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Mon frère, ma princesse de Catherine Zambon & Le refus de Christophe Léon

Publié le par Jean-Yves

Robes et jupes contre l'homophobie

Alyan est un petit garçon de 5 ans. Il adore porter le costume de princesse de sa sœur aînée Nina, déguisement qu'elle n'a d’ailleurs jamais vraiment utilisé. Il voudrait aussi qu'on l'appelle Nayla. Le problème pour sa mère, c'est que ce désir ne se limite pas aux quatre murs de la maison familiale. A l'école maternelle où il va, il devient la source de toutes les moqueries de la part de ses petits camarades. Pour échapper aux brimades, il se réfugie dans la « magie » pour faire disparaître ou transformer ceux qui l'insultent ou le frappent. Mais le résultat de ses « maginations » (imaginations) est incertain. Nina est consciente de la souffrance de son frère. Leur père ne voit pas le problème qu'il peut y avoir dans le fait que son fils porte une robe tandis que leur mère reste attachée aux apparences. Comment va faire Nina pour aider son jeune frère tout en respectant ses désirs ?

En abordant les rêves et les angoisses d'un très jeune garçon, Catherine Zambon, auteure de cette pièce de théâtre, permet à des enfants de fin d'école primaire d'aborder la différence, l'exclusion sexiste afin qu'un calvaire comme celui d'Alyan ne soit vécu ailleurs, dans l'indifférence générale, n'importe où au monde, par d'autres enfants.

■ Mon frère, ma princesse, une pièce de théâtre de Catherine Zambon, éditions L'Ecole des Loisirs, mai 2012, ISBN : 978-2211208116

 

 

Corentin est élève de seconde. Il est excellent élève et a deux années d'avance si bien que ses camarades de classe sont bien plus âgés que lui. Il est « intelligent, sensible et aussi timide » (p. 81). Quand il va au lycée, il fait toujours attention de garder une « bonne distance » (p. 82) s'il aperçoit devant lui un de ses camarades. S'il est totalement résolu dans son travail, il est beaucoup plus hésitant dans son approche des autres.

Un soir, après les cours, un élève de première, Adrien, se fait tabasser devant le lycée. Adrien n'a pas seulement été frappé mais aussi insulté ; ses agresseurs ont craché sur lui et l'ont traité de « gonzesse », de « fofolle », de « tante ». Les auteurs de l'agression, quatre terminales, sont interpellés.

La nouvelle « Le refus » (adaptée pour des lecteurs de lycée) rappelle que l'humain (les élèves, les professeurs, les parents, etc.) se constitue d'une part triviale, sordide, qu'il ne dissimule qu'au prix d'une fuite, d'une lâcheté profonde. Et c'est cette lâcheté-là qui est redoutable. D'où le retour constant de la bête, retour d'autant plus fort qu'il est rare de reconnaître la part de bête en chacun nous.

Corentin essaie de faire exception en venant au lycée en jupe pour dénoncer l'homophobie larvée de toute la communauté éducative (ses parents compris).

Refusant de montrer ou de nommer, l'auteur, Christophe Léon, ne dit rien sur l'orientation sexuelle de Corentin, même s'il sème ici ou là quelques (faux ?) indices. La fin de la nouvelle n'apporte pas une réponse univoque à cette question mais ouvre une perspective bien plus intéressante, le devenir de chacun :

« La société dans laquelle il vivait ne pouvait pas être celle qui venait de se révéler à lui – brutale, insensible et inhumaine. Il ne le supporterait pas. Avant de sortir de sa chambre, Cotentin s'est regardé dans la glace de son armoire. L'image qu'il y a vue était celle d'un garçon de treize ans qui voulait devenir un homme. » (p. 101)

Corentin est un adolescent en colère ; son désespoir se nourrit des petites lâchetés de ceux qui l'entourent. Cette nouvelle porte l'empreinte de sa blessure. Le lecteur ressent douloureusement le fatalisme de son combat au moment même où il se demande si l'adolescent pourra être entendu.

Lire aussi la chronique de Lionel Labosse

■ « Le refus », une nouvelle de Christophe Léon, in Désobéis ! (pp. 79 à 101), éditions Thierry Magnier, octobre 2011, ISBN-13: 978-2364740198

Du même auteur : Embardée


Les deux écrits, celui de Catherine Zambon et celui de Christophe Léon, rappellent que si notre époque intègre graduellement l'homosexuel qui sait se tenir à sa place, un être exubérant et incontrôlable, qui se refuse aux codes (par choix ou parce qu'il est encore trop jeune pour les avoir intégrés), continue d'alerter les hétéros, aux aguets dans la marge mouvante de toutes les marges, mettant mal à l'aise même l'homosexuel qui croit y voir sa caricature.

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