« Le cœur de Pierre » raconte une
épopée, celle d'un homosexuel français aujourd'hui. Un sujet à faire frémir certaines introspections des lecteurs : la drague et la sexualité y sont décrites avec un réalisme sans
complaisance.
« Je sens, contre ma jambe droite, un frôlement rempli de moiteur. Je ne sais pas ce que c'est, mais le gémissement qui l'accompagne et qui s'accorde sur le rythme de la musique m'en dit un peu plus sur le morceau qui balance. L'appendice chaud d'un corps dénudé dans l'obscurité moite d'un lieu infect... Je ne vois rien, mais ils sont nombreux, devant comme derrière, contre les parois de ce qui semble être un mur. J'avance doucement, et le piétinement de restes humains est inévitable. Le sol est glissant par endroits, et l'odeur fétide de chair me soulève parfois le cœur. De plus, je n'y vois absolument rien. J'allume en intermittence mon briquet, geste accueilli par certains comme une parade d'approche. Un clair-obscur, des ombres sur les murs. C'est une sorte de code morse qui se télégraphie à coups de briquets ou d'allumettes. Une lueur, on cherche ; un deuxième éclair, on acquiesce ; un troisième scintillement, on s'atteint. Je sens une chose qui me tâte. Elle s'aventure, investigatrice, sur mon bas-ventre. Un frisson me parcourt alors le corps. Des doigts... » (p. 5)
Sait-on combien il est périlleux de cerner la sexualité frénétique sans lasser le lecteur, hors du piège pornographique. Ce roman y réussit : l'auteur déploie avec adresse une réalité lucide et élimine tout moralisme. Cela ne suffit pas – certes – à donner un grand roman, mais la maîtrise de la structure narrative en est un préalable.
Ce monde dantesque se poursuit alors que Pierre affronte toujours ses démons intérieurs. Le personnage n'a rien de sublime même si le jeune homme est
spontané et souvent fougueux : bientôt la trentaine, il sait aussi se complaire dans les remous répétitifs d'une vie banale avec les garçons qu'ils rencontrent. L'au jour le jour du désir qui
s'épuise. Avec parfois du tragique qui s'immisce.
« Dans le métro aérien qui enjambe la Seine, je ferme les yeux pour ne pas voir le bâtiment de la morgue sur le quai d'en face. S'il m'arrivait quelque chose, qu'adviendrait-il de Ruben ? Je ne supporte pas l'idée qu'un autre finisse par prendre ma place, que Ruben soit triste quelque temps et que la douleur passe, qu'il m'oublie, immanquablement, qu'il souffre pour d'autres raisons, qu'il aime d'une autre façon, peut-être meilleure. J'aimerais m'assurer d'une souffrance réelle et pouvoir revenir pour annuler tout et reprendre le cours normal d'une existence qui ne se terminerait jamais… » (p. 48)
L'impulsion reste la joie éternelle de Pierre. Son programme : devenir qui il est, en se confrontant aux autres.
Sans l'écriture de Christophe Lucquin – qui fait un bel usage de la langue –, il serait loisible de se crisper devant le culte infini de soi qu'entretient Pierre. L'écrivain a sauvé son personnage des pièges et des prisons. Savoir rompre et partir, ne se retourner que sur le faste de la mémoire, décortiquer le détail d'une scène… tout cela permet aux lecteurs d'embrasser l'ensemble du personnage : un homme courageux.
Le romancier ne s'est pas enfermé dans un chauvinisme homosexuel puisqu'il arrive à Pierre de coucher avec une fille.
Il n'y a pas de tentative d'explication dans ce roman. Des faits, des émotions, la vie dans ce qu'elle offre de quotidien. Des éléments inarticulés – pulsions, émotions, représentations, souvenirs – qui épuisent la réalité d'une biographie.
Si les impressions biographiques sont des questions sans réponse, la vie y répond souvent, plus tard. C'est tout le bien que je peux souhaiter à Pierre et à son auteur.
■ Éditions Pop fiction (Montréal), Collection Homonyme, septembre 2009, ISBN : 9782923753027
Dans le
droit fil de ce péché originel, tout ce qui se rattachait au plaisir fut puni, en même temps qu'on excluait les femmes (qui ne pouvaient être qu'impures) des lieux du culte
jusqu'à préférer des castrats dans les chorales.
En publiant « Le Deuxième Sexe »,
Simone de Beauvoir a cristallisé autour d'elle un courant de révolte et de légitime protestation. La femme du XXe siècle refuse le rôle ingrat qui fut le sien durant des siècles au sein d'un
univers machiste et patriarcal. L'œuvre individuelle en prenant l'envergure d'une revendication collective ne manqua pas d'attirer sur Beauvoir les foudres de la presse littéraire et elle
Pour l'écrivain, Jack
l'Eventreur serait bien l'étrange docteur Gull qui régnait dans les coulisses de la cour, une sommité médicale qui reçoit l'ordre de lobotomiser Annie Crook, l'épouse clandestine d'Eddy, le fils
du prince de Galles dont elle a eu un enfant et qui, gênante, doit disparaître. Il aurait eu pour complice Netley (homosexuel), cocher et... amant du prince de Galles lui-même, et ce fameux
peintre très célèbre, Walter Sickert, impressionniste de grande renommée qui fréquente Whitechapel, le quartier des putains, et se complet dans une vie nocturne tel le Dorien Gray d'Oscar Wilde.
Walter Sickert est proche d'Eddy, danois d'origine comme la mère du jeune prince qui lui confie son fils pour qu'il le déniaise.
Pourtant, la première victime du tueur surgi de l'enfer sera Dennie, le caïd de banlieue qui traite volontiers les autres de pédés pour mieux
dissimuler ses propres virées en ville et qui va à la rencontre de ceux qui savaient ce qu'ils étaient et ne cherchaient pas à le cacher.
Quand à Tromsoe, en Norvège, il écrit qu'«
«
«
Rien en elle n'est radicalement différent ;
mais les circonstances ont révélé que sa nature presque anormale, source de scandale dans la petite ville potinière, la haussait aux plus fières vertus en temps de crise.





