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Homophilie dans Salammbô de Flaubert

Publié le par Jean-Yves

Quelques paragraphes de Salammbô font allusion à l'homophilie :

 

« La communauté de leur existence avait établi entre ces hommes (les Mercenaires au service de Carthage) des amitiés profondes. Le camp, pour la plupart, remplaçait la patrie ; vivant sans famille, ils reportaient sur un compagnon leur besoin de tendresse, et l'on s'endormait côte à côte, sous le même manteau, à la clarté des étoiles. Puis, dans ce vagabondage perpétuel à travers toutes sortes de pays, de meurtres et d'aventures, il s'était formé d'étranges amours – unions obscènes aussi sérieuses que des mariages – où le plus fort défendait le plus jeune au milieu des batailles, l'aidait à franchir les précipices, épongeait sur son front la sueur des fièvres, volait pour lui de la nourriture ; et l'autre, enfant ramassé au bord d'une route, puis devenu Mercenaire, payait ce dévouement par mille soins délicats et des complaisances d'épouse.

 

Ils échangèrent leurs colliers et leurs pendants d'oreilles, cadeaux qu'ils s'étaient faits autrefois, après un grand péril, dans des heures d'ivresse. Tous demandaient à mourir, et aucun ne voulait frapper. On en voyait un jeune, çà et là, qui disait à un autre dont la barbe était grise : « Non ! non, tu es le plus robuste ! Tu nous vengeras, tue-moi ! » et l'homme répondait : « J'ai moins d'années à vivre ! Frappe au coeur, et n'y pense plus ! » Les frères se contemplaient, les deux mains serrées, et l'amant faisait à son amant des adieux éternels, debout, en pleurant sur son épaule. »

 

Gustave Flaubert

 

Salammbô, 1862, chapitre XIV

 


Lire aussi : Bouvard, Flaubert et Pécuchet par Roger Kempf


Site Gustave Flaubert de l'Université de Rouen


Lire la lettre du 15 décembre 1850 de Gustave Flaubert à sa mère


Lire aussi : Flaubert altersexuel ? par Lionel Labosse [sur les Correspondances de Gustave Flaubert]

 

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