Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Réédition du "Rapport contre la normalité" du FHAR (1971)

Publié le par Jean-Yves Alt

Les manifestations très agressives autour du « mariage pour tous » auront révélé la profonde homophobie d’une bonne partie de la population française. L’assez nette distribution des partis politiques concernant ce projet de loi a remis en évidence une relation très forte entre sexualité et politique.
En 1971, cette évidence n’en était pas une. Il faut imaginer une France beaucoup plus archaïque dans ce domaine, beaucoup plus homogène et moins diversifiée dans la représentation qu’on lui impose et qu’elle se doit de donner d’elle-même.
Mai 68 fut l’expression d’un refus collectif de cette paralysie organisée de l’imagination : cette société était plus diverse qu’on ne le lui donnait à penser. Très vite, des voix féministes puis homosexuelles se lèvent pour ne pas laisser la réalisation de leur espoir de libération (la Révolution) aux seuls hommes hétérosexuels. C’est le cas du Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire dont voici le manifeste très inspiré par le mouvement « provocateur » de l’Internationale situationniste créé par Guy Debord. Ce mouvement proposait une stratégie qui avait tout pour plaire aux futurs gays exacerbés : interventions spectaculaires, détournement d’oeuvres artistiques, souvent érotiques, politisation générale et inversions épistémologiques. On retrouvera la même veine dans les six numéros de la revue Le Fléau social (1972-1974) dirigée par Alain Fleig (groupe 5 du FHAR) ainsi que dans celui de la revue Recherches de mars 1973 intitulé « Trois Milliards de Pervers – Grande encyclopédie des Homosexualités ».
Près de 40 ans plus tard, la réédition de ce texte devenait éminemment utile et nécessaire. Il peut en effet, recontextualisé, servir l’histoire des mouvements queers préoccupés d’hégémonie, d’impérialisme, de luttes de classes, de genre et de sexualité, d’hétérosexisme, d’immigration, d’homonationalisme, d’intersectionnalité en résumé, mais aussi de plaisir et de sexe : une approche que le FHAR désignait alors comme une « conception homosexuelle du monde ».
Patrick Cardon (FHAR d’Aix-en-Provence)
Note de l’éditeur : ce volume a été reproduit au plus près possible de l’original (format, pagination) avec l’aimable autorisation des éd. Ivrea, successeur des éd. Champ libre pour ce titre, troisième de la collection Symptôme, et des ayants droit.
Réédition du "Rapport contre la normalité" du FHAR (1971), éditions GayKitschCamp, 2013, ISBN : 978-2908050837, 132 pages, 15€
Association GayKitschCamp pour l'histoire LGBT
5 rue du Pavillon
34000 Montpellier
Livres en vente à Librairie Les Mots à la Bouche Paris, Violette and C° Paris, Le Jardin des Mots à Montpellier ou directement franco de port (chèque à l'ordre de GKC) ou encore par paypal à gaykitschcamp@gmail.com

Dans le déferlement de mai 1968, huit affiches manuscrites signées d'un "comité d'action pédérastique révolutionnaire" font une éphémère apparition sur les murs de la Sorbonne. Trois ans plus tard, le Front homosexuel d'action révolutionnaire (FHAR) publie un dossier "contre la normalité", qui est d'abord un acte d'accusation. Ce mouvement s'est affirmé pour la première fois publiquement le 10 mars dernier lorsque des homosexuels des deux sexes allèrent perturber une émission publique de Mme Ménie Grégoire consacrée à ce sujet. Créé à l'origine par des jeunes femmes, ce Front regroupe désormais une importante majorité d'hommes, et, à l'image du Gay Liberation Front (Front de libération des homosexuels) américain, il se propose, d'une part, de constituer des groupes d'auto-défense qui s'opposeront au "racisme sexuel", d'autre part, de "prendre d'assaut et de détruire la normalité sexuelle fasciste".
Le dossier élaboré par le FHAR est composé pour l'essentiel de textes déjà publiés dans le journal Tout. Outre des documents de caractère idéologique, fort heureusement agrémentés d'un lexique, on y trouvera de nombreux témoignages, souvent anonymes, qui trahissent l'angoisse de beaucoup d'homosexuels.
Le Monde, T.P., 19 novembre 1971

Commenter cet article