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Les rôles que nous jouons par Neil Bissoondath

Publié le par Jean-Yves

Les gens comme moi – et presque tout le monde est comme moi, sans toutefois l'admettre – finissent par ne faire qu'un avec leur rôle. Nous sommes le rôle que nous jouons. N'est-ce pas Shakespeare qui a écrit : « Le monde entier est un théâtre, et les hommes et les femmes ne sont que des acteurs » ? Ou quelque chose du genre. Vague souvenir des cours de littérature du secondaire. Pas bête, ce William. Les psys, dans leur jargon, nous répètent jusqu'à plus soif qu'il faut être vrai, authentique, fidèle à soi. Il y a quelques siècles déjà, Shakespeare avait compris que c'était de la bouillie pour les chats. Les moi auxquels nous sommes censés nous conformer sont de simples constructions – des rôles que nous jouons, des rôles qui nous sont confiés ou que nous inventons pour nous-mêmes. Le conseil suivant serait beaucoup plus utile : soyez fidèle au rôle qui vous échoit. Devant pareille idée, la plupart des gens se récrieraient, mais prenez la spontanéité, par exemple. Les enfants sont naturellement spontanés, ils naissent ainsi, et pourtant leurs parents leur répètent que c'est mauvais. Pense avant d'agir. Ne saute pas dans cette flaque de boue. Mais vous en mourez d'envie. À partir du moment où vous vous retenez, où vous contournez la flaque, vous dérogez à votre nature. Vous incarnez un rôle et prenez la personnalité qui l'accompagne, celui du gentil petit garçon qui remise son vrai moi dans quelque obscur recoin.

 

Neil Bissoondath

 

in Cartes postales de l'enfer, éditions Phébus, 2009, ISBN : 9782752903761, pp. 197/198

 


Dans ce roman, l'auteur se penche sur l'écheveau des masques ou des mensonges qui tissent la vie de son héros. Alec a fait croire à ses parents qu'il était peintre en bâtiment, alors qu'il est devenu décorateur, et à ses clients qu'il était homo, alors qu'il se paie des call-girls en catimini. Même chose pour la femme qu'il aime, Sumintra, qui, d'un côté, joue la fille respectueuse de parents émigrés, fidèles à leurs coutumes indiennes, et de l'autre, sous le surnom de Sue, apprend à s'émanciper. (Le Nouvel Observateur, Frédéric Vitoux, 30 août 2009, extrait)

 

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