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Le chevalier d'Eon : « God save the queer » par Evelyne Lever

Publié le par Jean-Yves Alt

Il a vécu presque autant d'années dans la peau d'un homme que dans celle d'une femme. De ses débuts brillants au service de Louis XV à sa fin misérable à Londres, portrait du premier travesti de l'histoire européenne.

Depuis 1796, deux vieilles dames vivaient en colocation dans un quartier pauvre de Londres : Mrs Cole, veuve d'un amiral, veillait sur Mlle d'Eon, qui passait son temps à écrire d'étranges ratiocinations sur sa vie passée qu'elle espérait pouvoir faire éditer. Sa santé déclinait ; terrassée par une attaque, elle mourut le 22 mai 1810. Procédant à la toilette mortuaire, sa vieille amie se crut victime d'une hallucination. Elle n'en croyait pas ses yeux : Mlle d'Eon était un homme ! L'autopsie pratiquée le surlendemain, en présence de plusieurs témoins, confirma l'étonnante découverte. Pas si surprenante, cependant. Certains se souvenaient que, durant quarante-neuf ans, Mlle d'Eon avait vécu en homme sous le nom de chevalier d'Eon et trente-trois ans en femme. Cette singularité attira l'attention de toute l'Europe, car ce personnage n'était pas de ces êtres modestes à la sexualité ambiguë dont la renommée ne dépasse pas les limites de leur village ou de leur province. En 1770, lorsque le bruit courut qu'il n'appartenait pas au sexe masculin, c'était une célébrité. Un véritable self-made man, ou plutôt une self-made person.

Issu d'une famille de notables de Tonnerre, en Bourgogne, Louis Charles d'Eon connut un brillant début de carrière. Pour comprendre ses aventures rocambolesques, il faut savoir que Louis XV menait une politique extérieure personnelle à l'insu de ses ministres. C'est ce qu'on appelait le « secret du roi ». Remarqué en 1756 par le prince de Conti, chef de cette diplomatie occulte, d'Eon fut nommé secrétaire d'ambassade à Saint-Pétersbourg et se trouva en même temps chargé de missions secrètes auprès de la tsarine Elisabeth. Lors des quatre années que d'Eon passa en Russie, Louis XV utilisa ses services. D'Eon était un aimable bourreau de travail à l'esprit subtil et incisif. Il observait, jouait de son charme, évitait les pièges et s'abritait sous le masque d'une feinte innocence, pour ne pas éveiller les soupçons. Il se complaisait dans cette double activité. Elle comblait le vide de sa vie privée, car, en dépit de ses mondanités, on ne lui attribuait pas la moindre liaison, pas une seule aventure. Sa chasteté étonnait. A son retour en France, il pouvait se flatter d'avoir contribué au rapprochement entre les deux Etats et d'avoir été le messager personnel de Louis XV et d'Elisabeth.


Lire l'article entier d'Evelyne Lever paru dans Marianne le 13 juillet 2012


Lire aussi : Le double Je, Mémoires du chevalier d'Eon par Jean-Michel Royer

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