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Zaza, correspondance et carnets d'Elisabeth Lacoin, 1914-1929

Publié le par Jean-Yves Alt

En 1926, Simone de Beauvoir rencontre celle qui deviendra son amie, Zaza, Elisabeth Lacoin, la future héroïne des « Mémoires d'une jeune fille rangée ».

Elle écrit : « Je ne peux pas vivre sans elle... Je ne lui survivrai pas. » On sait qu'elle lui survivra, et même déclarera que la mort de Zaza a payé sa liberté à elle, à savoir, « échapper à ce destin fangeux » que l'époque réservait aux femmes.

Comment Zaza avait-elle répondu à cette extrême amitié ? « Vous me faites peur comme une belle auto lancée en pleine vitesse », écrit-elle en août 1928 après deux « lettres ardentes » de Simone. Mais, en octobre : « Pourquoi les circonstances (lire : Le complot maternel) nous ont-elles volé cette nuit de retour faite pour passer avec vous... »

Ailleurs, elle relate dans quelle solitude elle vivait avant de rencontrer Simone. En mai 1929, si près de sa mort qui surviendra le 11 novembre, elle écrit qu'à un « certain manque de goût à la vie » elle reconnaît qu'elle n'a pas revu Simone depuis longtemps.

Les deux mères se sont ingéniées à séparer les jeunes filles ; Madame de Beauvoir par jalousie, Madame Lacoin par jalousie encore plus marquée et détestation de la liberté de pensée et d'allure de cette étudiante suspecte de pervertir sa pieuse fille.

Il ne s'agit pas d'ailleurs de détourner Zaza d'une homosexualité possible pour la ramener à des amours « normales ». Lorsque sa fille s'éprendra de Merleau-Ponty, Madame Lacoin s'y opposera encore plus férocement sous prétexte qu'il est un enfant adultérin. Et Zaza en mourra.

On ne meurt pas d'amour, bien sûr. Alors, il faut vite mettre cette fin lamentable sur le compte d'une encéphalite. Si les Lacoin n'avaient pas été si riches et si respectables, n'aurait-on pas soupçonné un suicide ? Zaza, agonisante, réclamait dans son délire « mon violon, du champagne et Simone ».

La jeune femme sitôt disparue a longtemps hanté les rêves du Castor qui la revit souvent « sous sa capeline jaune, (la) regarder avec reproche ».

Les lettres posthumes de Simone de Beauvoir ont révélé des aventures saphiques dont elle ne voulut jamais parler. Ce silence ne signifierait-il pas qu'elle n'a cessé, au cours de ses liaisons secrètes, de chercher à étreindre son premier grand amour, sa révélation d'avant Sartre, Elisabeth dont le destin a déterminé toute la rébellion du Castor contre sa classe et sa religion ?

■ Editions du Seuil, 1991, ISBN : 202010704X

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