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Mariez-vous !, Alain Germain

Publié le par Jean-Yves

Gregory vient d'avoir 16 ans ; il est amoureux de Marie-Dorothée. De son séjour dans les Alpes où il est parti, avec elle, faire du ski, il écrit à son père Alexis, pour lui dire qu'il sait, grâce à sa copine, que Ludovic, l'ami si présent, est plus qu'un ami. Il parle de son enfance, de sa mère décédée alors qu'il n'avait que cinq ans, de sa vie entre son père et cet ami « deuxième papa » qui pourtant n'est jamais resté dormir à la maison. Il propose à ce second père qu'il l'adopte et aux deux hommes de se marier...

 

Voilà un petit roman où ce n'est pas la décadence qui se dévoile, mais un moralisme gentillet qui pointe son nez. Ceux qui, depuis fort longtemps, pouvaient passer pour les pervers de la société ouvrent leurs bras aux joies du puritanisme.

 

Ainsi, dans ce petit roman, homosexualité, mariage et adoption sont abordés en des termes politiquement corrects : couple, fidélité, monogamie sont les sous-entendus qui traversent les lettres qui constituent l'ensemble du récit.

 

Pourtant des problématiques plus intéressantes auraient pu naître de l'histoire de ces deux hommes ?

 

Ludovic est resté célibataire, Alexis s'est marié à 18 ans. Il est fort à parier que le père de Grégory a choisi de se marier si jeune pour repousser ses désirs homosexuels envers son camarade de lycée, Ludovic. Ce que le roman ne suggère pas c'est que de mettre un couvercle sur un problème conduit tout droit à une syncope. Si la femme d'Alexis n'était pas morte si rapidement, que serait-il advenu du mari et du fils ? Là encore, le roman fait silence en s'appuyant sur le conformisme ambiant. Conformisme qui ne dit pas son nom mais qui prend toutes les formes possibles de l'acceptation, de l'ouverture d'esprit : Grégory va jusqu'à proposer à « ses deux pères » : « Mariez-vous ! ».

 

Le personnage de Ludovic aurait gagné à être développé : il a fait le choix de rester célibataire. Est-ce seulement pour attendre Alexis, son amour de jeunesse ? Ou est-ce parce qu'il a gardé mémoire de son enfance avec plus de lucidité, n'ayant pas eu à reproduire ou à inverser des schémas mal digérés à la naissance d'éventuels enfants ? Grégory devine d'ailleurs, que son futur beau-père, est celui qui lui a permis de se construire des points d'ancrage lorsque l'image parentale a fait défaut. Un célibataire réagit-il mieux à un problème trop culpabilisant chez les parents ?

 

Certes tenter d'exprimer la complexité des formes d'unions et des désirs est plus austère et plus subversif que décrire un amour homosexuel ou le « mariage pour tous ».

 

Le livre se termine avec la publication intégrale du texte de la loi ouvrant le mariage aux couples de même sexe (loi n°2013-404 du 17 mai 2013) : une excellente initiative mais dont on peut mettre en doute l'efficacité ; un texte de loi reste difficile à lire car il nécessite de nombreux renvois. Ce document permet néanmoins de prendre conscience de l'étendue du champ d'application de cette loi : modification du code du travail, du code de la sécurité sociale…

 

■ Oskar éditeur/Court Métrage, 56 pages, 30 août 2013, ISBN : 979-1021401266

 


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualite.com

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