Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Poésies ?, Christophe Rafahel

Publié le par Jean-Yves

« Que serons-nous ? Du vent entre deux paumes jointes. » (p. 18)

 

Ce vers extrait d'un poème de Christophe Rafahel, je l'écrirais dans un florilège à la gloire des poètes. Car il préserve la parole essentielle, hors du temps.

 

Je n'ai jamais – comme l'auteur – bourlingué dans les « Pays de la Soie ». Pourtant, je partage, avec lui cette présentation de ses poèmes : « on explore moins la planète que soi-même » (p. 27).

 

On devine dans quels paysages d'enfance, sous quelle âpre solitude et porté par quelle exaltation de l'errance, Christophe Rafahel sonde l'univers poétique. Se révèle ici un écrivain original, laboureur aérien des mots, guetteur impitoyable du désespoir.

 

« J'aurais aimé aimer Seigneur ce qu’on appelle aimer / Dans mes jours vers la mort où trouver l'âme jointe. » (p. 40)

 

Au dernier mot de ce recueil se crée une approche de l'éternel voyage quand l'homme se cogne aux évidences pour mieux retrouver « nos cœurs et nos corps sans défense / devant l'amour comme un miroir » (p. 6). Langage simple, dur comme un corps attendu, lavé de toutes les fioritures pour atteindre la vérité du poète : « Je ne sais rien que ce besoin d'aimer / Qu'entre nos doigts ouverts tu m'abandonnes. » (p. 7)

 

Les mots ciselés, jusqu'à la limite extrême du frisson, me bouleversent parce que dirigés sur l'exacte souffrance que je partage. Sensuel et poignant, l'auteur rêve d'une « épaule humaine » (p. 41) qui ne se résume pas à la seule satisfaction des petits bonheurs – certes immenses – offerts par le désir : « Je jouis que tu aies pris feu / Sous ma main impatiente et douce / Puis d'abondance ensemencée. / Pourtant c'est ton cœur que je veux, / Geoffroy – non ces plaisirs glacés / De hussard prompt à la détrousse. » (p. 8)

 

Poésies ? est une plaquette découpée en trois parties : Un avent amoureux, Prières et Papiers de soi. Les mots sont les magiciens d'une incantation des thèmes éternels : l'amour, les aspirations humaines, la mort. Ces textes courts qui se rient de la rime, sont majestueusement construits. Chaque mot choisi et dorloté appelle, dans l'incandescence de l'imaginaire, son frère éloigné qui soudain paraît jumeau :

 

« Vous, incertains Seigneurs, décideriez-vous seuls / De nous jeter dans l'existence provisoire ? / Je ne veux pas mourir. Ne m'auriez vous fait naître / Par jeu que pour me condamner à disparaître ? » (p. 14)

 

« Vous m'aviez fabriqué insoumis au chagrin / Et tout autant aux joies qui atteignent les âmes / J'aurais aimé aimer Seigneur ce qu'on appelle aimer / Dans mes jours vers la mort où trouver l'âme jointe » (p. 40)

 

Christophe Rafahel honore la poésie dans son désir d'atteindre la musique profonde de l'être face à son destin, dans le dénuement de l'errance.

 

■ Editions À hélice & Éoliennes, 2011, ISBN : 978-2909984100, 11€

 


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse

 

Commenter cet article