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Les Nouvelles Lettres de mon Moulin, Jean Demélier

Publié le par Jean-Yves Alt

L'auteur règle son compte à la Provence. Il a vécu deux années en Avignon. Pour lui pas de mélodies de cigales, pas de ciel infiniment bleu et chantant, pas de parfums au creux des corps heureux.

Il ne faut donc pas confondre ces « Nouvelles Lettres de mon Moulin » avec les autres, celles que chacun a psalmodiées dans la béatitude des souvenirs truqués.

D'Avignon, de la Provence, Jean Demélier écrit les rues sales, les puanteurs, la jactance ostentatoire qui récupère le monde, le réduit, se délecte de cet univers miniature qu'elle peut dominer : une manière de se croire rusé, une façon d'éviter l'angoisse...

« Les Provençaux ? Des roquets bruyants, pour qui le cirque est le lieu commun et le bien propre. »

Sous la cocasserie désespérée, un homme de quarante ans crie sa détresse – « Le monde retournera à sa solitude » – fait le grand nettoyage comme cette Madame Barbattoni dont il stigmatise la « ménaginite ». Il s'agit d'un autre affairement et le balai est remplacé par les mots.

Il s'agit de fuir devant un danger simple comme tout ce qui est mortel, le vertige de celui qui aperçoit dans le miroir l'étranger qui l'espionne. La Provence est un grave miroir puisqu'il est dit qu'on doit s'y reconnaître heureux.

Paris a l'honnêteté d'avouer son piège et l'isolement ose y affirmer ses quartiers de misère. Quel soulagement de ne croiser que des êtres murés dans la même maladie, et de ne pas être obligé d'exulter : ici le ciel est gris, de la couleur exacte de la solitude.

■ Les Nouvelles Lettres de mon Moulin, Jean Demélier, Editions Gallimard/Le Chemin, 1982, ISBN : 207022418X


Du même auteur : Gens de la rue - Le rêve de Job

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