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L'éclat de ta figure par Ahmed Ben Yahia

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans son Histoire des Almohades, Abd El Wah'id Merrakechi dit que les habitants du cinquième climat sont ceux dont les corps sont les mieux faits et les expressions les plus choisies, « car le climat et la latitude exercent sur le langage une influence qui paraît évidente ». Voilà qui justifie sans doute ce joli poème d'Ahmed Ben Yahia, au XIVe siècle de notre ère :

Je lui dis « bonjour » vers le soir et lui me demanda :

« Qu'est-ce que ce discours ? » croyant que je plaisantais.

Je lui répondis : « L'éclat de ta figure m'a ébloui au point que j'ai pris le soir pour le matin. »

cité par Serge Talbot dans la revue Arcadie n°103-104, juillet/août 1962, page 452

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kikide 19/03/2016 02:34

Ce st qui les habitants du 5eme climat?

Jean-Yves Alt 19/03/2016 08:06

Je n'ai pas de réponse à votre pertinente question.
Ci-dessous, copie de l'article complet publié dans le numéro d'Arcadie :
ANTHOLOGIE DE LA LITTÉRATURE MAROCAINE ARABE ET BERBÈRE de HENRI DUQUAIRE, Plon, édit. Prix : 5 NF
Un sympathique petit ouvrage, ancien déjà, mais qui ne laissera pas indifférents ceux que séduisent les parfums capiteux dégagés par les fleurs de la poésie orientale. Il nous fait connaître quelques-uns des productions variées des Arabes et des Berbères, des lettrés et des conteurs populaires.
Malheureusement il ne contient qu'un très petit nombre de poèmes en arabe littéraire, car l'auteur du recueil désespère de nous les faire goûter. Les poètes arabes, nous dit l'auteur, e expriment presque toujours les mêmes idées grâce aux mêmes images, mais en combinant à l'infini les rythmes, les mots et les rimes. Ils font songer à un Mallarmé qui referait sans cesse le même poème : les phrases ne changeraient que pour l'ouïe ».
Henri Duquaire, en quelques lignes, évoque le pays ensoleillé où les descendants des Omeyades se consolaient de leur exil en se prélassant « dans des palais de marbre et de plâtre, en s'habillant de lainages aux plis harmonieux et en appréciant, au même titre, les parfums, les gâteaux et les femmes ».
Pas seulement les femmes, si nous en croyons Mohammed Ben Brahim El Marrakchi, dit « Chair El Hounna » :
« Les Ailes de la Beauté,
Il nous montrait de l'indifférence lorsque ses joues étaient lisses,
Et nous fûmes indifférents à notre tour lorsqu'il eut de la barbe.
Sa figure était le nid de la beauté,
Mais sur les ailes de la barbe sa beauté s'envola et l'abandonna. »
Dans son Histoire des Almohades, Abdelwâhid El-Merâkucî dit que les habitants du cinquième climat sont ceux dont les corps sont les mieux faits et les expressions les plus choisies, « car le climat et la latitude exercent sur le langage une influence qui paraît évidente ». Voilà qui justifie sans doute ce joli poème d'Ahmed Ben Yahia, au XIVe siècle de notre ère :
Je lui dis « bonjour » vers le soir et lui me demanda
« Qu'est-ce que ce discours ? croyant que je plaisantais.
Je lui répondis : « L'éclat de ta figure m'a ébloui au point que j'ai pris le soir pour le matin. »
C'est dans les harems que les esclaves, les nourrices et les grand-mères racontaient les merveilleux contes arabes. S'ils ruissellent de poésie, le symbolisme populaire n'en est pas absent.
Dans son Symbolisme Sexuel (art. « Fruits »), Jean Boullet a signalé les rapports étroits qui se sont établis entre les fruits (bananes, pommes, prunes, olives, etc...) et le symbolisme sexuel. Très caractéristique à ce point de vue est le rôle joué par les pommes dans L'Histoire de la jeune fille qui naquit d'une pomme.
Il y avait une femme qui n'avait jamais eu d'enfant. Son mari, qui désirait beaucoup qu'elle en eût, demanda conseil à un sorcier. Celui-ci lui donna deux pommes et lui dit : « Fais-lui manger ces pommes et elle deviendra enceinte, mais surtout toi, n'en mange pas. » Comme il portait les pommes, il les trouva « si belles, si rouges et si odorantes » qu'il se laissa tenter et en mangea une. Puis il donna l'autre à sa femme.
Il suffit de connaître le mécanisme de la pensée symbolique pour deviner la suite.
Au fur et à mesure que grossissait le ventre de la femme, la jambe du mari enflait et prenait des proportions énormes.
« Enfin, le terme du neuvième mois arriva : la femme accoucha d'un fils. Quant au mari, au même moment, les douleurs le prirent dans la jambe et, de honte, il alla se cacher dans une solitude, au fond du désert. En même temps que sa femme donnait le jour à leur fils, sa jambe se fendait et il en sortait une petite fille belle comme le jour... » (p. 57).
La petite fille sera nourrie par une gazelle et épousée par un roi. Tous ces contes plaisent par leur légèreté et leur poésie. Ils portent la marque d'une vraie culture, la culture arabe, une des plus brillantes que l'histoire ait comptées, une des plus riches aussi en productions variées de la poésie et de la science, de la fantaisie et du mysticisme, de l'amour et de l'ardeur guerrière, celle, peut-être, qui a proclamé le plus haut, suivant les paroles de Sidi Hammou :
« Qu'il ne dise jamais qu'il a passé sa vie, un qui n'a pas d'ami, Parce que la vie, ce sont les amis qui la font passer. »
Arcadie n°103/104, Serge Talbot (pseudo de Paul Hillairet), juillet/août 1962