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Un sodomite de génie Jean Baptiste Lully par Robert Amar

Publié le par Jean-Yves

L'homophile se plait à rappeler le nom et le souvenir des hommes célèbres qui lui ont appartenu, de ceux qui, par leur caractère, leur valeur et leurs œuvres ont enrichi le patrimoine commun de l'humanité, dans les domaines les plus variés, dans tous les temps et dans tous les pays.

 

Pourquoi faut-il que, dans ce livre d'or, manque généralement un génie incontesté : Jean-Baptiste Lully ?

 

Probablement parce qu'il est très peu ou mal connu. Ceux qui se sont penchés sur lui ont souvent été trompés par tout ce qui avait circulé, de son vivant, comme médisances et calomnies qu'inspirait la jalousie, sans faire la critique des documents ; elle seule aurait permis d'approcher de la vérité. A cette tâche, un écrivain s'est entièrement consacré, Henry Prunières, et nous a livré, il y a une quarantaine d'années, le fruit de ses recherches, dans des publications devenues introuvables. Grâce à lui, nous pouvons maintenant nous faire une idée assez juste de cette vie et de cette œuvre.

 

Il m'a semblé opportun de montrer l'homme, le compositeur, l'homophile – on disait de son temps : sodomite. Ils méritent mieux que notre attention : l'admiration que les plus illustres de ses contemporains ne lui ont pas marchandée. […]

 

Le moment est venu d'esquisser son portrait. Au physique, un homme de taille moyenne, avec un visage au teint basané, à l'expression très mobile, un front haut coupé de rides, des cheveux noirs, des yeux pétillants de malice sous des sourcils en broussailles, un nez fort, des lèvres épaisses, un cou massif reposant sur de larges épaules : ainsi nous le montrent sculpteurs et graveurs de son temps.

 

Au moral, un honnête homme, parti de rien et arrivé au sommet par ses dons et une volonté tenace, dont la vie fut abrégée par les excès du travail et du plaisir. Sans orgueil, mais connaissant sa valeur, il n'admettait pas qu'on cherchât à rivaliser avec lui et à lui disputer la suprématie, défendant ses privilèges avec férocité. Ses démêlés avec Marc-Antoine Charpentier, grand musicien et sodomite comme lui, en témoignent. Il aurait tué, avouait-il, quiconque lui aurait dit que sa musique ne valait rien. […]

 

En France, les goûts de Baptiste étaient connus de tous car ses ennemis ne manquaient pas une occasion de les proclamer. Il faisait partie d'un groupe assez discret qui comptait parmi ses membres les plus marquants : les deux Vendôme (demi-frères bâtards de Louis XIII), le Chevalier de Lorraine, le Comte de Fiesque, Campistron, maints poètes et musiciens. En public, beaucoup prenaient le masque de la piété et, comme lui, se rendaient en famille, à la messe dominicale.

 

Le roi eut toujours horreur des sodomites ; il n'ignorait certes pas ce que les pamphlets, souvent violents, voire grossiers, répandaient sur son compte mais, malgré quelques menaces verbales, il lui pardonnait. C'est qu'il se retrouvait et s'admirait dans sa musique, avec ses apothéoses et ses sonorités de triomphe, dans ces héros de la mythologie qui bravent les périls, anéantissent leurs ennemis et terrassent les monstres. Tout à l'opposé de la réprobation, il le couvrit d'une faveur insigne et constante, que ne connut jamais aucun des hommes qui illustrèrent son règne, parce qu'il était indispensable à ses desseins et à son rayonnement. […]

 

Vers la fin de 1672, éclata un scandale retentissant mettant en émoi la Cour et le monde de Sodome qui croissait en nombre et en audace. Le roi, malgré son aversion pour lui, était bien gêné pour agir car le plus haut adhérent de la secte était le premier seigneur de France, Monsieur, son propre frère. Néanmoins il résolut de faire un exemple. La victime fut un jeune bourgeois, riche et raffiné, Chausson, qui donnait à ses amis – dont Lully était – des fêtes inspirées de la Rome de la décadence. […] Chausson, dénoncé par les dévots, fut surpris la nuit, par la police, en compagnie d'un page, de famille noble, qui appartenait au Prince de Conti. Conduit à Saint-Lazare, le page fut durement fustigé.

 

Robert Amar (René-Louis Dubly)

 

Arcadie n°172, n°173 et n°174, avril et mai et juin 1968 (extraits)

 


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