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L'homosexualité en Italie sous Mussolini

Publié le par Jean-Yves

La dépénalisation s'effectue progressivement à partir la fin du XVIIIe siècle. Elle touche d'abord la Toscane sous le règne du Grand-Duc Léopold, puis toute l'Italie du Nord, après la promulgation de la législation napoléonienne. Le Code de Charles-Albert de 1837 pour le Piémont-Sardaigne est étendu à toutes ses possessions après la création du Royaume d'Italie, achevé en 1870, par la Maison de Savoie. Aucune peine ne vise l'homosexualité après les dépénalisations ayant successivement atteint toutes les régions italiennes jusqu'à la création du Royaume d'Italie en 1870. À ces dépénalisations s'ajoute un climat social peu répressif lui aussi.


Mussolini, dans un premier temps, ne modifie pas cette situation. Dans un projet de Code pénal en 1930, il soutient même que, les Italiens étant naturellement virils et non homosexuels, à l'inverse des étrangers dégénérés, il n'est pas nécessaire de faire des lois contre l'homosexualité.


Un autre facteur important motive son refus : l'Italie a économiquement besoin de l'entrée substantielle des devises que draine le tourisme homosexuel. De plus, dans l'idéologie hitlérienne, les Latins, comme les Slaves, sont considérés comme des peuples inférieurs. De ce fait, les pays latins européens et sud-américains fascistes intègrent moins ces conceptions raciales et ont peu de raison de considérer les homosexuels en termes de danger pour la race.


Après la création de l'axe Rome-Berlin en 1938, Mussolini promulgue des décrets anti-homosexuels sous la pression nazie, rompant ainsi avec la relative tradition libérale latine. La logique fasciste vise à éliminer les opposants politiques. Elle diffère en cela de la logique nazie qui vise à éliminer les personnes assimilées à des menaces pour la race. Les homosexuels sont ainsi considérés comme criminels politiques. Les peines sont l'emprisonnement, l'exil dans des lieux éloignés, généralement des îles, la démission pour les fascistes.


Sandra Boehringer, Thierry Eloi, Flora Leroy-Forgeot, article "Italie", page 250




En Italie, l'arrivée au pouvoir des fascistes, en 1922, ne détermina pas de changements immédiats quant au sort des homosexuels. En 1930, à l'occasion d'une discussion sur le nouveau Code pénal, Mussolini s'opposa ainsi à l'introduction d'une législation homophobe, sous prétexte que les Italiens étaient trop virils pour être homosexuels. Il semble en outre que l'intérêt économique ait prévalu sur les interprétations morales : le tourisme homosexuel, source de devises, ne devait pas être obéré. Enfin, on ne trouvait pas en Italie de mouvements militants comparables à ceux qu'avait connus l'Allemagne, et le danger constitué par une communauté homosexuelle organisée semblait inexistant. Les homosexuels n'en furent pas moins l'objet de discriminations nouvelles : des bars furent l'objet de rafles, certaines personnalités jugées trop « voyantes » furent exilées. À partir de 1938 cependant, et vraisemblablement en écho au régime nazi, de nouveaux décrets furent votés, visant cette fois-ci directement les homosexuels. Comme le montre le film d'Ettore Scola, « Une journée particulière » (1977), les homosexuels, désormais considérés comme des criminels « politiques », risquaient la prison et l'exil dans des îles lointaines. Les membres du parti fasciste étaient contraints à la démission, alors qu'en Allemagne, les membres de la SS reconnus comme homosexuels étaient condamnés à mort. Toutefois, si pour de nombreux homosexuels la vie sous le fascisme signifia peur, souffrance et humiliation, la plupart d'entre eux traversèrent la période sans être inquiétés.


Florence Tamagne, article "Fascisme", page 171




in Dictionnaire de l’homophobie, sous la direction de Louis-Georges Tin, éditions PUF, 2003, ISBN : 2130535828


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