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Recrue, Samuel Champagne

Publié le par Jean-Yves

Maxence, 16 ans, arrive tout juste d'Angleterre ; il est gay et son homosexualité, connue de tous, ne semble pas lui poser de grosses difficultés. Il se demande néanmoins ce qu'il en sera dans son nouvel établissement scolaire. Sera-t-il si facile de le dire ouvertement ? Max a appris aussi à « se ranger sur le côté » (p. 23)

 

Maxence remarque très rapidement un élève dont le comportement l'intrigue : Thomas. Mais comment aborder ce garçon si secret dont les réponses incitent plus au rejet qu'à l'empathie. Thomas a des cheveux blonds et longs ; son visage fin, ses yeux bleus ne laissent pourtant pas insensible Maxence.

 

Maxence ne sait pas avec qui il se liera d'amitié dans son nouvel environnement ; il se dit qu'il est préférable – au moins dans un premier temps – de cacher son homosexualité.

 

Maxence est sportif et adore le football (à Montréal, on dit « soccer »). Très rapidement des élèves de sa classe lui demandent d'intégrer leur équipe. L'un d'eux, Simon, lui propose de « liker » cette équipe sur un réseau social où elle est inscrite. Maxence préfère dire qu'il n’est pas inscrit sur ce réseau car sur son mur de présentation, il y a des photos de la dernière parade de la fierté gaie de Londres, à laquelle il a assisté. Et surtout... dans la case sur l'orientation sexuelle, il a coché « interested in men », alors... il n'est pas question que les membres de l'équipe de soccer soient au courant. Maxence se promet d'effacer son compte et d'en créer un autre. Il n'a pas envie qu'on lui pose des questions. Maintenant qu'il est ici, il veut tout recommencer à zéro.

 

Il reste que Thomas continue de l'intriguer et de l'attirer. Mais les autres élèves de la classe préviennent Maxence de ne pas le fréquenter car alors tout le monde pensera qu'il est aussi une « tapette », un « fif » (1) car pour eux, il n'y a aucun doute, Thomas est gay. Maxence se demande comment ils peuvent en être sûrs :

 

« Il fait de la danse. De la danse avec des collants, tu vois le genre. Tu peux pas aimer ce genre de danse et être straight ! C'est pour les filles, le ballet » répond Simon. (p. 29)

 

Maxence n'a jamais été gêné – auparavant – de parler de son homosexualité. Il se disait qu'il n'y a rien de mal à être gay, rien de mal à être hétéro, rien de mal à demander, donc... Mais ça, c'était avant. Depuis son arrivée à Montréal, depuis qu'il essaie de faire connaissance avec Thomas, il remet en question tout ce qu'il pensait savoir et comprendre à propos de sa propre homosexualité. Il n'a plus cette confiance dont il était si fier auparavant.

 

Pour Thomas, les interrogations sont tout autant pénibles :

 

« Arrête, tu sais que tu l'es, se morigène-t-il, tu le sais. Souviens-toi comment tu as regardé les fesses de Max. Comment tu as réagi quand il t'a touché. Les frissons et tout... Et puis, quand il s'approche, ce n'est pas de la gêne que tu ressens, c'est du désir. Du désir ! Et les gars du cours de danse ? N'essaie pas de prétendre que tu les regardes juste pour étudier leurs mouvements... Tu n'aimes pas les filles. Tu n'aimes pas les filles. Tu. N'aimes. Pas. Les. Filles. […] En plus, j'ai un kick (2) sur Maxence... » (pp. 92-93)

 

Maxence et Thomas se rapprochent peu à peu et se sentent heureux ensemble.

 

Les injures ne cessent pas et Maxence en devient également la cible :

 

— J'espère que vous allez pogner le sida et crever, maudites tap... (p. 236)

 

Simon qui est le seul à avoir découvert sur le réseau social le profil de Maxence fait chanter ce dernier : contre argent, il ne parlera pas…

 

Maxence et Thomas seront-ils un jour heureux, impatient du bonheur de l'autre, apaisé d'appartenir à quelqu'un, disponible pour connaître l'amour, la paix ?

 

Ce roman traite avec beaucoup de minutie et de précisions les interrogations des deux jeunes protagonistes : il montre subtilement les déductions erronées que font chacun des personnages à partir d'un événement sans signification particulière ; il témoigne comment une situation fortuite peut prendre une signification totalement subjective ; il rappelle que souvent seuls sont retenus les épisodes perçus comme négatifs ; il atteste la contamination de toutes les relations à partir d'une seule perception négative ; il confirme enfin que trop souvent les réactions viennent d'une analyse sans nuance des moments vécus.

 

 

(1) Fif : Au Québec, un fif est un homosexuel. Se faire traiter de fif est l’insulte suprême, surtout pour les jeunes garçons de 12 à 18 ans.

(2) Kick : Nom masculin propre au langage populaire québécois, avoir un kick c'est avoir le béguin pour quelqu'un.


■ Recrue, Samuel Champagne, Ottawa (Canada), Éditions de Mortagne, Collection Tabou, 284 pages, 7 août 2013, ISBN : 978-2896622788

 


Lire aussi la chronique de Lionel Labosse sur son site altersexualite.com

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