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L'Etat royal 1460-1610, Emmanuel Le Roy Ladurie

Publié le par Jean-Yves

Cet ouvrage couvre la période allant de Louis XI à Henri IV. Emmanuel Le Roy Ladurie y trace un portrait d'Henri III : bon roi, mais pas homosexuel.

 

S'appuyant sur des travaux d'historiens (1), Emmanuel Le Roy Ladurie affirme que la prétendue homosexualité d'Henri III n'était que pure légende.

 

Ce roi, vrai "centriste" et modéré, obligé de naviguer à vue entre les réformistes protestants sur sa gauche et les ultra-catholiques de la Ligue menés par le duc de Guise sur sa droite, aurait été, en effet, la victime de basses attaques en tous genres qui, quatre siècles plus tard, entachent encore son image.

 

Succédant à Charles IX, en pleines guerres de religion, le fils de Catherine de Médicis n'aura certes pas réussi à calmer le jeu politique entre les huguenots et les guisards, mais il aura quand même rétabli un semblant d'autorité royale et mis en place les structures de l'Etat actuel. Les secrétaires d'Etat d'aujourd'hui, c'est lui.

 

Roi "cohabitationniste", Henri III aura été, au bout du compte, un bon monarque, ouvrant la voie à Henri IV et mourant poignardé, comme lui, en 1589, à l'âge de trente-huit ans, après quinze ans de règne.

 

Pour Le Roy Ladurie, c'est la haine qu'il inspirait aux puisards, principalement, qui lui vaudra de la part de ceux-ci les plus violentes accusations d'homosexualité : à une période où le culte de la virilité gauloise prédominait encore, quel plus beau chef d'accusation que celui-ci.

 

Pour Le Roy Ladurie, ces critiques s'expliquent cependant par un certain côté efféminé du personnage, par le fait qu'il aimait à se travestir. Amateur de parures, de fards et aussi de petits chiens, il pouvait déconcerter. Il reste que, pour l'historien, Henri III s'accordait en cela aux curiosités de son temps.

 

Et les mignons, alors ?

 

Les mignons étaient principalement des favoris. Henri, grâce à eux, voulait surtout tenir en respect les factions rivales de la sienne : celles de son frère François de France, duc d'Alençon, des Bourbon-Condé, des Montmorency et des Guise, les plus dangereux. Il s'entoure donc de jeunes hommes courageux, dévoués, coureurs de jupons, issus souvent de la moyenne noblesse ou noblesse seconde et il leur porte, en toute normalité, une tendre affection.

 

Une tendre affection qui le poussera à faire d'eux de très grands seigneurs et à les couvrir de cadeaux somptueux. A Anne de Joyeuse, son préféré avec Epernon, il donne la demi-sœur de sa femme, Louise de Lorraine, en mariage et à sa mort prématurée, inconsolable, lui offrira des funérailles royales.

 

Le Roy Ladurie estime que les mignons, terme ambigu mais déjà utilisé par des rois tout à fait hétéros pour désigner des hommes de leur proche entourage, n'étaient placés auprès du roi que pour le protéger, faire la guerre à sa place et lui remonter le moral, car Henri III était souvent dépressif. Selon l'auteur, si Henri III avait des tendances et qu'il a peut-être consommé en ce sens, il aimait les femmes et était marié.

 

Mais se marier, essayer de se guérir de son homosexualité ou tenter de soigner son image de marque est une chose que de nombreux homosexuels ont essayé de faire. Alors, quand on est roi, un roi très pieux, d'une piété sincère, extravertie, profonde, selon les mots de Le Roy Ladurie, et qu'on a l'obligation d'assurer la descendance...

 

Il faut rappeler qu'Henri III et sa femme n'ont pas eu d'enfants, laissant le pouvoir aux Bourbons.

 


Pour Le Roy Ladurie, le fait intéressant n'est pas tellement qu'Henri III ait été ou non homosexuel, c'est l'émersion de ce thème dans la culture. On a peu attaqué les rois avant Henri III. Sauf Charles IX, à cause de la Saint-Barthélemy et Jeanne d'Albret, la mère d'Henri IV, parce qu'elle était protestante, mais auparavant les rois étaient respectés. Or, ce thème émerge.

 

Est-ce à mettre en parallèle avec l'émergence des femmes dans la culture de la même époque ? On voit apparaître, en effet, autour d'Henri III, une sorte d'académie de femmes cultivées, qui annonce les "précieuses ridicules" que fustigera Molière au siècle suivant.

 

 

Plus que la prétendue homosexualité d'Henri III, c'est peut-être cette féminisation des mœurs, ce féminisme naissant, rompant avec le modèle viril des rois guerriers et chasseurs de jadis et des femmes soumises, qui sont stigmatisés par les libelles de la Ligue. Pour l'historien, cela pose le problème général de la calomnie. La Ligue a eu une telle capacité de diffamation qui a fait qu'Henri III, quatre siècles après, est toujours sous le coup de leurs calomnies.

 

Ce qui pourrait déformer un peu la vision historique des choses.

 

■ Editions Hachette/Histoire de France, 2003, ISBN : 201235730X

 


1. Notamment Henri III, roi shakespearien par Pierre Chevallier (Fayard) et La Cour d'Henri III par Jacqueline Boucher (Ouest-France).


Lire aussi : Henri III mort pour la France article de Jean-Yves Grenier (Libération)

 

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