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Les petites marées, Séverine Vidal

Publié le par Jean-Yves

Dans ce roman, Gaël, 15 ans, jeune homosexuel dans le déni, ne fait qu'entrevoir son amie d'enfance, Mona, dont il feint de croire s'être épris. C'est à travers cette adolescente, compagne sans cesse reprise puis abandonnée, que le couple dont rêve Gaël est possible… jusqu'au jour où il fait comprendre à Mona, qu'il est amoureux de Lucas.

 

Gaël préfère rester avec Mona dans les jeux de l'enfance. Il n'évoque jamais son désir pour la jeune adolescente. Leurs blessures respectives ne parlent que dans le silence. C'est en filigrane, dans les non-dits (exprimés aux lecteurs par le double système de narration), la séparation des corps après les vacances, la distance, les improbables rapprochements, que se joue la blessure vécue par chacun des protagonistes. Le couple Gaël-Mona n'est suggéré que dans ce jeu et ce perpétuel déchirement.

 

Cet amour impossible est exprimé à travers le deuil de la grand-mère de Mona, l'obsession de la mort et ce tissu de soie noir dont l'adolescente se pare pour se cacher. Cette mort finit par l'envahir, à cause de l'amour qu'elle éprouve pour ce jeune homme avec lequel elle aurait tant aimé vivre.

 

Il y a dans « Les petites marées » l'incessant renvoi à la mort comme le flux et le reflux de la mer à travers le temps. Mort de l'enfance. Il y a l'interminable répercussion d'un amour sur un autre, de la mort d'un amour qui tue et transfigure le couple Gaël-Mona.

 

Situation brouillée : ce couple porte en lui la mort réelle de la grand-mère, la mort tout aussi réelle de leur histoire d'amour qui n'a au final jamais existé.

 

nullCe roman fait le constat d'horreur, à travers le silence, l'absence, la fulgurance d'un désastre, d'une véritable tragédie dans une grande sobriété de décors et de dialogue.

 

Dans « Les petites marées », il y a l'écho incessant des gestes, des silences, des appels comme les battements du ressac, dehors du côté du large. L'architecture de ce roman montre l'urgence de dire, de confondre, les amours et les corps, la mort et l'impuissance, le désir et son absence, l'homosexualité, et la présence de la femme. Tout ce mélange a lieu dans la maison de la grand-mère qui se vide peu à peu des meubles, des objets...

 

Il y a dans ces rencontres murmurées, ces échanges de paroles qui ne cessent d'entretenir les blessures, la recherche de la mort. Comme si cette mort pouvait venir au cours des phrases, surgir comme par inadvertance.

 

C'est surtout la jeune fille qui voit la mort. Elle a plus que son ami d'enfance l'intuition de la mort. Elle peut la dévoiler, la découvrir sur un visage, par un simple regard, quelques paroles évocatrices. Elle doit se demander si dans l'absence de désir d'un homme pour une femme il peut y avoir autre chose que la mort pour dernier recours.

 

Heureusement, Séverine Vidal est un sage qui ne se repaît pas du désespoir des histoires d'amour qui meurent :

 

« Sous la couette, bien au chaud, je repense à cet été bizarre, triste et un peu drôle. Je suis sur ma lancée, loin des tempêtes. » (p. 110)

 

■ Oskar éditeur, 110 pages, mars 2012, ISBN : 978-2350008363

 


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse

 

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