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J'm'assume par Elula Perrin

Publié le par Jean-Yves

Vous êtes lesbienne... et vous le dîtes... et vous l'écrivez... Quel courage, Madame, et comment peut-on être persan !...

 

J'entends cela à longueur de nuit, à longueur d'année, et j'en souris.

 

Non, je n'ai eu aucun courage. Ni à vivre mon inversion ni à livrer ensuite cette vie aux lectrices – et aux lecteurs – avides de savoir ou de connaître, de comprendre ou de juger, de se chercher ou de se retrouver.

 

J'ai eu la chance de naître bien dans ma peau et de toujours m'y trouver à l'aise, malgré les guerres et les avatars inévitables de la vie et tous les ales jacta est !

 

Pour parler comme une intellectuelle j'm'assume ».

 

J'assume totalement ma différence et je n'en veux ni à dieu ni à diable de m'avoir faite telle que je suis. Je remercierais plutôt mes géniteurs et surtout ma mère qui a si bien accepté d'avoir une fille dont le cœur n'a jamais battu que pour les femmes, dont les sens, les imaginations, les fantasmes et les rêves n'ont jamais galopé que sur des cavales brûlantes aux cheveux longs et doux.

 

Selon que l'on écoute à droite ou à gauche, on parle de répression accrue, ou on parle de laxisme. Stupidités ! En Russie comme au Chili, en Chine comme en Argentine, chez Castro comme chez Debré, nous les « homos » nous sommes, et nous serons TOUJOURS les minoritaires, donc les moutons enragés, les brebis galeuses, les juifs et les nègres de toutes les majorités. Personne ne nous fera de cadeaux, jamais ! Ni Marx, ni Jésus, ni Zeus, ni Bouddha. On tentera toujours de nous briser pour nous faire entrer dans le moule sinistre de la normalité.

 

Renée Vivien s'exclamait : « Une femme aurait-elle jamais aimé un homme ? Je ne conçois pas une telle aberration ! »

 

Je n'irai pas jusque-là... Je concède aux hétéros le droit à la différence... Je ne suis pas de ces révolutionnaires véhémentes, tricoteuses hargneuses appelant en aboyant un CHANGEMENT DE SOCIETE. Je désire seulement que NOTRE SOCIETE CHANGE à notre égard. Que l'on cesse de nous considérer comme des parias, des infirmes du cœur, des mutilés du sexe.

 

Nous sommes des femmes comme les autres. Nous travaillons, nous faisons notre part dans la vie de notre pays, nous payons des impôts et conduisons des ambulances pendant les guerres. Qu'on nous laisse libres de décider qui nous aimons dans le secret de notre alcôve et de notre cœur.

 

Tel est le bonheur que je nous souhaite, ainsi soit-elle !

 

in Le Crapouillot n°58, printemps 1981, page 31

 

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