Dans les derniers mois de son
existence, Didier s'est enfermé dans un profond mutisme et n'a jamais parlé de sa maladie. Il a laissé des notes, ses dernières souffrances, ses derniers espoirs, ses derniers instants de vie.
Carole ne s'est jamais doutée de rien. Elle a perdu brutalement son frère mort du sida. Pour tenter d'apaiser sa douleur, d'étouffer ses colères, elle décide de mettre en scène les dernières
notes de son frère et leurs ultimes conversations, ces mots anodins qui veulent tant dire désormais. Dans cette aventure et ce défi, elle choisit Alexandre pour incarner Didier. Et si ce comédien
avait lui aussi fait le choix de Carole pour évoquer cette maladie dont on ne parle pas, dont on ne veut pas parler ?
Auteur et metteur en scène : Bruno Gallisa
Distribution des rôles : Florence Kleinbort , Bruno Gallisa
Un hymne à l'amour...
« L'amour est une porte sur les autres. Les outrages de la vie nous font quelquefois
perdre la clef qui l'ouvre. L'horizon se bouche et le monde se rétrécit. La douleur nous égare et le chemin s'efface sur les dunes du désespoir. Le cloisonnement, le mutisme et le silence
s'installent. Ne plus croire devient notre religion, la solitude notre église.
Désormais aveugle et sourd, on ne perçoit plus les autres, mais peut-on vivre sans les
autres ?
Après une longue errance, un seul choix s'impose à nous : mourir ou accepter la clef
d'un autre. Commence alors le long apprentissage de l'autre, faire confiance et donner pour trouver les mots qu'il faut crier, libérer la parole et ouvrir son cœur pour rompre le
silence. »
Bruno Gallisa
http://www.lebruitdusilence.com/dossier-de-presse.php
« Le bruit du silence donc… Une
directrice de casting accepte de recevoir un ultime candidat qui se présente avec beaucoup de retard
mais surtout d’insistance. Il lui joue le monologue d’Hamlet, le truc le plus tarte qui soit. Revêche à outrance, elle se sociabilise peu à peu avec ce comédien un peu en dehors des clous et
finit par lui donner le rôle, celui d’un garçon atteint du sida et qui a laissé en mourant son journal intime. Le garçon n’était autre que le frère de cette jeune femme dont les fissures vont se
lire à cœur ouvert au fil des répétitions.
Bruno Gallissa livre une éblouissante performance, jouant sans cesse d’une force
tranquille à la Julien Boisselier et d’une voix posée sans extravagance et rendant plus terrible de facto les rares points d’acmé lorsque s’intensifie le drame. Sa partenaire, plus à l’aise dans
la seconde phase de son personnage que dans le rôle de la peau de vache du début, lui donne admirablement bien la réplique. Un gros travail de mise en scène pour suggérer cette paroi de
l’incompréhension contre laquelle butent les protagonistes et une astucieuse alchimie des couleurs (accessoires, décor, vêtements), conjuguées à la puissance du texte font de ce spectacle une
vraie réussite qui aurait largement mérité de figurer au palmarès. »
Article paru en avril 2009 lors du Festigay de Paris
Notes de mise en scène :
Premier mouvement : Le lieu : une
scène nue, vide « un espace vide », un trou béant comme une plaie non cicatrisée. Tout commence par un rapport de force entre les deux personnages : une femme fatiguée pas très loin de la crise
de nerf, ayant perdu toute foi et un homme plein d'espérance et de doutes. Des chuchotements persistants, dérangeants comme un rappel, surtout ne pas oublier.
Deux corps tendus dans un espace vide. Une femme complètement fermée et un homme qui désire s'ouvrir. C'est un combat, une joute
verbale. Carole est enfermée dans une bulle presque hermétique : Elle marque des distances, une frontière physique qu'Alexandre n'ose franchir. Mais il trouvera la faille et elle ne pourra plus
reculer. Le rapprochement est progressif et un premier contact physique a lieu.
Deuxième mouvement : Le lieu : une
scène divisée en deux par des panneaux. Le décor : un lit et une chaise pour Alexandre, une table et une chaise pour Carole.
Univers minimaliste. Les comédiens répètent. Ils sont de nouveau séparés, chacun dans son monde, celui des deux personnages.
Toujours ces chuchotements, ces voix qui veulent dire quelque chose, qui gênent, dérangent. Atmosphère étrange où vie personnelle et jeu se confondent. Dialogue à travers un panneau ; plus
de contact physique ni visuel, ce qui permet à la parole de se libérer. Les mots peuvent enfin se dire comme dans un confessionnal. Deux douleurs s'expriment, deux points de vue s'opposent.
Carole s'est enfin ouverte et Alexandre se révèle hermétique. Mais l'écoute est là et l'échange a lieu. La frontière tombera.
Troisième mouvement : Le Lieu : décor
identique à celui du deuxième mouvement. C'est la fin de la répétition, l'aboutissement du spectacle et l'aboutissement de soi. C'est l'acceptation et le soulagement. Deux histoires se
confondent. Le calme s'instaure, les voix se sont tues.
Le livre :
Le Bruit du Silence, Bruno Gallisa, Editions L'Harmattan, 2008, ISBN : 2296047068