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Entretien avec Sandrine Bonnaire au sujet du film "Le ciel de Paris" de Michel Bena

Publié le par Jean-Yves Alt

--- Suzanne oscille entre amour et amitié...
Sa relation avec Marc (Marc Fourastier), un homosexuel, est difficile. Marc, avant de rencontrer Lucien (Paul Blain), a dû désirer d'autres hommes. En fait Suzanne et Marc s'aiment l'un l'autre, mais avec une attirance sexuelle mal définie.

--- Marc aime Lucien qui aime Suzanne qui aime Marc, quel désordre amoureux !

Au début on ne sait pas très bien qui est vraiment amoureux de qui. En fait le film (Le ciel de Paris) se résume de la manière suivante "Je sais dire je t'aime", même si ce n'est pas dit à la bonne personne, même si c'est dit maladroitement : "je ne peux pas te donner ce que tu veux". Il y a dans le film cette très belle réplique de Lucien à Suzanne, "Mais pourquoi on se voit toujours tous les trois ?", elle lui répond : "si on était deux, tu serais tout seul". J'aime bien ce trio avec tous ces courts-circuits dans leurs rapports. On est tellement dans la réalité ! Souvent on aime une personne qui est amoureuse d'une autre personne...

--- Vous avez participé à l'élaboration du scénario ?

Il y a eu plusieurs versions du scénario. Michel Bena me demandait mon avis. J'ai voulu par exemple qu'il garde les rêves de Suzanne, ses désirs de voyages. Le scénario a beaucoup évolué. [...] J'ai aussi longuement recherché avec Michel le comédien pour le rôle de Lucien. On a visité les cours de théâtre et fait de nombreux essais, mais on ne trouvait pas. Il fallait que Lucien ait une sorte de féminité, et les jeunes acteurs ont tendance, pour s'affirmer, à jouer les machos, c'est ridicule. Il fallait que Lucien soit crédible, car Marc ne pouvait pas quitter Suzanne pour un mec "nul". Le rapport homosexuel ne, devait pas être trop affiché, et leur relation ne pas se limiter à une histoire de cul. La perversité pouvait aussi être un danger.

--- Qu'est-ce qui qualifierait selon vous les trois personnages ?

L'honnêteté. Ils sont honnêtes et très entiers. Lucien, par amour pour Suzanne, n'hésite pas à quitter une maison familiale confortable pour prendre un studio. Suzanne, de son côté, accepte de cohabiter avec Marc et de le supporter tous les jours. Elle en assume les conséquences. Enfin, Marc aussi est très honnête. Il parle de ses faiblesses. Tous sont guidés par l'amour.

La force du film, c'est aussi de traiter l'homosexualité avec une grande modernité. Je ne savais pas, avant de tourner ce film, qu'il existait autant de jeunes qui vont dans ces lieux de drague où l'on cherche des contacts humains, physiques, là où l'amour s'achète, se deale, se calcule. C'est terrible, parce que pour la jeunesse, l'amour est quelque chose qui arrive, qui est donné et que l'on partage. C'est ce que le film tente de montrer.
Et pourquoi ne pas être amoureux du même sexe ? Je trouve ça bien. Marc éprouve du désir pour les hommes, et tout à coup, il s'aperçoit qu'il est amoureux d'une femme. Pour lui, il n'y a pas de sexe. C'est là que le film est particulièrement moderne. Ce n'est finalement qu'une histoire d'amour.

 --- Parlez-nous de Michel Bena.

Un homme honnête, avec un vrai regard. Avec une vraie féminité, ce qui pour moi est une forme d'honnêteté. Il avait une vraie douceur, une véritable écoute. Il pouvait raconter ses peurs, ses joies, sans craindre l'humiliation. Voilà sa force, il pouvait tout raconter, sans se dévoiler, avec beaucoup de pudeur. Il savait très bien gérer les drames. Il riait tout le temps, sans jamais se laisser aller, et il ne s'est jamais menti. [...]
--- Marc Fourastier et Paul Blain, vos deux partenaires, tournaient leur premier grand rôle.

Jouer avec des partenaires peu expérimentés, c'est comme tourner avec des enfants. On oublie de se regarder, on est plus naturel. Dans la vie Marc est architecte d'intérieur. Il est d'une grande pudeur et son rôle est très impudique. Il fallait absolument qu'il donne. Ce n'est pas évident pour quelqu'un de réservé d'avoir à dire : "Je suis pédé, et tu crois que je vais t'enculer comme ça ?" Quant à Paul, il était souvent angoissé, sa voix tremblait... mais c'était bien parce que ça donnait encore plus de fragilité et de douceur à son personnage. [...]

Propos recueillis par Gaillac-Morgue publié dans le dossier de Presse du film


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