
S'étonner de ce qui n'étonne personne.
S'ahurir de ce qui paraît aller de soi.
La peinture et la sculpture, je
les ai découvertes, enfant, à travers des reproductions, le plus souvent en noir et blanc.
Cette opposition (blanc/noir) qui essayait de traduire les chromatismes nuancés des œuvres m'a toujours irrité. Eprouvé même. Comme si l'art ne pouvait être que grisaille sur grisaille, bien plus opaque que le jeu d'obscurité et de lumière que je percevais, quelques rares fois, devant les vraies œuvres.
Dans les livres, ce qui importe, c'est moins
l'universalité des problèmes et des sentiments que la manière spécifique dont chacun réagit, éprouve ou juge sa vie.
Si tous les hommes sont égaux devant la mort, il ne découle pas qu'ils meurent tous d'une façon identique.
C'est une des beautés de l'Iliade que de faire assister à des trépas – à la fois – toujours identiques et pourtant uniques : la mort tumultueuse et épique d'Achille n'est point pareille à celle, humaine et déchirante, d'Hector.
L'un et l'autre vivent les mêmes inquiétudes, la même angoisse et, pour finir, un semblable déchirement. La différence est ailleurs :
- dans la façon dont le passionné Achille concourt à sa propre perte et, tombé dans le piège tendu par les dieux, s'abandonne à sa fureur.
- dans la bouleversante et stoïque manière dont Hector, ligoté dans le filet tissé par des divinités cruelles, dit, avant de s'embarquer pour les rives du Styx, son amour fervent de la vie, son désespoir d'avoir à la quitter.
Deux tempéraments, deux morts.
C'est un regard étonné.
J'ai du mal à retrouver l'enfant que j'étais ; mon passé m'apparaît comme brouillé. La seule chose dont je suis sûr d'avoir conservé, c'est de ne m'être jamais senti à ma place. C'est peut-être
ce qui constitue l'essence de mon identité.
Quand on me dit que je parais très à l'aise, ce n'est pas ce que je vis : je me sens le plus souvent déplacé : mon existence n'est pas à la hauteur de ce que je souhaiterais qu'elle soit…
Quand on est en présence
d'un individu grossier, bas et bête, comment faut-il réagir ?
Le mieux n'est-il pas de le laisser faire, afin de voir jusqu'où il pousse la grossièreté, la bassesse et la bêtise.
Après cela, il est classé et donc inoffensif.
Ne pas pleurer sur ses plaisirs fanés.
S'interroger sans cesse sur ce que chacun peut faire de lui-même : travail que l'on fait soi-même sur soi-même pour se transformer ou pour faire apparaître ce «soi» en éternel
devenir.
Penser qu'une manière d'être encore improbable est toujours possible.
Et si l'amitié n'était que
de l'amour bien exprimé ? Car l'amoureux bafouille.
Alors que le projet amoureux est irréel, celui amical est quotidien, même si on ne se voit pas. Il n'y a pas de rupture en amitié car, en gardant toutes les distances, l'amitié est une continuelle rupture.
Lire la première partie
L'amitié pour qu'elle
s'épanouisse ne doit pas avoir été au préalable soumise aux flèches d'Eros afin qu'aucune frustration ne vienne la perturber. Dans l'amitié, il y a une sorte de part « civilisée » qui rejette les
tensions les plus vives, ce qui la rend, je crois, plus durable que l'amour.
Lire la seconde partie
Est-ce un hasard si la relative tolérance
envers l'homosexualité coïncide avec l'émancipation féminine ? Lieu commun, certes, mais qu'il n'est pas mauvais de rappeler.
Je ne crois pas aux coïncidences. Il
existe seulement des événements qui surgissent à un moment où on ne les attendait pas, suivant une logique que je ne sais pas déchiffrer… Des événements singuliers… « Singulier », d'ailleurs, ne
convient pas : c'est un adjectif trop flou qui ne sert qu'à dévoiler mon incapacité à cerner ce mystère…























