Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le secret d'Antonio, Hélène Paraire

Publié le par Jean-Yves

Après une enfance difficile, Antonio, bientôt 13 ans, et Pascual, 15 ans, semblent aborder la suite de leur vie dans de meilleures conditions. Les deux jeunes orphelins, mexicains d'origine, viennent d'être adoptés par une famille québécoise. Le premier, Antonio, se prostituait alors que le second faisait partie d'un gang de rue.

 

Mais suffit-il, pour échapper à un enfer, de trouver des parents adoptifs ? Si leur nouvelle famille est empreinte de bonne volonté, la vie passée des deux garçons peut s'arranger mal avec des adultes parfois rigides. Antonio sera celui pour qui l'adaptation sera la plus rude. Quel est donc le secret qu'il cache et qui rend son intégration si difficile ?

 

Si ce petit roman est plaisant, il se distingue surtout par un scénario insipide, un suspense mollasson : l'auteure, à travers l'histoire racontée, manque de nombreuses thématiques qui auraient donné une vraie vie à ce récit.

 

De nombreux manques ou incohérences aboutissent à rendre cette histoire non crédible :

 

— Comment comprendre que Pascual, ancien chef de gang dans son pays d'origine, devienne, dès son arrivée au Québec, un élève modèle, volontaire dans toutes les tâches que son nouveau monde lui propose ?

 

« Les vacances de Noël débuteraient dans quelques semaines. Pascual aimait tant l'école que les deux semaines de congé étaient presque une punition pour lui ! Rosie lui avait dit que rien ne l'empêchait d'étudier et de lire à la maison, s'il y tenait tant. » (p. 74)

 

— Comment se fait-il que les parents adoptifs ne s'interrogent pas sur les liens qui pourraient exister entre l'ancienne vie de prostitué d'Antonio et ses difficultés présentes ? Il est impossible de croire que le couple n'a pas réfléchi avant l'adoption aux vies antérieures possibles de leurs deux protégés.

 

— Comment entendre les hésitations d'un Antonio, qui a connu les bas-fonds de la prostitution, face à un Alex dont il est amoureux ?

 

« Son cœur était dévasté par un ouragan et ses pensées s'éparpillaient dans une tempête de contradictions. Il avait tenté de mentir à Alex et avait lamentablement échoué, Alex avait deviné. Deviné ce sentiment particulier qui les unissait secrètement. Ils étaient pareils, ça devenait évident. Antonio ne pouvait plus se le nier, il aimait Alex. Mais... mais alors est-ce que ça veut dire que je suis... gai ? pensa le garçon, désemparé. Cette idée le mit mal à l'aise. Lui fit mal, même. S'il fallait que ça se sache à l'école, on se moquerait de lui, on le traiterait de tous les noms, de tous ces mots qui, par leur cruauté, marquaient cruellement une différence... » (pp. 104-105)

 

— Il aurait été intéressant que ce roman propose une réflexion sur la prostitution au carrefour d'un sentiment de terreur et de fascination.

 

— L'homophobie d'Ivan (un autre élève de la classe d'Antonio) est traitée pauvrement. Elle ne révèle même pas la réaction d'Antonio frappé par un destin absurde et injuste : pourquoi moi ?

 

« – Oh, mais que vois-je là ? T'as dessiné ton amoureux ? fit une voix derrière eux. […]

Ivan, le colosse, se tenait devant eux, un sourire mauvais aux lèvres.

– Pauvre con ! riposta Antonio en se ruant sur lui, rouge de fureur. […]

– Je le savais, je vous ai vus l'autre jour, au parc ! T'aimes ça tâter des cuisses, Alex ? Ahahah ! » (pp. 120-121)

 

— Où sont l'indignation, la révolte, le désir de vengeance, etc., que pourrait vivre Antonio ? Au lieu de cela, le jeune garçon fait un faible exposé sur la tolérance où il n'arrive pas même à dire les mots essentiels.

 

« Grâce à lui, j'ai compris que je ne devais pas porter attention aux gens méchants. J'ai compris que des différences, il y en avait partout et qu'il y en aurait tout le temps, peu importe qui on est et d'où on vient. Alors, maintenant, c'est moi qui vous donne un conseil : si un jour vous avez peur, battez-vous ! Mais pas comme je l'ai fait, pas avec vos poings ! Battez-vous avec la fierté d'être ce que vous êtes. Combattez votre peur et vous serez bien. » (p. 185)

 

nullLe lecteur en vient à souhaiter que les réactions vivantes et pertinentes de Pascual, face aux questionnements des parents adoptifs, allègent magiquement les problèmes de son « frère » :

 

« Vous comprenez rien, rien du tout... Vous êtes là, à me faire la morale, alors que c'est Antonio que vous devriez écouter. Vous êtes dans la bonne écurie, mais vous soignez pas le bon cheval... » (p. 162)

 

Alors qu'Antonio pourrait commencer à donner le meilleur de lui-même, ce roman suggère que la vie continue de lui faire endosser un crime qu'il n'a pas commis : celui d'être gay. Une fin décevante où le jeune garçon n'arrive pas même à déclarer son homosexualité.

 

■ Éditions Guérin (Montréal), 186 pages, avril 2012, ISBN : 9782760173224

 


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse

 

Commenter cet article