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Deux poètes : Olivier Larronde et André de Richaud par Sinclair

Publié le par Jean-Yves Alt

Olivier Larronde est mort à moins de quarante ans : épilepsie-drogue-éthylisme, autant de signes d'inadaptation, ont eu raison de lui.

De l'archange blond, échappé d'un dessin de Cocteau qu'il était à seize ans au clochard à la barbe en broussaille, la distance est grande et comme il a fallu peu d'années pour la parcourir.

Sa poésie n'est assurément pas d'un accès facile et nos bons amis d'Arcadie risquent fort d'être déconcertés par elle.

Des « Barricades Mystérieuses » à « Rien, voilà l'ordre » et à « L'Arbre à lettres » il y a plus d'une sourde beauté, mais toutes les perles ne sont pas aisées à pêcher.

Très celés aussi les thèmes homophiles qui peuvent y être, ci et là, évoqués.

Citons à titre d'exemple ce quatrain inspiré de Genet :

« Qu'à tes gestes, beau nègre, on accroche une rose,

En seras-tu vexé ? Tu la gifles, elle pleure

Comme aux gifles du vent je perdrais mes couleurs,

Elle aussi : ta peau de ramoneur est en cause. »

(Les Barricades Mystérieuses)

Olivier Larronde était, quelles que pussent être ses failles, un poète véritable, à qui l'ombre de Cocteau a, en définitive sans doute, plus nui que servi.

Ce maître perfide savait à merveille agréger à son char plus d'une proie, et, tel certains oiseaux, bâtir son nid de matériaux fort disparates.

Son « aura » n'était hélas pas bénéfique et de Radiguet à Kihm ou à Desbordes, quelle jonchée !

Si Olivier Larronde a très tôt disparu, André de Richaud est, lui sinon bien vivant, du moins encore de ce monde, quoique confiné dans un asile.

Il a pris soin de le proclamer en publiant il y a peu, après un long silence, un récit intitulé en manière de défi « Je ne suis pas mort ».

Plus récemment vient de voir le jour dans la collection des Poètes d'Aujourd'hui (n°147) un essai biographique et critique excellent sur l'homme et l'œuvre dû à Marc Alyn (Seghers).

Richaud aussi a connu maints déboires, tous n'étant pas imputables à la seule malchance.

Il a, un peu de ses mains, façonné un destin ingrat.

L'éthylisme, ce refuge de tant de poètes, a été aussi un de ses recours.

N'a-t-il pas écrit avec une lucidité crue : « Je n'ai jamais été fait que pour le vice, la débauche, la destruction implacable de moi-même ou des autres. » ?

Et ailleurs « Il faut être aveugle ou fou pour se contenter de soi et de son propre univers. Les stupéfiants et l'alcool peuvent seuls donner ce monde merveilleux auquel nous manquons. »

« La Fontaine des Lunatiques » est, au nombre des poèmes romanesques écrits par Richaud, un des plus chargés de sens.

On y voit Hugues, le héros s'enfuir à la nage loin d'un vaisseau mystérieux : « La Mandragore » en une scène suffisamment évocatrice pour qu'il soit besoin d'insister :

« Les vagues les avaient dévêtus et ils nageaient agrippés l'un à l'autre, ne faisant plus qu'un corps, qu'une mouvante étoile à huit branches... Ils étaient collés l'un à l'autre... Leurs cuisses étaient mêlées et leur ventre meurtri par les coups de genou qu'ils se donnaient. Fatigués ils s'éloignèrent de quelques centimètres, bien vite ils se rapprochaient et scellaient leur réconciliation d'une large morsure à l'épaule. Deux fauves qui s'égorgent. Deux amants qui voudraient mourir d'amour. »

A celui qui a su écrire :

« Plus sombre qu'un navire où chante l'équipage

 Où les bras des marins

Ont cette odeur d'amour qui me fend le visage

Hélas, sans lendemain. »

(Le Droit d'Asile)

et encore : (Poèmes Inédits)

« Regarder ces soldats enlacés 

Qui cherchent l'un sur l'autre la trace

De cet obus de flamme

Qui les a soudés l'un à l'autre

Jusqu'aux prochaines primevères

Regarder ces gens soudés par l'amour

Le ventre en feu de penser

Qu'il va falloir se quitter...

Regarder, regarder

Ne regarder rien

Le monde devrait vous enfoncer dès que vous les ouvrez

Ces deux doigts de volcans

Dans nos yeux soi-disant émerveillés. »

Arcadie se devait bien d'élever une modeste stèle.

Voilà qui est fait.

Arcadie n°159, Sinclair (René Dulsoux), mars 1967

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