EXPOSITIONS-ARTS

Cette photographie de l'israélien Adi Nes est une réinterprétation de la Cène de Léonard de Vinci.


Sans vouloir heurter les croyances, elle montre les liens tissés entre profane et sacré, entre charnel et immatériel, et navigue entre nécessaire liberté de l'expression artistique et rigidité du dogme religieux.


Version messe militaire de campagne, cette image, extraite d'une série sur l'armée, institution incontournable de la vie israélienne, est imprégnée de sensualité.


Bien qu'elle pastiche la composition originale, elle s'en démarque par l'uniformité du kaki et des éléments de modernité comme les fumeurs ou les montres aux poignets.




Adi Nes – The Last Supper – 1999


Isabelle Waternaux est une portraitiste, au sens traditionnel du terme.


Dans la série intitulée Ecarts, elle a photographié ses modèles dans une mise en scène classique – en buste, de face et torse nu –, ce qui confère à ses images une certaine intemporalité.


Les vues ont été doublées ; un faible instant s'étant écoulé entre les deux prises, le modèle a imperceptiblement et involontairement modifié sa pose. Il s'est détendu, et son regard semble moins concentré.


Quant au spectateur, il se trouve confronté à deux versions jumelles du même cliché. Comme dans le jeu des sept erreurs, il ne lui reste qu'à tenter de trouver les différences entre les deux images.



Isabelle Waternaux Portrait de Boris Charmatz


Dans ses photographies, l'artiste ukrainien Arsen Savadov fait s'entrechoquer deux univers underground que tout oppose : celui des mines de charbon d'Ukraine et celui des artistes, des mannequins et de la danse classique.


Dans un style très trash, au milieu de mineurs à moitié nus, Savadov a fait poser, au fond de la mine ou sous les douches, des hommes attifés de tutus.


Si la mine constitue une sorte de club fermé for men only, a contrario, la danse classique, où la présence masculine est généralement associée à l'homosexualité, se situe dans le registre ostentatoire du spectacle et du raffinement.




Arsen Savadov – Sans titre (Donbass Chocolat Project) – 2003


Photographie en noir et blanc colorée sur aluminium, 148cm x 99cm, Galerie Orel Art, Paris


Savadov en utilisant un vocabulaire provocateur fait tout simplement se rejoindre des extrêmes.


Frédéric Bazille, ex-futur médecin, mort pour la France en 1870, à 29 ans, fit scandale au salon, l’année précédente, avec ce pêcheur nu à l’épervier (pêche à l'aide d'un filet plombé lancé sur le poisson).


Ce nu dressé – loin des modèles antiques – choquait pour son réalisme « trop conséquent ».



La musculature de ce pêcheur indique que le peintre a choisi de représenter l’instant juste avant le lancement du filet.


La tension de son corps est d’ailleurs accentuée par le jeune homme assis en arrière plan.





Frédéric Bazille – Le pêcheur à l’épervier – 1868

Huile sur toile, Zürich, 134cm x 83cm, Fondation Rau


Je devine que ce tableau a dû susciter les plus grands émois chez certains garçons sensibles de l’époque.


Tout est parti d'une petite annonce très sérieuse :


« Photographe cherche modèles masculins, 18 à 30 ans environ, 1.70 mètre minimum, de préférence sportifs et musclés, pour incarner devant l'objectif le Schweissdissi du XXe siècle. »


Le Schweissdissi, qu'est-ce donc ? C'est une sculpture mulhousienne monumentale vieille de cent ans, installée square du Tivoli, et qui représente un fort bel homme, les fesses dénudées, appuyé sur sa pioche. Le symbole du travail, bien fait.


Thierry Deveyre, qui aime photographier le corps des hommes, a voulu à sa manière fêter le centenaire de cette statue en proposant à 14 jeunes gens de prendre la pose.




Thierry Deveyre – Schweissdissi, 100 ans après – 2006


Sans rechercher un effet de mimétisme avec le Schweissdissi original, le photographe a réussi à montrer la diversité humaine, qui ne me laisse pas de marbre.


S'il est un sujet difficile à traiter, c'est bien celui de l'univers hospitalier.


Pourtant l'exposition « Clinic, une exploration de l'univers médical à travers la photographie contemporaine », présentée au Musée d'Art Contemporain de Lyon en 2006, relevait le défi.



Si les œuvres étaient formelles dans leur composition minimale et statique, elles n'étaient ni déprimantes ni déshumanisées.


Comme celles de la série « Alzheimer » du photographe allemand, Peter Granser.




Photographie de Peter Granser – Alzheimer Portrait 19 – 2005


Dans cette étude préparatoire de Napoléon Ier réalisée par David, s'agit-il vraiment du corps de l'Empereur ?


Évidemment non. Napoléon n'a pas posé nu devant David, même si David l'a dessiné ainsi.


Les études de Napoléon pour « Le Sacre » ont été dessinées d'après un modèle professionnel, auquel David a seulement donné la tête de l'Empereur.


Pratique très ancienne qui veut que nombre de peintres (Raphaël, Le Brun, Ingres...) s'imposent de justifier les proportions, les mouvements, les drapés de leurs figures vêtues, en les dessinant d'abord nues.





Jacques Louis David – Étude préparatoire pour le sacre de Napoléon Ier – Musée du Louvre


L'attitude initialement prévue pour la figure de Napoléon le montrait serrant son épée contre lui et brandissant la couronne au-dessus de sa tête : il fallait que ce geste particulièrement énergique se lise clairement, alors que celui qui le faisait était revêtu de la tunique et du lourd manteau de velours pourpre.


Les dessins où David a représenté la figure habillée, assez massive et engoncée, montrent bien la difficulté de l'opération.


On sait par ailleurs que Napoléon n'appréciait guère le « nu héroïque » : malgré l'insistance de Denon, il refusa la sculpture de Canova qui le représentait nu, par peur du ridicule.


Jean-Paul Forest serait-il la nouvelle Pénélope des temps modernes ?


Il a l'habitude de coudre à l'aide d'un fil d'acier les pierres fendues qu'il rencontre dans la vallée de Papeno'o, un site mythique de Tahiti.




De l'inattendue réparation à l'acte poétique, il n'y a qu'un pas : celui du retour à la terre, à sa puissance ; pas qui me renvoie aussi à la fragilité des choses, même les plus pérennes.


Un acte minimal, salvateur, qui assied l'homme à sa juste place, au creux de l'univers.





Jean-Paul Forest – Sans titre – Photographie de la série Latitudes 2005



Au XVIIIe siècle, la littérature est libertine. Au XIXe siècle, c'est la peinture. Pas pour longtemps, mais le pré-romantisme la voit abandonner ses tentations moralisatrices. Une mythologie ténébreuse sert de prétexte à une peinture de pur plaisir.


Dans le domaine des arts plastiques, avant la fin de l'Ancien Régime, l'Académie royale de peinture et de sculpture pèse encore de tout son poids. Il faudra attendre sa suppression en 1793 et l'installation du gouvernement impérial, pour qu'apparaissent, dans la peinture, des tendances nouvelles caractérisées par le goût des sujets étranges, érotiques ou morbides.




Même David, le maître incontesté de la peinture française à l'époque, abandonne ses grands sujets historiques et militants pour aborder des thèmes beaucoup plus licencieux comme Sapho et Phaon.



Jacques Louis David – Sapho et Phaon – 1809


Huile sur toile, 225cm x 262cm, Musée de l’Hermitage, Saint Petersbourg


« Parce qu'il l'avait conduite gratuitement sur l'île de Lesbos, Aphrodite offrit à Phaon, le vieux marin, un baume grâce auquel il devenait d'une grande beauté quand il s'en enduisait. Il détourna de leurs anciennes amours toutes les habitantes de l'île, à commencer par Sapho, la plus célèbre d'entre elles. »


L'érotisme du sujet touche ici au fantasme : un vieillard travesti en jeune homme parvient à séduire une femme homosexuelle.


Cet intérêt pour des sujets à l'érotisme complexe va aller en s'amplifiant à partir de 1815, quand la sensibilité romantique va de plus en plus faire éclater les cadres des attitudes morales du XVIIIe siècle. En affirmant la supériorité du sentiment sur la raison. Ce nouveau climat intellectuel va pousser les artistes à s'intéresser à l'homme lui-même, et particulièrement aux aspects les plus obscurs de son comportement.


L'irruption de ces sujets qui traitent de l'inquiétude, de l'insatisfaction de l'homme et de ses différents comportements amoureux est tout à fait surprenante à une époque où l'art officiel, d'abord soumis au culte révolutionnaire, puis impérial, doit ensuite immortaliser la restauration des Bourbons et le triomphe de la religion qui lui est consécutif. Si ces nouvelles représentations n'ont pas l'aspect scandaleux que leur contenu suppose, c'est qu'elles obéissent encore à la tradition gréco-romaine qui leur sert d'alibi pour le fond et de modèle pour la forme. En effet, si le sujet est tiré de la mythologie, son traitement s'inspire de la sculpture antique.



Lire la suite



Devant ce
tableau, j'entends la voix de l'ange, sa si belle voix qui est comme une musique modulée, parfaite.



Une monotonie rythmée, chaude, grave, comme un chant grégorien sans l'église, sans le devoir, pour le plaisir de la voix, seul.




Mais plus que tout, je sens sa main prendre la mienne, comme il conduit Tobias...






Peinture de l'atelier de Verrocchio – Tobias et l'ange (détail) – XVe

National Gallery, Londres




Homosexualité(s) et Littérature

sous la direction de Benoît Pivert


Le chasseur abstrait éditeur, cahier de la RAL,M n°10, mars 2009, ISBN : 9782355540448, 25 €



Vient de paraître

Discours littéraire et scientifique fin-de-siècle

La discussion sur les homosexualités dans la revue du Dr Lacassagne
Les Archives d’anthropologie criminelle (1886-1914) : autour de Marc-André Raffalovich


Editions Orizons, 2008, collection “homosexualités”, ISBN : 978-2296038196



 

[...] les mots possèdent ce prodigieux pouvoir de rapprocher et de confronter ce qui, sans eux, resterait épars dans le temps des horloges et l'espace mesurable.
Claude Simon, Album d’un amateur,  Editions Remagen-Rolandseck, 1988, p. 31


Photographie de Cédric Genty – 2004


Lire c'est aller à la rencontre de quelque chose qui va exister.
Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur



RECHERCHE THEMATIQUE par TITRE

 

Littérature & Homosexualité

 

 

Littérature jeunesse & Homosexualité

 

 

Histoire & Homosexualité

 

 

Cinéma & Homosexualité

 

 

Philosophie

 

 

Arts

 

 

Citations & Homosexualité

 

 


 

Rechercher




Des maisons d’éditions qui comptent
















"Qui sommes-nous, qu’est chacun de nous sinon une combinaison d’expériences, d’informations, de lectures, de rêveries ? Chaque vie est une encyclopédie, une bibliothèque, un inventaire d’objets, un échantillonnage de styles, où tout peut se mêler et se réorganiser de toutes les manières possibles."
(Italo Calvino, Leçons américaines)

  affiche-affiche-pierre-et-gilles-contre-homophobie.jpg

 

« Tu ne sauras jamais les efforts qu'il nous a fallu faire pour nous intéresser à là vie ; mais maintenant qu'elle nous intéresse, ce sera comme toute chose - passionnément. »
André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)



« Tout est vrai, le temps d’un texte. »
Kirsty Gunn




  follement-gay-lyon.gif

« Je crois aussi qu'on ne meurt pas avant d'en avoir secrètement, tenacement le désir. »
Tony Duvert


Le site de Lionel Labosse. Un regard altersexuel sur le monde.





C’est ainsi par exemple que l’on envoie les enfants à l’école, non pas dans l’intention qu’ils y apprennent quelque chose, mais afin qu’ils s’habituent à demeurer tranquillement assis et à observer ce qu’on leur ordonne, en sorte que par la suite ils pensent ne pas mettre réellement et sur le champ leurs idées à exécution.
KANT, Réflexions sur l’éducation

Esprits Libres: votre Magazine

Liens

Syndication

  • Flux RSS des articles
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus