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La romanesque, Georges-Michel Sarotte

Publié le par Jean-Yves Alt

Les textes de Tennessee Williams regorgent d'interprétations souterraines qui alertent l'univers homosexuel masculin.

Stanley Kowalski le trop excitant beau-frère de Blanche Dubois d'« Un tramway nommé désir » de Tennessee Williams, hante l'imaginaire des gays, surtout depuis, qu'il a pris le visage boudeur et la musculature de Marlon Brando jeune.

Georges-Michel Sarotte imagine, dans ce roman, la vie de Blanche Dubois, après qu'elle a quitté sa sœur, pour être emmenée à l'asile. Il réussit le pari romanesque – et son titre est déjà toute une jouissance – de faire revivre l’enfance de Blanche en contrepoint de son présent à l'asile, d'élucider les ombres de sa vie de désordre sexuel après la mort de son père et de révéler les monstruosités de ses amours passées mais aussi d'introduire un personnage d'homosexuel, Franck Rigault, double de Blanche sinon sa réincarnation.

« La romanesque » est un surprenant roman qui autorise le lecteur à retrouver ses images clandestines quand il ne les crée pas à partir d'indices furtifs, comme Sarotte le fait à partir de ceux abandonnés par Tennessee Williams.

Ces jeux étranges de miroirs revêtent le puits sans fond des quêtes sexuelles : élèves déniaisés par Blanche, jeunes militaires partenaires d'une sexualité égarée, inceste, mari pédé aimé du père.

Lentement le lecteur prend conscience que les souvenirs de Blanche, évanescente et si féminine peuvent être la projection d'une violence masquée, l'évocation d'une femme fatale ratée, conventionnelle et sauvage, perdue dans un monde où les amours rêvées éloignent trop fort la réalité d'une vie possible.

■ La romanesque, Georges-Michel Sarotte, Editions Grasset, 1988, ISBN: 2246401518


Du même auteur : Un été américain

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