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La désenchantée, un film de Benoît Jacquot (1990)

Publié le par Jean-Yves

Les spectateurs qui ont aimé « Les Adieux à la Reine », dernier film de Benoît Jacquot, devrait pouvoir apprécier de découvrir ou redécouvrir « La désenchantée », film qu'il a réalisé en 1990.

 

En l'espace de trois jours, la vie de Beth, lycéenne de dix-sept ans, androgyne et superbe, est traversée par trois personnages.

 

Ce film est tout entier fixé sur l'adolescente. La caméra pivote à portée de main de l'héroïne, balayant, sur ses pas, le spectre du désir : « l'Autre » (il n'est jamais nommé autrement), ce garçon jeune, viril, vorace et volage à la fois, celui qu'on rejette ; l'homme spirituel, plus âgé, qui entraîne sur la pente de son désenchantement ; l'Oncle, figure de l'abjection, libidineux et obscène comme l'argent qu'il paie pour le corps de Beth.

 

Le visage de Rimbaud plane sur ces séquences sans musique, et pourtant chargées d'une vivacité formidable : image de l'exigence absolue qui est celle de Beth.

 

La beauté de « La désenchantée », comme celle des « Adieux à la Reine », tient à la compacité du sujet, aux dialogues sans ornements, à la justesse des regards.

 

 

La force des images adhère à la puissance de ce qu'elles suggèrent. Par exemple, Beth et Remi (le petit frère complice, mature et lucide) dévorant ensemble le seul yaourt du frigo, tandis que par contraste elle refusera de partager avec l'Oncle une grillade parcimonieuse.

 

Le monde autour de Beth est peuplé d'hommes en qui elle cherche désespérément l'amour : une humanité masculine d'alter ego potentiels qui faillissent, se dérobent, ou qu'elle fuit avec âpreté.

 

Avant d'être seulement une banale « fille de dix-sept ans », Beth incarne surtout l'adolescence, avec la rectitude du désir, face aux autres qui transigent – qui désenchantent. On retrouve là, tous les traits de Sidonie (Léa Seydoux), du film « Les Adieux à la Reine ».

 

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