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La polygamie pour tous par Marcela Iacub

Publié le par Jean-Yves

C’est dommage que le slogan « le Mariage pour tous », en dépit de sa générosité, n’ait pas eu la force suffisante de vaincre certains préjugés. En effet, pris à la lettre il aurait pu faire naître un nouveau droit : celui de se marier pour ceux qui en éprouvent le besoin.


Car de nos jours, de nombreuses personnes aimeraient épouser quelqu’un mais souvent sans succès et parfois, celui ou celle qu’ils aiment est déjà marié.


On dira que l’Etat, déjà très occupé par des nécessités sociales urgentes, n’a pas à créer d’agences matrimoniales. Mais cela est discutable. Tant de maladies et de situations d’exclusion naissent précisément de la solitude sentimentale.


On rétorquera que les malheureux n’ont qu’à chercher un conjoint par leurs propres moyens d’autant qu’Internet a ouvert, à cet égard, beaucoup de possibilités. Ce raisonnement ne vaut que pour les classes d’âge dans lesquelles beaucoup de personnes sont disponibles - notamment pour les moins de 30 ans qui ne sont pas majoritairement en couples. Pour les autres, il ne reste plus grand monde. Sans compter qu’à partir d’un certain âge, une bonne partie d’entre eux a des problèmes pour former un couple. Ce faisant, ces unions se font entre deux personnes qui éprouvent, l’une et l’autre, des difficultés favorisant les ruptures et les solitudes qui suivent.


Il serait, en revanche, beaucoup plus intéressant de multiplier le nombre de personnes disponibles en créant des mariages polygames - aussi bien polyandriques que polygyniques. Ainsi, de moins en moins de personnes seules seraient seules. Celles, déjà mariées qui rentreraient dans le marché conjugal, seraient plus aptes au couple. L’union se trouverait allégée par l’existence de tiers favorisant la longévité.


Certes, il est hors de question de laisser la polygamie sous l’emprise du libéralisme sauvage, comme c’est le cas aujourd’hui, avec les adeptes du polyamour. On sait que ces derniers organisent leur multiplicité amoureuse sans aucun contrôle ce qui donne parfois lieu à des espèces de harems : la personne la plus charismatique impose ses choix alors que les autres doivent accepter ou s’en aller. Ce système favorise les forts sans résoudre les problèmes des faibles et des solitaires.


Pour éviter ces abus, la nouvelle polygamie (NP) devrait être pratiquée par les deux membres du couple obligatoirement. Si l’époux se cherche une seconde épouse - avec laquelle il ne vivra pas forcément - la première devra en faire de même.


Ce faisant, ceux qui contractent le mariage avec un conjoint déjà en couple devront, dans l’espace d’un temps déterminé, se chercher un second s’ils ne veulent pas que cet acte soit annulé. Et le nombre de conjoints pourrait croître sans limites dans la mesure où leurs partenaires en feraient de même.


Le couple ne serait plus fondé sur l’exclusivité sexuelle, source de tant d’erreurs et de folies, mais sur un mélange de désir et d’amitié, la force de l’une pouvant pallier la faiblesse de l’autre selon les circonstances.


La polygamie rendrait les divorces moins durs à vivre qu’ils ne le sont aujourd’hui. Car la meilleure manière de remplacer la tranquillité que procure l’exclusivité, c’est la multiplicité.


Voilà un problème que notre société peine à comprendre. Si l’on tient la richesse économique comme le cumul souvent frénétique de choses, l’on ne raisonne pas de la même manière avec la richesse relationnelle.


On pense qu’il suffit d’un mari ou d’une épouse, d’un père et d’une mère pour être heureux. Il n’y a que dans les relations considérées comme moins importantes, telle l’amitié, que l’on admet la multiplicité. Comme si le nombre était signe de corruption lorsqu’il est question de liens vitaux.


Une société bien organisée devrait persuader ses membres dès leur enfance que le bonheur est toujours en danger quand on n’est que deux.


Libération, Marcela Iacub, samedi 21 juin 2014

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