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Mon regard sur un saint Sébastien qui cède sa place à sainte Irène

Publié le par Jean-Yves Alt

Si le XVIe siècle exalte la beauté apollinienne de Sébastien, dans le martyre, le XVIIe siècle voit se développer un autre épisode de la Légende Dorée : c'est celui de Saint Sébastien soigné par Sainte Irène.

Laissé pour mort, Sébastien va survivre. Une pieuse veuve nommée Irène, vient, de nuit, recueillir le corps blessé du saint, et l'emmène en sa demeure où elle le soigne. Guéri, Sébastien pourra de nouveau affirmer sa foi devant Dioclétien, qui le condamnera une seconde fois à mort.

Dans ce tableau, Sébastien – fait plutôt rare – n'est pas moribond, mais semble participer aux soins que lui prodigue Irène. Celle-ci, éclairée par la lueur de la lanterne portée par une servante, retire avec délicatesse la flèche plantée dans 1a cuisse du jeune saint.

Une certaine similitude de traits se lit sur les visages de Sébastien et d'Irène, soulignant une même jeunesse, parée de méditative douceur.

Sébastien est en attente. Dans la totale dépendance d'une figure de femme penchée sur lui comme une mère sur un nourrisson, comme une pleureuse sur un cadavre.

C'est bien elle, en effet l'héroïne, le sujet même du tableau ; c'est vers elle que le regard se porte, dans les lueurs de la nuit ou de l'aube.

 

Anonyme (d'après Georges de La Tour) – Saint Sébastien soigné par Sainte Irène à la Lanterne (Copie de la version du Musée des Beaux-Arts de Rouen) – XVIIIe siècle

Huile sur toile, 82cm x 107,5 cm, Musée Municipal d'Evreux (Ancien Évêché)

Pourquoi ce glissement de la figure du saint à la figure de la sainte, c'est-à-dire à la figure de la femme ?

Au XVIIe, les formes de la piété sont en train de changer, sous l'influence de Saint François de Sales. « L'introduction à la vie dévote » mène l'oraison sur la voie de la recherche intime de Dieu. La prière devient l'exercice spirituel majeur dans la mesure où c'est à l'intérieur de l'âme, dans sa profonde intimité, que Dieu se découvre.

Dans leur gémellité à la fois opposée et complémentaire, Sébastien et Irène ne seraient-ils pas une des métaphores de l'union de l'âme à Dieu ? Corps abandonné de Sébastien, trompeur en son apparence corporelle, puisque tout entier livré – comme l'âme dans la prière – à l'Amour Divin, dont Irène serait la médiatrice ?

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