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Personne, Jerzy Andrzejewski

Publié le par Jean-Yves Alt

Rentré à Ithaque, Ulysse est confronté à l'ennui de la vie domestique entre une Pénélope décatie et un Télémaque patibulaire qu'il n'a jamais aimés, et qui le lui rendent bien.

Il repart. Las ! Les dieux ont à cœur de doter les mythes de fins tragiques bien édifiantes. Rien à faire : le héros-modèle n'a plus à perpétrer d'exploit que celui de vivre en vrai mortel.

L'épreuve ultime, après les sortilèges d'antan, sera celle du sentiment de l'inanité de toute gloire : il n'affrontera maintenant que les contingences de la condition d'homme et, avec elles, le désenchantement qu'il y a, après avoir joué les légendes, à n'être plus personne à force de ressembler à tout le monde.

On comprend que l'Odyssée puisse se réduire à l'histoire d'un rencart sans cesse différé : Ulysse, en fait, n'est qu'un fuyard.

Andrzejewski lui adjoint Néomon, un bel éphèbe épris de lui, et le montre éludant même la solution dernière, l'amour : assumer de n'être qu'un homme, de n'être personne, jusqu'à se livrer à l'aimé et ne plus faire qu'un avec – héroïsme de la fusion sentimentale.

Un conte philosophique drôle, grave, sensuel et profond.

■ Personne, Jerzy Andrzejewski, traduit du polonais par Georges Lisowski, éditions Maren Sell, 1990, ISBN : 2876040379

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