EXPOSITIONS-ARTS

De la préhistoire à nos jours, de l'Océanie à l'Europe, les artistes ont sciemment truffé leurs œuvres d'images cachées, de détails destinés à en troubler le sens. La double image est une tentation qui guette, quelle que soit l'époque, tous ceux qui dessinent. Elle sert également à véhiculer des messages religieux, politiques ou sexuels.

 

Arcimboldo (1527-1593) n'est pas le seul peintre passé maître dans l'art de l'image composite.

 

Au XVIe et au XVIIe siècle, des artistes perses et indiens créent des miniatures sur le même principe.

 

L'éléphant est ici composé d'une multitude d'animaux sauvages, symboles de passion et de désordre. Il appartient à l'âme maîtresse d'elle-même et à la fée harpiste ailée Azâdeh de dominer ces pulsions néfastes en les chevauchant. Mais lorsqu'elle est défaillante, ce sont les démons qui cornaquent l'éléphant…



 

Anonyme – Album Shir Djang – début XVIIe

 

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De la préhistoire à nos jours, de l'Océanie à l'Europe, les artistes ont sciemment truffé leurs œuvres d'images cachées, de détails destinés à en troubler le sens. La double image est une tentation qui guette, quelle que soit l'époque, tous ceux qui dessinent. Elle sert également à véhiculer des messages religieux, politiques ou sexuels.

 

Ces trois vases de porcelaine sont bien plus que des réceptacles à fleurs. Si l'on observe attentivement les découpes de chacun d'eux, on distingue deux visages de profil.

 

Pour créer cette illusion d'optique, l'artiste a joué sur le négatif et le positif.



 

Raoul Marek – La salle privée-double portrait, le vase personnalisé (exemplaires n°2, 8 et 18) – 1996

 

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De la préhistoire à nos jours, de l'Océanie à l'Europe, les artistes ont sciemment truffé leurs œuvres d'images cachées, de détails destinés à en troubler le sens. La double image est une tentation qui guette, quelle que soit l'époque, tous ceux qui dessinent. Elle sert également à véhiculer des messages religieux, politiques ou sexuels.

 

À la Renaissance, les artistes se plaisent à dissimuler des visages, souvent inquiétants, dans les nuages, les rochers ou les racines. Certains, comme Matthaüs Merian, vont jusqu'à dessiner de grandes têtes-paysages coïncidant avec la totalité de l'image.

 

Une démarche qui vise à interroger le regard sur le sens allégorique ou spirituel du tableau.

 

 

Matthaüs Merian (attribué à) – Paysage anthropomorphe – après 1610

 

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Le Jugement dernier occupe tout l'intérieur du retable, formant une seule scène qui s'étend sur neuf panneaux.

 

L'éclairage vient de gauche dans tous les tableaux, comme la lumière réelle dans la chapelle qui devait les recevoir.

 

L'unité du polyptyque est renforcée par la guirlande de nuées qui s'étend aux neuf panneaux et par le prolongement des draperies de certains personnages d'un panneau à l'autre. (1)

 

Au centre, dominant tout, le Christ trône sur l'arc-en-ciel. Ses pieds reposent sur un globe d'or ou de bronze orné d'un double galon de perles et de pierreries. Sa tête est nimbée d'une auréole crucifère d'or et de pierres précieuses.

 

Il est vêtu d'un grand manteau rouge couleur de sang. Son attitude exprime la double adresse aux ressuscités : bénédiction à sa droite, malédiction à sa gauche, encore explicitée par le lys de la miséricorde et le glaive de la justice. Son visage, impassible et strictement frontal, est à la fois celui du Juge inexorable et celui du Rédempteur infiniment bon.

 

Autour du Christ, mais à une certaine distance, quatre anges volant présentent les instruments de la Passion.

 

 

Rogier Van der Weyden – Le polyptyque du Jugement Dernier – 1446/1452

Huile sur le bois, 215cm x 560cm, Musée de l'Hôtel Dieu, Beaune

 

En dessous du Christ, dans un axe vertical très strict, saint Michel pèse les vertus et les vices de l'humanité. Le mal, plus lourd, pèse sur les consciences entraînant les damnés dans la chute en enfer. Le bien qui élève l'âme, conduit les élus vers la porte du paradis, où un personnage ailé les fait monter vers la béatitude de l'amour de Dieu. L'archange, en vêtements liturgiques, reproduit, dans les grandes lignes, l'attitude du Christ. Il est entouré lui aussi de quatre anges, ceux qui sont chargés de sonner la trompette pour l'appel des morts.

 

 

Dans la même nuée lumineuse que le Christ, mais placés beaucoup plus bas, les deux intercesseurs (Marie et saint Jean-Baptiste) s'agenouillent, mains jointes et visages levés vers le Juge. Derrière eux, en deux groupes qui tendent à former un vaste demi-cercle, les douze apôtres siègent comme assesseurs. Ils n'ont pas d'attributs.

 

 

Toujours sur le fond d'or délimité par la guirlande de nuages qui entoure les personnages célestes intercèdent aussi, mains jointes, à genoux ou s'agenouillant, quatre saints, du côté du ciel : un pape, un évêque, un roi, un vieillard ; trois saintes, du côté de l'enfer, dont l'une est couronnée.

 

 

En bas, de la croûte terrestre, les morts se lèvent. La division verticale au centre de la composition commande toutes leurs attitudes. Dans les plateaux de la balance, les petites figures masculines contrastent violemment, l'une s'agenouillant le visage radieux, l'autre détournant la tête, les cheveux hérissés d'horreur, la bouche ouverte en un cri de désespoir. Aux pieds de l'archange, côté « vertus » se trouve un homme, côté « vices » se trouve une femme.

 

 

Sur terre, à la droite du Christ, les élus sortent du sol, joignent les mains, s'agenouillent, se relèvent lentement et s'avancent vers la porte d'or du paradis. Les fleurs, sous leurs pas, sont de plus en plus nombreuses. L'ange qui symbolise l'Amour les invite à gravir les marches vers le monde céleste.

 

 

À la gauche du Christ, les damnés, accablés sous le poids de leurs fautes, tentent de se lever, sans parvenir à se redresser, et dans une fuite accélérée s'agglomèrent pour la chute finale dans les flammes de l'enfer : sous leurs pas, un sol de plus en plus aride et crevassé. Un arc-en-ciel, sinistre contrepartie du premier, éclaire de lueurs blafardes les approches de l'enfer.

 

 

Les circonstances de temps sont à peine suggérées. Le ciel, très sombre sur le haut du panneau central comme sur les deux panneaux extrêmes, semble suggérer la nuit tandis qu'une aurore paraît monter de l'horizon derrière saint Michel.

 


(1) De plus, par deux fois, des ressuscités figurent à cheval sur deux panneaux différents.


D'après Nicole Veronée-Verhaegen in « Le Polyptyque du Jugement dernier, Rogier Van der Weyden », un dossier établi par Hortense Lyon, éditions CNDP, 2007, ISBN : 224001752X, page 21

 

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Cette icône laisse transparaître l'amitié, la tendresse… Elle rappelle aussi – avec un certain sourire – l'efficacité hypocrite des lois répressives qui réunissent les Églises et les États.

 

Un certain sourire sur tous ceux qui prétendent peser le normal et l'anormal comme les anges du Jugement Dernier pesaient le Bien et le Mal sur les tympans des cathédrales. Si le Bien c'est l'Amour et, si le Mal c'est la Haine, il semble bien aux yeux de Pierre et Paul que ces légistes de tous poils se trompent de cible et filtrent le moucheron pour mieux digérer le chameau.

 

Ces deux hommes proches à se toucher sont loin de tous les moralisateurs zélés qui jettent dehors ceux qui, comme le Christ l'a dit, sont chez eux dans la maison de Pierre et Paul.

 

On dit que l'icône, c'est de la théologie en couleurs, mais alors dans l'Église catholique romaine pourquoi les hétéros sont blancs et les homos noirs ? Qu'ont donc fait les chrétiens avec les autres couleurs ? Est-ce par peur, qu'ils les ont cachées ?

Ces bons chrétiens utilisent une langue qui oublie le mot tendresse. Parlez-leur, au contraire, de sexualité hors mariage, de masturbation, de contraception, d'homosexualité : ils lèveront les bras au ciel et c'est avec une précision clinique qu'ils parleront de la Nature.

 

Heureusement qu'il y a les icônes pour rappeler que dans les Églises aucune loi n'a jamais pu effacer la tendresse de Jean pour le Christ, la tendresse de Pierre pour Paul.

 

 

Pierre et Paul : pourquoi pas une icône gaie ?

 

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La jeune femme morne, aux yeux cernés de noir et à la peau livide, porte les cheveux courts et un smoking sombre sur une chemise blanche. Elle est seule dans un bar ou une boîte de nuit dont les lumières se reflètent dans un miroir situé à l'arrière-plan.


Lotte, portrait de Christian Schad serait-elle le prototype de la nouvelle femme, image même de la modernité ?



 


Christian Schad – Lotte – 1927/1928

Huile sur toile, 55.2 x 54.5 cm, Sprengel Museum, Hannover


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Otto Dix s'est intéressé aux figures hors du commun de la bohème et aux marginaux de la société.


Il fit le portrait, en 1923, du joailler homosexuel Karl Krall, qu'il représenta de manière très ambiguë : en costume, les mains sur les hanches, la taille sanglée, la poitrine, très féminine, bombée.



 


Otto Dix – Portrait de Karl Krall – 1923


De même, le portrait au vitriol de la journaliste Sylvia von Harden, peint en 1926 révèle la forte personnalité du modèle, mais dans des tons sanglants. Là encore, la cigarette, le monocle, le cocktail, soulignent l'indépendance de la femme.



Otto Dix – Portrait de Sylvia von Harden – 1926


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Christian Schad se spécialisa dans les scènes de mœurs. Dans le tableau qui porte son nom, le comte Saint-Genois d'Anneaucourt est campé entre un travesti et une femme, qui semble redouter la concurrence de l'intrus. Ainsi l'homosexualité latente du comte est révélée par la mise en scène discrète des personnages de second plan.



 


Christian Schad – Portrait du comte Saint-Genois d'Anneaucourt – 1927

Huile sur toile, 86 x 63 cm, Musée National d'Art Moderne, Paris


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Francis Bacon est le peintre des corps sans organe.


Ses toiles sont froides et lyriques, charnelles et figées, vigoureuses en leurs forces arrêtées.


Une œuvre qui impose sa présence, mais aussi qui communique à tout être un excès de présence.


Cette présence n'a pourtant rien à voir avec la représentation, au sens d'une mise en place du figuratif.


C'est une peinture qui investit le corps. Elle libère l'œil – organe fixe et qualifié – de celui qui regarde.


Francis Bacon a-t-il pensé rendre visible la pure présence des corps ? A-t-il voulu approcher les corps en atteignant notre propre organisme ? En donnant aux corps représentés une allure excessive et spasmodique, a-t-il souhaité rompre les bornes de l'activité organique du spectateur ? Tenait-il à dissocier l'organe de sa fonction ? Représenter un corps sans organes afin d'approcher visuellement des sensations procurées par l'alcool, les drogues, ou, vécues par les schizophrènes, les sadomasochistes ? Faire découvrir le corps dans son indétermination ?



Francis Bacon – Trois études de personnages couchés dans un lit (détail) – 1972


Et, si l'étreinte, c'était l'accouplement des sensations diverses en deux corps, et non l'inverse ?



Lire aussi : Domination sur l'autre par Francis Bacon


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Les femmes hurlant de terreur, les démons crispés sur les corps nus des damnés, les cadavres des hommes terrassés par la fureur du ciel que Signorelli a peints dans la chapelle Saint-Brizio à Orvieto incitent à voir en lui le visionnaire à l'imagination frénétique, morbide, et d'un irrémédiable pessimisme que les romantiques ont reconnu.


En ignorant la douceur du coloris et la souplesse des formes, Signorelli sait jeter sur la nudité masculine un regard savant et amoureux.


Il est certes possible de faire une lecture homosexuelle sublimée de ses fresques. J'aime aussi regarder Signorelli avec un autre regard, m'attacher au lyrisme des formes, ressentir le tragique de certaines scènes religieuses, lire l'énigmatique message d'une émotion vagabonde.


Ses représentations de ces étranges « mondes intermédiaires », partagées entre le rêve du réel et le cauchemar de la folie, m'évoquent aussi le peintre Füssli.



Luca Signorelli – Les damnés / Résurrection (détails) – entre 1499 et 1502

Fresques, cathédrale d’Orvieto, chapelle San Brizio


Comment ne pas être effrayé par la fresque des « Damnés », véritable bourbier de corps convulsés, en proie aux démons, tandis que la « Résurrection » est, tout au contraire, un rêve de béatitude donnant aux corps masculins l'impulsion magique d'une danse.


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    Le Contrat Universel : au-delà du « mariage gay »

 

 

Lionel Labosse

 


 

« Le mariage de Bertrand »

 

 

Essobal Lenoir

 


 

[...] les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l'espace mesurable.
Claude Simon, Album d’un amateur,  Editions Remagen-Rolandseck, 1988, p. 31

 

 

 

Photographie de argentyk – 2004



Lire c'est aller à la rencontre de quelque chose qui va exister.
Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur

 


 

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(Italo Calvino, Leçons américaines)

 

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C’est ainsi par exemple que l’on envoie les enfants à l’école, non pas dans l’intention qu’ils y apprennent quelque chose, mais afin qu’ils s’habituent à demeurer tranquillement assis et à observer ce qu’on leur ordonne, en sorte que par la suite ils pensent ne pas mettre réellement et sur le champ leurs idées à exécution.
KANT, Réflexions sur l’éducation

 

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