueil de nouvelles.

Ce que Frank Moorhouse raconte est à la fois typiquement australien et complètement universel. Les crises, les névroses, les joies, les bonheurs de ses personnages s'insèrent parfaitement dans cet univers australien que l'on découvre par petites touches. Ce qui est véritablement intéressant, c'est la simplicité et l'authenticité avec lesquelles l'auteur traduit ces notions, du désir et du plaisir, avec ses variations sur l'amour, du bonheur intense des prémisses à l'ennui résigné du couple que toute passion a fui depuis longtemps, ses portraits d'hommes et de femmes qui tentent, avec plus ou moins de réussite, de trouver le bonheur.

Dans « Le Train arrivera bientôt », Bernie Turner revient chez ses parents après une longue absence. Il a près de trente ans et travaille dans une école chic de Sydney. Mervyn, son amant, lui manque et il replonge, avec délices et dégoût, dans son passé. Les premières aventures adolescentes ressurgissent... Tout cela avec un regard désabusé : « Boire à La Rose Rouge un milk-shake à la banane et songer aux fantômes des princes de l'enfance – princes devenus crapauds – était un jeu troublant. S'exciter en se rappelant des aventures prépubères était attristant. Bientôt, il se mettrait à courir après des gosses de douze ans et ce serait la fin. »

Coca-Cola Kid, c'est aussi, l'histoire de Becker, jeune cadre dynamique, « cowboy de motel » selon sa propre expression, envoyé par Coca-Cola pour améliorer les circuits de distribution australiens. Mais le pays ne lui réussit pas. Il manque être violé par des travestis et ne s'en tire que pour aboutir dans les filets de Terri, une ex-droguée complètement branque qui écrit un peu partout « Becker suce les queues » ! Un jour, il est bien obligé de quitter son travail et devient « le meilleur pianiste de jazz né à Atlanta qui ait jamais travaillé pour Coca-Cola ».

Frank Moorhouse fait aimer ses personnages qu'il fait vivre avec tant de vérité qu'on ne peut que se sentir immanquablement de leur côté.

■ Coca-Cola Kid, Frank Moorhouse, traduction de Jean-Paul Delamotte, éditions Presses de la Renaissance, 1985, ISBN : 2856163432

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