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Les homosexuels, Gonzague de Larocque

Publié le par Jean-Yves Alt

Longtemps mis au ban de la société, les homosexuels ont été l’objet de nombreux fantasmes et préjugés. Avec l’irruption sur la scène publique de l’affirmation gay au cours de ces dernières décennies, les idées reçues ont continué de proliférer.

Les idées reçues abordées :

La collection "Idées reçues" s'attache à pointer ces idées dans un domaine précis pour en démonter la construction, en dénoncer les préjugés et approfondir les questions qu'elles posent.

-- "Les origines de l'homosexualité" : "L'homosexualité n'est pas normale." ; "Les homosexuels choisissent d'être comme ça." ; "Les gays sont efféminés." ; "Ce sont des pervers." ; "C'est génétique." ; "L'homosexualité, c'est la faute de la mère." ; "L'homosexualité, ça se soigne."

-- "Communauté et sexualité" : "Les homos font la Gay Pride pour provoquer." ; "Ils vivent en ghetto." ; "Le lobby gay est très puissant." ; "La sodomie est contre nature." ; "Les homos ont une sexualité débridée." ; "Le sida est une maladie d'homosexuels."

-- "Religion et société" : "C'est un vice interdit par les religions." ; "Avoir un fils homosexuel, c'est une catastrophe !" ; "Le Pacs a été inventé pour que les homos puissent se marier." ; "Les enfants ont besoin d'un papa et d'une maman pour s'épanouir." ; "Les homos qui veulent des enfants sont des pédophiles." ; "S'il n'y avait que des homos, ce serait la fin de notre civilisation."

"Proposer la rédaction des Idées Reçues sur les homosexuels à un sexologue est particulièrement audacieux. En effet, l’homosexualité s’inscrit davantage dans la rhétorique psychanalytique, sociologique et anthropologique. Nous l’avons constaté, lors des grands débats de société autour du Pacs ou de l’homoparentalité, les sexologues étaient absents. Sans doute est-il temps qu’ils reprennent leur place dans les réflexions concernant l’homosexualité."

"Pour ne pas réactualiser les anciennes conceptions théoriques et pathologisantes qui ont nourri les idées reçues et contribué ainsi à développer l’homophobie, il faut nous appuyer sur la réalité des homosexualités et penser en dehors du domaine de la lutte. L’orientation homosexuelle n’est ni le reflet déformé et infériorisé de l’hétérosexualité, ni une valeur opposée à l’hétérosexualité. Travailler sur les idées reçues permet de dépasser ces clivages."

Un regret tout de même sur l’interprétation de certains préjugés. Par deux fois, le développement ne correspond pas totalement au préjugé : «Avoir un fils homosexuel est une catastrophe» répondrait plus au questionnement de savoir comment les homosexuels se placent dans la cellule familiale, vis-à-vis de leurs parents - le paragraphe n’en est pas moins intéressant... Pour le dernier d’entre eux, il est dommage que l’auteur en ait fait une interprétation trop littérale : il serait absurde de penser que notre civilisation pourrait, en peu de temps, voir toute sa population devenir homosexuelle. Par conséquent, le préjugé selon lequel «S’il n’y avait que des homos, ce serait la fin de notre civilisation» était à prendre dans un sens plus littéral, y voyant la crainte d’une prépondérance des homosexuels par rapport aux hétéros, non une hégémonie totale. Plus que la stérilité mainte fois mise en avant dans ce paragraphe, ce préjugé se rapporte plus à ceux traités dans le reste du livre.

Les homosexuels, Gonzague de Larocque, Le cavalier bleu, coll. Idées reçues, novembre 2003, ISBN : 2846700680

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L.I.E. (Long Island Expressway) un film de Michael Cuesta (2001)

Publié le par Jean-Yves Alt

À quinze ans, Howie est bien seul. Sa mère vient de mourir d’un accident de voiture sur la Long Island Expressway, son père est un architecte véreux sans égards pour lui. Howie n’a pas d’autres distractions à Long Island que de cambrioler des maisons avec sa bande de copains, tous aussi désabusés que lui. Lors d’un vol avec son meilleur ami Gary, sa route va croiser celle de Big John, un homme étrange d’une cinquantaine d’années, qui semble entretenir avec Gary une relation des plus intimes. Howie, intrigué, va développer des rapports complexes et dérangeants avec Big John.

MON COMMENTAIRE : Un film cerné au départ par l’idée de mort mais qui développe rapidement un autre thème, l’initiation à la vie. Portraits d’adolescences à la dérive, sans lois ni marques, L.I.E. est finalement un bouleversant récit initiatique qui nous dit aussi que rien n’est jamais perdu.La force du film tient en cette relation ambiguë, jamais foncièrement malsaine, entre Big John (Brian Cox aussi subtil qu’émouvant et la chose ne s’avérait pas aisée) et son « élève ». Tous deux sont conscients réciproquement de leurs propres faiblesses et l’on a la sensation de voir évoluer un duo intelligent et sensible qui joue cependant avec le feu. Le spectateur est aussi tendu que l’atmosphère faussement calme qui règne dans le film. Touchés par ces destins fragiles, on a en tous cas la sensation d’avoir affaire à un réalisateur réellement indépendant et réellement intelligent. Libre à chacun d’interpréter la relation entre le pédophile et le jeune adolescent. Vu la tournure onirique que prennent les dernières scènes, on est singulièrement tenté de comparer Big John à un ogre moderne. Alors qu’en société, l’homme est aimable et semble accordé avec le monde, il se révèle être en fait une personne différente dans le privé. Certains pourront voir en cet homme une image parfaite de ce que prétend dénoncer Michael Cuesta : une Amérique a priori policée, sage en apparence, mais qui cache en profondeur des secrets immondes. Or le cinéaste ne semble pas condamner la pédophilie, de la même manière qu’il ne juge pas ses personnages. Au contraire, il essaye de les comprendre et de rendre les choses moins simples qu’elles ne le sont.

Père de substitution pour Howie, Big John offrira autant au jeune homme la vérité sur la vie (acte pédophile auquel il le confronte via une cassette vidéo) que celle sur l’âme (vers poétiques qu’ils déclament ensemble).

Indiscutablement, Michael Cuesta déteste le politiquement correct et semble aimer court-circuiter les conventions du genre. Il annihile les archétypes et met l’accent sur la complexité des rapports humains. En sortant de là, de cet univers sombre et glauque, l’expérience peut indisposer les âmes les plus sensibles. De la même manière qu’on peut se demander où le cinéaste veut en venir. Mais cela fait partie de l’ambiguïté de ce film qui ne révèle pas sa richesse immédiatement. Dépourvu de racolage, L.I.E. sait être impressionnant en évitant constamment les pièges du concentré voyeuriste.

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Le scepticisme de Pyrrhon : qu'en faire aujourd'hui ?

Publié le par Jean-Yves Alt

Pyrrhon (vers 365-vers 275 avant J.-C.) est le fondateur de l'école sceptique. Le scepticisme a été largement caricaturé. On fait traditionnellement du sceptique un indécis chronique, incapable de décider entre deux plaisirs ou deux nécessités. C'est tout l'inverse ! S'il refuse en effet de choisir, le sceptique fonde son refus sur une vision du monde et non sur une incapacité à choisir.

Un sceptique ne pratique pas le doute à outrance, mais il en use à bonne dose. Le scepticisme est une attitude avant d'être une doctrine.

Tous nos tourments nous viennent de ce que nous créons une hiérarchie des valeurs. Pyrrhon, lui, prône l'indifférence.

Dans les faits, ce principe d'indifférence se manifeste par quelques éléments forts que l'homme d’aujourd’hui ferait bien de méditer :

- le refus des dogmes, quels qu'ils soient, comme des croyances préétablies

- l'acceptation du monde tel qu'il est, sans espoir d'amélioration ni crainte de détérioration

- le refus de porter sur les êtres et les choses un jugement de valeur

Pourtant il me semble difficile de tout conserver du scepticisme pyrrhonien.

A commencer par ce principe d'indifférence au monde : comment, depuis Auschwitz, admettre cette apathie qui consiste à ne pas se soucier du sort d'autrui ? Cette attitude ne me semble guère tenable aujourd'hui. (L'anecdote est connue : on rapporte qu'un jour de promenade, Pyrrhon vit son meilleur élève glisser et tomber à l'eau, commencer à se noyer, puis se hisser difficilement sur la berge à demi-mort ; Pyrrhon ne bougea pas, ne lui prêta aucunement assistance et poursuivit son chemin comme si rien ne s'était produit.)

Par contre, SUR LE PLAN PERSONNEL, le scepticisme de Pyrrhon peut nous être de quelque secours.

Il invite :

- à relativiser chaque chose

- à ne pas s'attacher à ce qui périra

- à ne point traquer les honneurs et les richesses qui sont autant de leurres

- à chercher la sérénité et la plénitude et donc à récuser tout ce qui apporte le trouble et la souffrance

Je ne prendrai que deux exemples : l'amour et la mort.

Le sceptique s'abstiendra sans doute d'aimer passionnément, puisque la passion entraîne immanquablement la douleur, mais il ne s'empêchera jamais de vivre l'expérience amoureuse à la mesure de ce que l'acte peut lui apporter : une communion des « âmes » et des corps. Quant à la mort, dont nous redoutons les effets parce que nous ne faisons que les imaginer, le sceptique l'appréhendera comme un élément incontournable mais sur lequel on ne peut se prononcer. Inutile de paniquer puisque de la mort nous ne savons rien : ni ce qu'elle est, ni ce qu'elle nous réserve.

Le scepticisme, ainsi vécu, est une sagesse de la condition humaine. À la démesure qui pousse l'homme à juger, imaginer, le sceptique propose une « suspension du jugement » qui a pour but : la tranquillité. Refusant les certitudes, érigeant la relativité de toute chose en absolu, le sceptique rend toute sa dimension à l'examen qui devient alors le premier moment d'un processus d'éveil philosophique.

Face à la complexité du réel, le premier acte de liberté consiste à considérer comme herbe folle toute vérité présentée comme telle.

Agir en sceptique n'est donc pas le résultat d'un désarroi, c'est un délicat art de vivre. Une aptitude à vivre pleinement la recherche d'un bonheur possible. Un bonheur fait d'amour, d'amitié, où les craintes irraisonnées n'ont aucune place. Les superstitions et les dogmes laissent sceptiques, comme les idéologies et les utopies. Et le sceptique sait cela ; il reste humain, juste humain.

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Pissotières ou jarretière, faut-il choisir ? Pour un débat démocratique par Lionel Labosse

Publié le par Jean-Yves Alt

La devise républicaine d’« égalité » ne contiendrait-elle pas parfois des sous-entendus « contre-nature » notamment en tant que négation de la justice. Lionel Labosse, en réaction, à un article de Yannick Barbe paru dans Libération du 10 octobre 2012, a raison de s’indigner du manque de justice qui se cache derrière l'« égalité des droits » réclamée par Monsieur Barbe.

Ne jamais être dupe d'une morale qui n'est qu'aux lèvres de ceux qui la prêchent, telle est la devise que je pense partager avec Lionel Labosse.

Jean-Yves Alt


Benoît Duteurtre, qui avait déjà publié le 2 juin 2004 une tribune dans Libération intitulée « Noce gay pour petits-bourgeois », a récidivé avec à peu près les mêmes arguments dans Libération le 5 octobre 2012 (« Pourquoi les hétéros veulent-ils marier les homos ? »), ce qui lui a valu une volée de bois vert de Yannick Barbe, rédacteur en chef de Yagg.com, qui, dans une tribune du 10 octobre (« M. Duteurtre, gardez votre placard ! »), le renvoie avec élégance à une, je cite, « nostalgie romantique pour les pissotières ».

Puis Yannick Barbe nous ressert l’éternelle tarte à la crème de l’« égalité », dont les gays et lesbiennes qui ont voix au chapitre de la haute militance nous rebattent effectivement les oreilles depuis des lustres.

L’un des arguments de Yannick Barbe, qui n’évoque pas le fond du problème mais se contente d’invectives et autres « pissotières », est de demander à Benoît Duteurtre, et au-delà, aux altersexuels qui ne cèdent pas à cette obsession du « mariage gay » : « Étiez-vous à la Marche des fiertés LGBT de Paris en juin dernier, qui a rassemblé des centaines de milliers de personnes au nom de l’égalité des droits ? ».

La gay pride : no logo !

[…] Je n’y suis pas allé cette année, pour la première fois depuis 1988. Je ne supporte plus d’être assimilé à ce mot d’ordre imposé par des terroristes intellectuels. Et par solidarité avec Louis-Georges Tin, qui au moment de cette marche, était en grève de la faim pour obtenir la dépénalisation mondiale de l’homosexualité, reprochant à François Hollande de ne pas tenir ses engagements à cet égard. Mais sans doute pour M. Barbe, Louis-Georges Tin était-il aussi, comme Benoît Duteurtre, un de ces aristocrates méprisant les parias « souffrant-e-s, dans l’ombre, toléré-e-s pour peu que nous restions dans notre espace confiné qui est celui, au final, de l’illégalité » ? Quand je croise chaque jour dans les rues des centaines de personnes sans domicile quémandant une pièce pour manger, j’ai honte non pas du fait que des homosexuels demandent le mariage, mais qu’ils et elles le fassent en arguant de l’égalité. […]

Le fond du problème

[…] j’aimerais que vous nous donniez la liste des débats contradictoires menés ces années dernières auprès des altersexuels de base, dans les 120 centres LGBT de France ; la liste des consultations et débats menés dans la presse gay, les articles publiés sur votre site évaluant les tenants et les aboutissants des diverses voies (amélioration du pacs ou mariage ?), avant que les militants de l’aristocratie LGBT décident comme un seul homme de prétendre en notre nom à une seule et unique revendication ?

Les questions oubliées du débat

1°. Puisqu’il est question d’« égalité », qu’en est-il de l’égalité des bisexuels avec les monosexuels ? Le lecteur attentif aura remarqué que si dans la première ligne de votre article, vous prétendez parler au nom de, je cite, de « nous, lesbiennes, gays, bi et trans, au plus profond de nous-mêmes », dès le deuxième paragraphe de votre libelle, les bi et trans se sont envolés et, dans la peau de chagrin du mariage où vous voulez à tout prix nous chiffonner, ne restent que, je cite, « les gays et les lesbiennes ». […] Au nom de quelle prétendue « égalité » leur refuser, refuser à leurs enfants, une reconnaissance égale de leur solution de vie ? […] Quid de votre « égalité », monsieur Barbe ? Quid de la liberté, le 3e pilier de notre devise nationale ?

2° Le pacs, qui a connu un succès inespéré depuis sa création en 1999 (preuve qu’il n’est pas un « sous-mariage » comme le prétendent nos lobbyistes LGBT), devrait logiquement dépasser le nombre de mariages par an, grâce aux améliorations qui lui ont été régulièrement apportées. N’est-il pas à craindre que le « droit au mariage » une fois établi, le législateur, non seulement mette fin à toute amélioration du pacs, mais supprime même certains des avantages chèrement obtenus, s’il ne supprime pas carrément le pacs ? […]

Un « mariage gay », et un enterrement du pacs

3° N’est-il pas à craindre que, le mariage une fois obtenu, la naturalisation soit définitivement impossible pour les couples binationaux pacsés dont un des partenaires est extra-communautaire ? […] Connaissez-vous le coût d’un divorce ? Alors pourquoi obliger à se marier ceux d’entre nous qui souhaitent s’unir à un étranger ? […]

4. Votre obsession va-t-elle également rendre impossible une autre amélioration du pacs, celle qui aurait consisté à ce que les « ministres d‘un culte » (article 433-21 du code pénal) soient autorisés à procéder au mariage religieux après un pacs, et non pas seulement après un mariage civil ? Et que les dérogations pour un mariage à 17 ans pour « motifs graves » (article 145 du code civil) soient également possibles pour un pacs ? Pourtant, le pacs n’offre-t-il pas, avec sa possible rupture par simple lettre recommandée, une protection supérieure au mariage, notamment pour les jeunes filles plus faibles économiquement (donc incapables de payer un avocat pour divorcer), celles-là mêmes qui sont souvent contraintes à des mariages précoces pour raisons religieuses ? Avec ces améliorations et celle que j’aborde dans le point suivant, le pacs aurait définitivement dépassé et ringardisé le mariage, et en l’espace de dix ans nous aurions abouti à une égalité de fait, tout en en finissant avec l’horrible gale du divorce qui gâche la vie de plus d’une centaine de milliers de familles chaque année (la barre des 50 % de divorces par rapport aux mariages a été récemment franchie).

Le nerf de la guerre : qui va payer ?

5. Abordons maintenant un point névralgique négligé de toutes parts depuis que le débat est lancé, c’est la question financière. Qui va payer le coût du mariage ? Loi ou pas loi, les homosexuels sont dans leur immense majorité des célibataires. Votre loi va entraîner des conséquences fiscales et financières. Au niveau fiscal, qu’est-ce qui justifie que des couples, qu’ils soient de sexe identique ou différent, paient moins d’impôts pour la seule raison qu’ils sont mariés ? Qu’est-ce qui justifie que lors d’une succession, les enfants d’un couple pacsé ou en union libre, soient spoliés au profit des enfants d’un couple marié ? Est-ce cela, votre prétendue « égalité » ? Vous qui êtes avec vos pairs, un chevalier blanc du mariage et de, je cite, l’« égalité », expliquez-nous un peu comment vous entendez cette « égalité » d’une part entre les couples mariés qui bénéficieront non seulement de déductions d’impôts, mais aussi d’une pension de réversion, alors que les pacsés iront se brosser, d’autre part entre les célibataires et les couples ? Le seul fait de vivre à deux ne constitue-t-il pas déjà un avantage conséquent, surtout à notre époque où le prix du logement voit sa part augmenter de façon phénoménale dans le budget des ménages ? Je vous prie de bien vouloir expliquer aux lecteurs gays de votre site que ceux d’entre eux qui sont célibataires vont voir leurs impôts augmenter et leur retraite baisser pour financer le mariage des couples de même sexe. […]

Pour conclure, cher Monsieur Barbe, je suis d’accord avec Benoît Duteurtre, et lorsque vous militez pour cette dragée que je trouve poivrée, mais que vous êtes libre de trouver sucrée, je vous prie de bien vouloir éviter de parler en mon nom, et je demande aux militants qui dirigent la modeste association parisienne intitulée « Inter-LGBT », de cesser à l’avenir de nous imposer un slogan unique en tête de la « marche des fiertés ».

Pissotières ou jarretière, vous n’avez pas le monopole de la rancœur.

Lionel Labosse

auteur de Le Contrat universel : au-delà du « mariage gay »

Lire l'article complet de Lionel Labosse

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De collectionner les timbres, Håkan Lindquist

Publié le par Jean-Yves Alt

Apprenant le décès brutal de son ami d'enfance Samuel, Mattias, la quarantaine, se remémore: il avait douze ans, Samuel cinquante; le premier cherchait un camarade, le second vivait dans le souvenir de Vilhelm, son unique amour, un jeune marin rencontré à l'aube de sa majorité. Les obsèques de Samuel sont l'occasion pour Mattias de retrouver le coffret que Samuel et lui avaient caché dans le clocher d'une église. Il y découvre une lettre du défunt où celui-ci divulgue le secret que jamais il n'avait voulu révéler.

Car pourquoi Samuel était-il si nostalgique, si triste au point de consacrer sa vie à sa seule collection de timbres, de laisser filer les plaisirs de l'existence, de rêver à un ailleurs au lieu de voyager ? Parce que Vilhelm qui préférait la mer, les voyages, n'était pas resté auprès de lui ? Parce que lui-même avait renoncé à l'amour ? Ou pour une autre raison inavouable ?

Håkan Lindquist livre une nouvelle fois un récit à l'écriture aérienne et poétique, où hier et aujourd'hui s'entremêlent au rythme des souvenirs du personnage.

MES EXTRAITS

page 129 :

« (Mattias s’adressant à sa mère) - Savais-tu... les gens de ton âge, de l'âge de Samuel, comprenaient-ils qu'il était homosexuel ? Je veux dire, quand vous étiez jeunes.

(La mère de Mattias) - Je ne sais pas. Je crois que oui, même si je ne... je ne savais pas vraiment de quoi il s'agissait. Pas plus que je n'avais vraiment de mots pour le dire, peut-être. En fait, je ne le connaissais pas personnellement, je te l'ai déjà dit. Mais évidemment, dans une petite ville, tout le monde se connaît plus ou moins. Ou croit se connaître. »

Chapitre 14 - page 195-196 :

«Après le petit-déjeuner, je m'assois à mon bureau avec un expresso. J'allume l'ordinateur et regarde par la fenêtre. Il pleut à nouveau, la pluie s'abat en rafales contre la vitre, formant des cascades intermittentes. Je prends une gorgée de café et ouvre le document intitulé Lettres de Samuel afin de poursuivre la tâche que je me suis fixée, à savoir taper les photocopies des textes du coffret trouvé dans le clocher. L'écran se couvre de signes, les signes s'assemblent en mots et en phrases - sous forme de sémèmes et de syntaxe. Ce sont les mots et les phrases de Samuel, les rêves et les désirs de Samuel. Je les lis, et le son de sa voix fait écho à mes pensées.

« Mes rêves et mes désirs se sont modifiés avec les années, j'en suis tout à fait conscient. Quand j'étais jeune, je n'avais finalement qu'un seul rêve : rencontrer un autre jeune homme, quelqu'un qui veuille partager son temps, son amour et sa chaleur avec moi. J'ai rencontré Vilhelm "Willam" Sand le marin lorsque j'avais dix-sept ans. Jamais jusqu'alors je n'avais ressenti un désir aussi violent, jamais jusqu'alors je n'avais eu aussi peur de perdre quelqu'un. Et je l'ai perdu. En réalité, ma vie aurait tout aussi bien pu s'arrêter là, le jour où il m'a quitté. De fait, elle s'est arrêtée là. Et à présent... Mon compagnon depuis l'adolescence, Vilhelm Ekelund, est à travers ses poèmes aussi bien un réconfort qu'un tourment. "Je voyage vers un soir qui tombe lentement, sans ami aucun." C'est ainsi. Et le fait de ne pas être le seul à éprouver un tel sentiment, est un réconfort. Mais j'aurais voulu qu'il en soit autrement. Et c'est un tourment de tous les instants. »

« J'ai compris ce jour-là qu'il ne resterait jamais avec moi, qu'il repartirait toujours. Peut-être que jusqu'à ce jour, j'avais espéré qu'il changerait, qu'il se poserait quelque part. Qu'il trouverait le repos. Avec moi. C'était ça, mon rêve. C'était ce que je voulais. J'étais... trop fragile, seul. J'avais besoin de lui. Ou de quelqu'un comme lui. »

Je passe en revue le texte déjà tapé et retrouve un autre passage, quelques phrases d'une lettre du coffret, écrite juste après la première rencontre de Samuel et Willam.

« Il est toute ma vie, il est le noyau dur autour duquel ma vie a un sens. Il est aussi le seul, excepté maman, qui connaisse mon secret. Je ne voudrais pas vivre un seul jour sans lui. Je ne pourrais pas vivre un seul jour sans lui. Pas maintenant que je sais. Tout ce que ma vie a de triste et de pénible est contrebalancé par ce que j'ai pu vivre avec Willam jusqu'à présent. Il est l'explication de tout, la lumière de ma vie. J'ose presque penser que je l'aime. Je ne crois pas que cela puisse être plus fort que ce que je ressens maintenant. Je ne crois pas qu'un autre être humain puisse me toucher à ce point. »

Chapitre 15 - page 213 :

…C'est une histoire effroyable, Mattias, et une vérité effroyable. Je l'ai portée beaucoup trop longtemps. Mais ce n'était qu'un accident, même s'il méritait... Non, je ne sais pas si je peux encore dire une telle chose. Il était monstrueux. Toute ma vie j'ai associé les mots « méchanceté » et « violence » à l'homme qui était mon père. Il est mort un soir, alors que je n'avais que dix ans, mais il ne m'a jamais laissé en paix. Ça a été mon châtiment. Il existe des secrets de toutes sortes. Certains sont trop lourds à porter, et ne peuvent avoir qu'un effet dévastateur. Tu trouves peut-être qu'il est inutile que je te raconte tout cela. Mais j'y tiens. Tu sais tellement d'autres choses sur moi et sur ma vie. Et je crois que ça explique beaucoup de choses, des choses que tu t'es peut-être demandées. Car quoi qu'on dise, tout ce qui arrive dans la vie d'une personne dépend de ce qui s'est passé auparavant. Ou, comme disait Carolina quand j'étais petit : tout est lié. Ça peut paraître étrange, mais je me plais à penser que tu es le seul, hormis Willam, que j'ai osé aimer.

Ton ami

Samuel

L'auteur : Håkan Lindquist est né en 1958 dans une petite ville du Småland, sur la côte est de la Suède. II vit à Stockholm depuis l'âge de dix-neuf ans, où il a travaillé auprès des enfants puis dans une librairie et un magasin de disques. L'écriture l'accompagne depuis son plus jeune âge mais il ne publie son premier roman « Mon frère et son frère » qu'en 1993. Autodidacte et curieux de tout, Håkan Lindquist offre une place de choix dans sa vie à l'art, sous toutes ses formes: musique, sculpture, peinture, littérature.

■ De collectionner les timbres, Håkan Lindquist, Editions GAÏA (Taille Unique), 2004, ISBN : 2847200304


Du même auteur : Mon frère et son frère


Lire l'article de Lionel Labosse sur son site altersexualite.com

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