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Deadline, Laurent-Frédéric Bollée et Christian Rossi

Publié le par Jean-Yves

Deadline ou l'origine d'une vengeance

 

Un pays mythique, les Etats-Unis, une époque crépusculaire, la guerre de Sécession au début des années 1860, un milieu légendaire, le western mais où les cow-boys sont remplacés par des soldats.

 

Avec ces ingrédients de base pour réaliser un film noir, le scénariste Laurent-Frédéric Bollée et le dessinateur Christian Rossi ont réussi à faire revivre cette période sombre de l'Histoire américaine si rarement traitée dans la bande dessinée.

 

Le très jeune Louis Paugham a vu assassiner ses parents (des colons résolus à partir vers l'ouest pour faire fortune) par des esclaves en fuite. Il est recueilli par un vieil homme qui édite un journal favorable à l'abolition de l'esclavage. Cet humaniste est assassiné quelque temps après par des soldats sécessionnistes. Plus tard, Louis Paugham est enrôlé de force dans cette armée. Il doit alors surveiller des prisonniers abolitionnistes. Pour les garder, pas besoin de murs ni de barrières, une rambarde ou une simple ligne matérialisée au sol suffit :

 

« Tu vois la rambarde, là, qui forme une ligne ? Ça, mon pote, c’est la deadline ! Le doigt de Dieu  […]  s'il y en a un qui fait mine de franchir la ligne, tu tires ! » (p. 12)

 

 

Parmi les prisonniers, il y a un homme noir dont le courage, la dignité et la fierté troublent Louis Paugham. La jeune recrue ne fait qu'observer cet homme qui va être rapidement assassiné par des soldats habités par la haine des noirs.

 

Tout au long du récit, une voix off obsédante distille les questionnements de Louis Paugham :

 

« Bien sûr qu'il l'avait aimé dès qu'il l'avait vu ! Comme électrisé par cette révélation, Louis comprit alors ce qui avait dû se passer… Ils l'avaient tué ! » (pp. 43-44)

 

 

Chez Louis Paugham, l'amour, qu'il porte à ce noir, est une chose parfaitement pure. Même au moment où son âme est envahie par la vengeance, son attention ne cesse de se porter sur cet amour qui n'est jamais altéré. Comme si la pureté parfaite ne pouvait pas être souillée, pas même par Lester, l'assassin promu capitaine à la fin de la guerre et fondateur du Ku Klux Klan.

 

 

Louis Paugham n'est pas un personnage manichéen : sa sensibilité n'est pas abolie par le côté erratique et discordant de son siècle qui a multiplié les dimensions des catastrophes et le nombre des victimes. La révolte et le désir de vengeance de Louis Paugham révèlent la réaction vraie de tout homme atteint par un sort insensé et inique.

 

 

Deadline n'est pas une bande dessinée classique : c'est une histoire d'atmosphère, celle que veut à tout prix fuir et affronter son héros, Louis Paugham, en mettant à exécution, des dizaines d'années après, la vengeance qui l'a habité pendant toute sa vie. Et si cette vengeance était la seule possibilité de sortir de son cauchemar ?

 

 

Sur un scénario construit en va-et-vient temporel, Christian Rossi a réalisé un dessin noir et vigoureux, où la seule couleur vive qui apparaisse est le rouge, celui du sang versé.

 

 

 

 

Un magnifique ouvrage.

 

■ Deadline de Laurent-Frédéric Bollée et Christian Rossi, éditions Glénat, 4 septembre 2013, ISBN : 9782723489461

 


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse  sur son site altersexualite.com

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