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Les entretenus par Félix (*) Carlier (1887)

Publié le par Jean-Yves Alt

Ancien chef du service des mœurs à la Préfecture de Police de 1860 à 1870, Félix (*) Carlier publia en 1887 un gros ouvrage, extraordinairement documenté, sur « Les deux Prostitutions » (1). Nous détachons quelques curieuses anecdotes de la seconde partie du livre qui donne un suggestif panorama de la prostitution masculine à Paris.

Le but suprême de tout insoumis est d'arriver à se faire entretenir, parce qu'alors, c'est le domicile, les moyens d'existence et souvent le luxe assurés. C'est la possibilité de déserter complètement et la maison paternelle et l'atelier ; c'est, avec la liberté absolue, l'espoir d'une vie de plaisirs.

Ces liaisons nouées, soit à la suite d'un racolage sur la voie publique, suivi de plusieurs rendez-vous, soit dans une soirée, soit dans un bal, durent souvent plusieurs années, mais dans des conditions qui varient entre elles, suivant le degré de passion et la position de fortune des entreteneurs.

Celui-ci, qui ne donne à un petit jésus qu'une assistance insuffisante, n'a pas le droit d'être exigeant et lui laisse assez de liberté pour qu'il se procure ailleurs la somme complémentaire qu'exigent ses besoins.

— Quelles sont vos ressources ? demandait-on à un nommé I…

— Je suis entretenu, répondait-il, par le capitaine de X... qui m'envoie 200 francs par mois, de Savoie où il est en garnison.

Trois provinciaux m'envoient chacun 150 francs par mois pour les services que je leur rends lorsqu'ils viennent à Paris.

Enfin, M. Y.... me donne 250 francs par mois, soit pour user de moi, soit pour lui fournir quelqu'un à ma place une fois par semaine, le jour qu'il m'indique.

Un autre, qui ne peut fournir que le strict nécessaire, demande, par raison d'économie, que le petit jésus fasse la cuisine. Chaque soir, il vient prendre son repas avec lui ; ce qu'il dépenserait au restaurant, pour lui seul, leur suffit pour vivre à deux.

Cet autre, plus économe encore, ou plus amoureux et plus jaloux, cohabite avec son petit jésus, et tient complètement ménage avec lui.

Tout cela, c'est ce que les filles appellent la popote, le pot-au-feu. C'est un pis-aller, c'est une attente dans l'espoir de mieux trouver. Mais voici venir un heureux du jour, un de ceux qui excitent les convoitises de toute la cohue.

Celui-là habite un appartement luxueusement meublé, parfois un petit hôtel. Il a une maison de ville pour l'hiver, de campagne pour la belle saison. L'été, il va aux eaux. Sa chambre à coucher, capitonnée de soie en couleur tendre, est un véritable boudoir. Il porte aux mains de magnifiques bijoux avec de vraies pierres fines. Sa toilette est ridiculement irréprochable. Il est coiffé, frisé, pommadé, maquillé selon toutes les règles de l'art. Toute sa précieuse personne, qui laisse derrière elle une traînée de parfum, a les allures efféminées qui constituent le suprême bon ton dans le monde de la pédérastie.

Comme les femmes à la mode, il déjeune au lit et se lève vers midi. Un vieux raccrocheur que son âge avancé a mis en réforme lui sert de femme de chambre. Ses après-midi sont consacrés à la promenade. Vers six heures, il rentre, fait une nouvelle toilette, va dîner le plus ordinairement au restaurant. Lorsqu'il attend la visite de son entreteneur, il revient chez lui; lorsqu'il est libre, il court les spectacles, les bals, les lieux de plaisir, retourne de temps à autre aux Champs-Élysées, théâtre de ses premiers exploits, où il s'encanaille (comme il dit) en menant une aventure avec un petit jésus. Pendant les soirées d'hiver, il reçoit souvent chez lui, ou va dans le monde.

On devine ce qu'est ce monde dans lequel il va.

Le petit jésus, lorsqu'il a réussi à se faire richement entretenir, affiche un dédain humiliant pour cette tourbe dont, la veille encore, il partageait la misère. Lorsqu'une fantaisie lubrique le ramène au milieu d'elle, il prend ses précautions et cherche à conserver le plus strict incognito – telle une femme à la mode, rassasiée de luxe, se déguise en grisette pour retrouver, dans les bals de barrière, un regain de ses premières amours ; mais sa dignité le contraint à ne plus fréquenter que des amis de son rang, entretenus comme lui, les seuls avec lesquels il puisse se lier sans déroger et dont l'ensemble compose ce qu'il appelle : le monde. […]

Un entreteneur qui fait partie d'une coterie ne peut s'attacher définitivement un petit jésus sans que cet heureux événement ne soit l'occasion de réjouissances.

D'abord il y aura les adieux à la vie de garçon. Il autorisera sa nouvelle conquête à réunir dans une orgie dansante, à laquelle, il est vrai, il n'assistera pas personnellement, tous ses anciens compagnons, les insoumis avec lesquels il racolait la veille encore. Puis viendra la soirée de fiançailles pendant laquelle il présentera soir petit jésus à ses amis et à leurs entretenus.

Ces soirées se composent ordinairement de vingt-cinq à trente personnes.

On n'y est admis que sur lettres d'invitation, et ces lettres ne sont pas envoyées à la légère. Il faut, pour être porté sur la liste, ou faire partie de la bande, ou être présenté par quelqu'un qui en fasse partie, et qui réponde de votre discrétion. Encore l'amphitryon ne consulte-t-il pas que ses convenances pour l'envoi des invitations, il prend l'avis préalable des gros bonnets de la coterie.

Le billet ci-joint témoigne des préoccupations dont je parle :

« On m'engage à inviter M. X.... à ma réunion de samedi. J'ajournerai cette invitation jusqu'au moment où vous m'aurez assuré que cela ne vous froissera en rien, que vous n'avez rien à redouter de lui. »

in Le Crapouillot n°30, « Les Homosexuels », août 1955, pp.21-22

(*) Il ne faut pas confondre Pierre Carlier (1794-1864), qui fut préfet de police, avec Félix Carlier, auteur d'un ouvrage fameux sur Les deux prostitutions (1887), la « prostitution antiphysique » constituant la seconde partie de l'ouvrage. Par ailleurs, le catalogue de la BNF semble responsable d'une erreur assez répandue au sujet de ce dernier, en charge de la police des moeurs de 1860 à 1870, l'initiale F. de son prénom étant interprétée dans le catalogue par François au lieu de Félix. Un article de lui paru dans les Annales d'Hygiène publique et de méd. lég. (1871 p. 282) tranche la question : son prénom est bien Félix.

Jean Claude Féray

in Le registre infamant, éditions Quintes-Feuilles, octobre 2012, ISBN : 978-2953288568, pp. 12-13


(1) Félix Carlier, Les deux prostitutions, Paris, Editeur E. Dentu, 1887, deuxième partie : Prostitution Antiphysique, chapitre II : Classification des pédérastes, pp. 332 à 335 et p. 341 pour l'extrait cité, (téléchargeable sur le site Gallica)

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Lianna, un film de John Sayles (1982)

Publié le par Jean-Yves Alt

Lianna est une jeune universitaire qui a quitté le milieu enseignant pour aider son mari.

Une fois où celui-ci s'est absenté pour raison professionnelle, Lianna rencontre Ruth.

Le film retrace l'évolution de Lianna, son « coming-out ».

John Sayles montre au public hétéro, avec une grande finesse d'analyse, combien il a à apprendre et à gagner de l'exemple de ces femmes (et de ces hommes) qui tentent de se réaliser comme lesbiennes (et gays).

On pouvait s'interroger sur ce qu'un cinéaste homme pouvait bien tirer d'une histoire d'amour entre deux femmes et comment il allait la traiter. Le résultat est sans conteste excellent, sans doute le meilleur long métrage de l'époque pour un film non documentaire sur le sujet, avec des magnifiques portraits de femmes.

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Le garçon bientôt oublié, Jean Noël Sciarini

Publié le par Jean-Yves Alt

Ce qui effraie, c'est l'autre dans sa différence. Affronter la réalité de celui qui vit ailleurs est souvent au-dessus de nos forces. Notre douleur, nous la mesurons ; celle de l'autre nous échappe et devient dangereuse. C'est ce lieu d'instabilité et de panique que « Le garçon bientôt oublié » met en écriture.

« Bien sûr, Toni sait qu'il est un garçon et qu'il a seize ans. Hier encore, cela ne voulait pas dire grand chose. Il était Toni, avec des parents et des amis. Un point, c'est tout. Aujourd'hui, dans le miroir, il voit un étranger. Son corps à choisi un camp, pas son esprit. » (quatrième de couverture)

Le lecteur découvre dès le début les zones d'ombre de Toni Canetto : son goût ou plutôt sa hantise et son vertige de la mort.

« Depuis ma chambre, au neuvième étage, j'ai une vue imprenable sur le lac Léman. Souvent, je rêve qu'il me suffirait d'enjamber la fenêtre pour me retrouver dans ses eaux, nageant au milieu des ombles chevaliers et des corégones, entouré des cygnes et des canards colverts. Ce rêve, je l'ai fait des centaines de fois, moi perdu et seul dans cette chambre, enjambant la fenêtre et, telle une feuille tourbillonnante, me laissant tomber, délicatement, dans les eaux du lac Léman. Tout est beau et doux, apaisant ; je n'ai pas peur d'enjamber cette fenêtre. Je n'ai pas de corps, je ne suis qu'une âme, une feuille ou un oiseau, je ne risque rien à me laisser tomber ainsi. » (p. 28)

L'adolescent découvre peu à peu que le monde quotidien de l'enfance, tout à la fois rassurant et rugueux, vacille irrémédiablement, en proie aux lents étourdissements d'une inexorable découverte de soi.

La difficulté de Toni est attachée à l'image et à sa ressemblance, aussi au corps et à l'âme, qu'on pense trop souvent coulés d'un seul bloc, comme s'il existait une unité/identité originelle :

« Je ne sais pas qui je suis. » (pp. 17/23/27/29/40), écrit sans cesse l'adolescent dans des classeurs où il note tout.

Curieusement, c'est Rodrigo (le copain hétéro), qui – le premier – va faire figure de facilitateur. Par le truchement de la musique, où Rodrigo fait preuve d'une belle acuité. Il possède un enthousiasme indéfectible qu'il transmet à son ami. Complicité passionnelle ou prévenance amoureuse ? Si la relation entre les deux garçons est ardente dans sa tournure, la sexualité en est totalement absente.

« Quant à Rodrigo – encore aujourd'hui je ne sais toujours pas si je dois l'aimer ou le détester d'avoir fait ça, ce n'était presque rien, pourtant –, il m'a tendu une enveloppe. À l'intérieur, un bon d'achat pour la Fnac. Accompagné d'un petit mot :Mon poco,

Parce que La musique est là et que tu ne l'entends pas. En attendant de pouvoir t'offrir le premier CD de « Le groupe », j'aimerais qu'ensemble nous choisissions le disque qui est fait pour toi. Et même si nous devons camper jour et nuit devant la Fnac je jure sur ma mère que nous le trouverons. Car, figure-toi, et même si je sais s que tu détestes notre musique (sale connard !), La musique ça peut changer la vie. Faudra que je t'en parle, un de ces jours. Tu n'y échapperas pas mon vieux.

Baisers humides mais virils,

Ton poco, Rodrigo » (pp. 43/44)

Ce sera ensuite Anthony (le chanteur Anthony Hegarty) qui apprendra à Toni à se servir de son cœur grâce à une de ses chansons entendue dans un café : For today I am a boy :

« One day I'll grow up, I'll be a beautiful woman. / One day I'll grow up, I'll be a beautiful girl. / But for today I am a child for today I am a boy. / One day I'll grow up, I'll feel the power in me. / One day I'll grow up, of this I'm sure. / One day I'll grow up, I know whom within me. / One day I'll grow up, feel it full and pure. / But for today I am a child for today I am a boy. »

« Un jour je grandirai, je serai une femme magnifique. / Un jour je grandirai, je serai une jolie fille. / Mais pour l'instant je suis un enfant, pour l'instant je suis un garçon. / Un jour je grandirai, j'aurai la force en moi. / Un jour je grandirai, j'en suis convaincu. / Un jour je grandirai, je sais qui je serai au fond de moi. / Un jour je grandirai, pur sentiment de plénitude. / Mais pour l'instant je suis un enfant, pour l'instant je suis un garçon. » (pp .86/88)

Toni n'a alors qu'un désir : écouter en vrai cette chanson. Comme il apprend qu'Anthony donne un concert à Paris, il demande à ses parents l'autorisation de se rendre dans cette ville sous le motif de rejoindre un ami très cher. Les parents acceptent.

Le récit se poursuit ainsi dans la capitale française. A la sortie du concert, Toni se retrouve place Pigalle où il rencontre Rose, une prostituée vieillissante qui lui apportera son ultime révélation :

« Mais moi, je ne suis pas un homme. Je ne suis qu’un garçon, manqué, raté. Et Rose m’a fait ce cadeau inestimable, sa féminité. La mienne ainsi révélée. Baiser de son sexe à mon âme. Arrivé garçon paumé, réveillée princesse. » (p. 106)

Dans ce récit, il n'y a plus de présent tant il est absorbé par la mémoire. Le ton de Jean Noël Sciarini tranche : vif, élégant, noir et ravageur ; il lui permet d'atteindre sans crier gare les carrefours secrets où le désespoir (sera-t-il transitoire ?) donne le vertige. Une descente aux enfers. Le paradis de Toni est dans le lointain, toujours, là-bas, en direction de quoi il s'évertue à regarder. En attendant, Toni doit vivre les humiliations comme un paradis provisoire…

« Le garçon bientôt oublié » est un livre bouleversant et tonique, ouvert sur la création de soi, que le lecteur contemple, émerveillé.

« Qui je suis Qui je suis (une fille) Qui je suis, une fille. Je suis une fille, et ça me paraît absurde, irréel, à présent, d'être un garçon. D'avoir été un garçon. Ils devraient comprendre cela. Ma famille, mes amis. Au collège, on nous parle toujours de logique, de rationalisation, d'esprit de synthèse. Pas de place laissée au cœur, aux tripes: "Ce n'est pas grâce à eux que vous obtiendrez votre certificat de maturité !" À cause de mon fichu cerveau, je n'ai fait que m'emmêler la vie et les pinceaux, avec toutes mes listes stupides, mes questionnaires débiles... (j'en fais encore, mais c'est afin de laisser croire au garçon bientôt oublié qu'il a toujours ce pouvoir sur moi, infléchir mes sensations par ses pensées.) Je veux y aller doucement, pour moi, pour les autres. Mais je sais que, un peu plus chaque jour, je dois étendre un joli territoire à l'intérieur: celui où est née la petite fille, où s'épanouira la jeune femme, et où s'éteindra, apaisée et sereine, la vieillarde. Mon nouveau pays. Ou plutôt, ma nouvelle patrie. Féminine et souveraine. Mais où j'espère tant ne pas être seul(e).  » (p. 144)

Les zones où écrit Jean Noël Sciarini sont dangereuses. Elles donnent le vertige. Rien à quoi se raccrocher. D'où vient alors la jubilation du lecteur ? Est-ce la sobriété de l'écriture qui, par son économie (a contrario de l'ampleur des désastres qu'on imagine), fait grâce de toute complaisance tragique ?

« Ne m'appelez plus Toni. Appelez-moi le garçon bientôt oublié. » (p. 119)

Toni est un équilibriste ; il a une manière étonnante de se tenir toujours sur le fil, à la limite du moment où il devrait tomber d'un côté ou de l'autre et où, d'un mouvement miraculeux, il ne tombe pas. Oui, Toni est un danseur de corde : à droite le gouffre du pathos ; à gauche l'abîme d'une indécence gratuite et écervelée, et au milieu, le fil étroit d'un « roman confession » où la mort – en perspective – et les désirs font figure de balancier.

■ Le garçon bientôt oublié, Jean Noël Sciarini, Éditions L’École des Loisirs/Médium, mars 2010, ISBN : 978-2211201278


Lire l'avis de Lionel Labosse sur son site altersexualite.com.

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Confession d'un pédéraste (les 4 amours) par Ambroise Tardieu (1873)

Publié le par Jean-Yves Alt

C'est Ambroise Tardieu, professeur de médecine légale à la Faculté de Médecine de Paris, qui a donné le texte de cette confession d'un antiphysique dans sa célèbre Étude médico-légale sur les attentats aux mœurs (1) :

Il est un dernier point sur lequel il faut insister comme sur une terrible conséquence de la prostitution pédéraste ; c'est le danger auquel elle expose ceux qui en recherchent les ignominieux plaisirs, et qui ont trop souvent payé de leur vie les relations honteuses qu'ils avaient nouées avec des criminels. Les exemples d'assassinats sur des pédérastes ne sont pas très rares ; et les circonstances dans lesquelles ils se produisent ont cela de caractéristique que la victime va d'elle-même en quelque sorte au-devant du meurtrier. Pour ne citer que les crimes qui ont ému Paris, les assassinats de Tessié en 1838, de Ward en 1844, de Benoît et de Bérard en 1856, de Bivel et de Letellier en 1857, auxquels il faut ajouter celui de l'enfant Saurel par Castex et Ternon en 1866, ont révélé avec éclat la fin cruelle à laquelle peuvent être réservés ceux qui ne peuvent trouver que dans l'écume du monde le plus vil ces liaisons inavouées auxquelles ils vont demander la satisfaction de leurs monstrueux désirs.

Un cas plus récent a montré à un autre point de vue qu'une mort violente pouvait atteindre les pédérastes dans des circonstances accidentelles ou dans des rixes provoquées par leurs relations coupables. En 1861, on trouvait dans le vestibule d'une maison de Paris le cadavre d'un pédéraste bien connu, qui au milieu de la nuit était tombé ou avait été précipité par-dessus la rampe d'un escalier.

Je ne prétends pas faire comprendre ce qui est incompréhensible et pénétrer les causes de la pédérastie. Il est cependant permis de se demander s'il y a autre chose dans ce vice qu'une perversion morale, qu'une des formes de la « Psychopathia Sexualis », dont Kaan a tracé l'histoire. La débauche effrénée, la sensualité blasée peuvent seules expliquer les habitudes de pédérastie chez des hommes mariés, chez des pères de famille, et concilier avec le goût des femmes ces entraînements contre nature. On peut s'en faire une idée en retrouvant dans les récits des pédérastes l'expression de leurs passions dépravées.

Casper a eu entre les mains un journal dont je lui emprunterai un extrait, dans lequel un gentilhomme de vieille race, adonné à la pédérastie, a consigné jour par jour, et pendant plusieurs années, ses aventures, ses passions et ses sentiments. Il avouait avec un cynisme sans exemple des habitudes honteuses qui remontaient à plus de trente années, et qui avaient succédé chez lui à un vif amour de l'autre sexe. Il avait été initié à ces nouveaux plaisirs par une entremetteuse; et la peinture de ses sentiments a quelque chose de saisissant. La plume se refuse à retracer les orgies décrites dans ce journal et à répéter les noms qu'il prodigua à ses amants. Des dessins, qui illustrent cette pièce singulière, ajoutent encore à ce qu'elle offre d'étrange.

J'ai eu d'un autre côté l'occasion fréquente de lire la correspondance de pédérastes avoués, et j'ai trouvé, sous les formes de langage les plus passionnées, des épithètes et des images empruntées aux plus ardents transports du véritable amour.

J'en peux donner un exemple qui ne sera pas le document le moins curieux de l'étude que j'ai entreprise. Je cite textuellement cette pièce qui a pour titre : MA CONFESSION, et qui a été recueillie dans un grave procès de chantage au commencement de l'année 1845 :

« 1er amour. — Le premier que j'ai aimé, oh! comment expliquer comment je l'ai aimé ! Comment dire le délicieux frémissement de mes sens lorsque j'entendais sa voix et le bonheur que j'éprouvais à épier son regard, et les tendres soins que je prenais à faire naître un sourire sur ses lèvres ! Et cependant, je dois en convenir, c'était le premier être qui faisait palpiter mon cœur tous les jours, qui parait mes rêves d'images toujours riantes, qui m'ouvrait une vie toute nouvelle, et dès lors je ne compris plus de bonheurs qui ne fussent pas lui, de sentiments qui ne fussent pour lui, de devoirs que je ne sacrifiasse à lui. Chacun de ses mots venait vibrer par tout moi comme une tendre mélodie ; son regard, souriant ou paisible, semblait se refléter en douces joies au fond de mon cœur, je comprenais que c'était ainsi que devait être la volupté des anges.

Aussi, près de lui, je sentais pâlir tous les sentiments de la vie. Qu'étaient-ce maintenant pour moi que des préjugés imposés par les lois ou par l'habitude ! Qu'étaient-ce alors que les plaisirs de la société, les triomphes de l'amour-propre ! Que de fois pour rester près de lui je fuyais mes amis d'enfance. Oh ! pour lui que n'eussé-je point fait sur la terre ! Que n'ai-je point demandé au ciel, et quelle affection rivale aurait pu parvenir à mon âme !

2e amour. — Faut-il le dire pourtant ?... Trois années de cette première ivresse étaient à peine finies, qu'un autre sentiment vint envahir mon cœur. Nulle puissance ne put s'opposer à l'intérêt que m'inspira un être qui n'avait pas sur moi les droits du souvenir, mais dont le front candide éveillait en moi mille charmantes espérances. Il avait de grands yeux bleus, dans lesquels j'aimais à puiser la tendresse ; et lorsque sa tête s'appuyait sur mon épaule, lorsque sur ses lèvres venait errer mon nom, comme le premier accord de notre franche amitié, je me disais : là aussi sera pour moi le bonheur d'être aimé !

3e amour. — Comment à quelque temps de là se trouva près de moi un gentil garçon, au teint pâle, aux yeux noirs, je n'ose vraiment vous le dire.... Toutefois, puisque ma plume veut se vouer à la vérité, et que mon cœur ici doit trahir tous ses secrets, j'avouerai que cette nouvelle passion ne fut pas seulement un de ces épisodes piquants qui passent dans la vie d'un homme, comme ces étoiles éphémères, qui glissent à travers le ciel sans en déranger l'harmonie. Mon jeune amour vint prendre sa part aimante dans mon âme ; et pour l'y fixer, je lui prodiguai mes plus intimes caresses. J'aimai à suivre le développement de ses premiers sens, à rapporter à moi seul tous les efforts de sa sensibilité. Je ne dus point résister au nouveau qui s'offrait, j'en devins fou.

4e amour. — Oh ! si je pouvais environner de mystère ce qui me reste à vous dire, si je pouvais celer au fond de mon âme cette dernière faiblesse de la nature, je m'arrêterais à ce nombre mystique de mes premiers amours. Mais, hélas ! les destinées sont grandes, inexplicables ; et je dus malgré moi finir par adorer un enfant, tombé, je crois, de la voûte éthérée. Beau comme les chérubins qui soutiennent le voile sur le front de la Vierge, sa bouche toute petite avait un de ces sourires qui durent faire faillir Ève, si ce fut ainsi que le diable la prit ; dans ses yeux était une volupté d'innocence qui faisait tout espérer et tout pardonner. Aimable et gracieux, soumis à vos caprices, prévenant vos désirs, il vous couvrait de doux regards et de caresses charmantes; il ne fallait pas le voir, ou il fallait l'aimer... et voilà pourquoi je l'aimai.

Et cependant, si vous voulez comprendre, si vous voulez savoir comment je les aime tous, comment ils m'aiment, et comment nous vivons, soulevez le rideau qui ombre ce tableau... C'est un de ces mystères incompréhensibles que la nature seule révèle. »

Il est des cas dans lesquels il est difficile de ne pas admettre chez les pédérastes une véritable perversion maladive des facultés morales. A voir la dégradation profonde, la révoltante saleté des individus que recherchent et qu'admettent près d'eux des hommes en apparence distingués par l'éducation et par la fortune, on serait le plus souvent tenté de croire que leurs sens et leur raison sont altérés; mais on n'en peut guère douter, lorsqu'on recueille des faits tels que ceux que je tiens d'un magistrat qui a apporté autant d'habileté que d'énergie dans la poursuite des pédérastes, M. le conseiller C. Busserolles, et que je ne peux taire. Un de ces hommes descendus d'une position élevée au dernier degré de la dépravation attirait chez lui de sordides enfants des rues devant lesquels il s'agenouillait, dont il baisait les pieds avec une soumission passionnée avant de leur demander de plus infâmes jouissances. Un autre trouvait une volupté singulière à se faire donner par derrière de violents coups de pied par un être de la plus vile espèce. Quelle idée se faire de pareilles horreurs, sinon de les imputer à la plus triste et à la plus honteuse folie ?

in Le Crapouillot n°30, « Les Homosexuels », août 1955, p. 14


(1) Ambroise Tardieu, Étude médico-légale sur les attentats aux mœurs, Paris, Éditeur J.-B. Baillière, 6e édition, 1873

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L'autre péché, Albert La Touche-Espé (1934)

Publié le par Jean-Yves Alt

Alain de Locmaquer, la quarantaine, est un riche avocat parisien. Un soir, qu'il rentre de l'Opéra-Comique, il voit, sur la plateforme arrière du bus qui le ramène chez lui, un jeune homme qui ne le laisse pas insensible :

« La soudaine lumière de ce jeune visage apparut à Alain. Il aperçut l'air de fierté et de profonde honnêteté qui en animait les traits. Il eut le temps de voir aussi qu'une grâce, presque féminine, adoucissait ce qu'il y avait de trop mâle dans la beauté de cette figure. Les yeux, d'un bleu cendré, jetaient, farouches, leur feu d'innocence protectrice et semblaient durs dans leur défense. C'était encore un enfant qui paraissait généreux, peut-être sensuel, mais qui s'ignorait, sans aucun doute. Rien de vulgaire ne se manifestait sur tout cet être. Il semblait appartenir à la catégorie de ces modestes ouvriers de Paris, à qui la Ville donne du goût et de l'expérience […] » (p. 13)

Quand le jeune homme descend du bus, Alain décide de le suivre. Il le rattrape, le dépasse et le précède « suivant la manière ordinaire, pour suivre » quelqu'un. Alain règle la rapidité de son allure sur celle de son partenaire. Il prend garde de se retourner. Au bout d'un moment, ne supportant plus la situation, il se retourne et prononce ces mots :

« Pourquoi, vraiment, me faites-vous endurer ce supplice ? » (p. 21)

Tout en redoutant une terrible réponse, il entend un murmure dépourvu de la moindre équivoque : « Je ne sais pas. » (p. 21)

Le jeune homme, originaire du Nord, se nomme Alfred Lemarce mais il préfère qu'on l'appelle « Roger ». Il est ouvrier et loge dans une « chambre d'hôtel ». Les présentations faites, les deux hommes décident de se revoir le prochain soir.

Alain rentre chez lui avec une intense émotion ; suivant son habitude de s'analyser, il s'efforce de mettre un peu d'ordre, sans y parvenir. Où tout cela le conduira ? Il a honte un peu de ce qui s'est passé. Roger semble un garçon droit, honnête : le détourner de son chemin n'est-il pas le plus grand péché ?

« Mais Alain ne se livra pas longtemps à tous ces remords. Il était sous le charme, était plongé dans un véritable enchantement. Ce qu'il venait de vivre était étrange, sans doute. Mais qu'y pouvait-il. Il avait été mené par une force. Il lui semblait impossible d'essayer de lutter contre elle. Au vrai, il ne semblait nullement en avoir le désir. Renoncer à ce bonheur, s'il pouvait le posséder, maintenant qu'il l'avait entrevu, il n'en aurait pas le courage. Il se sentait comme entré dans une extase. Pour user jusqu'à la limite ses nerfs exténués, il fit un grand détour avant de regagner sa demeure. […] Alain arpentait les rues, se parlant à haute voix, chantant, riant, sanglotant, tour à tour, et se répétant sans cesse, nerveusement, comme pour ne pas l'oublier, ce seul mot qui était pour lui toute une musique, et qui le transportait dans le rêve : "Roger, Roger". » (pp. 32/33)

Alain est un sauvage ; jamais il ne met au courant quelqu'un de sa vie privée, pas même ses amis les plus sûrs ni la domestique qu'il a à son service.

Le lendemain, Marie-Jeanne Lemasle, épouse de Maurice, collègue d'Alain au Palais, qui est furieusement amoureuse de ce dernier, vient lui apporter chez lui des documents importants pour le travail :

Alain, ne m'aimerez-vous donc jamais. N'avez-vous donc pas compris que vous êtes le seul homme que j'aie jamais aimé ; que je vous aime furieusement, jusqu'à souhaiter mourir et que je vous aimerai toujours.

Allons, ma petite Marie-Jeanne, calmez-vous. Vous savez que je vous aime beaucoup aussi. Mais votre mari est mon ami. Que désirez-vous ? Que je parte ; que nous brisions cette charmante intimité, si franche, dans laquelle nous vivons. Vous voulez donc mettre quelque chose de douteux, créer une équivoque entre nous. Elle ne peut convenir à mon caractère. (p. 57)

Alain sent bien qu'il aura les plus grandes difficultés à s'extirper de l'esprit de son amie. Il préfèrerait la voir en aimer un autre que lui. Quand il lui dit qu'il n'a « que faire de [son] amour encombrant » (p.87), Marie-Jeanne reste convaincue du contraire. Alain ne pense qu'à une seule chose : retrouver Roger.

Le soir même, les deux hommes décident d'aller à Montmartre :

« Le taxi filait toujours. Il traversait la place de la Trinité. Alain et Roger n'avaient pas encore échangé une parole et restaient blottis sur les coussins de la voiture, aussi distants que possible, l'un de l'autre, chacun dans son coin. Alain, qui était assis à droite, prit dans sa main gauche le genou de Roger, le serra. Celui-ci ne broncha pas sous cette force qui lui broyait le muscle. Un léger soupir lui échappa, et sa chère tête d'enfant, doucement, s'inclinant, roula sur l'épaule d'Alain. » (p. 98)

Au cours de la soirée, Alain apprend par Roger que ce dernier est marié et que sa femme le trompe. Alain s'interroge un instant : même si cette femme n'aime pas son mari et le trompe, ce dernier n'a-t-il pas le droit d'opter entre elle et Alain ?

« Quelle œuvre entreprenait-il donc là ! Ne devait-il pas prendre conscience de son égarement, essayer de se ressaisir à tout prix ? N'allait-il pas, en outre, apporter une grande perturbation dans sa propre existence, en s'encombrant de ce jeune homme dont il ne connaissait encore ni les goûts, ni les habitudes ; qui n'avait aucune instruction, n'était qu'un ouvrier, était loin de posséder tous les raffinements de sa propre éducation. […] Qu'allait-il faire de ce garçon ? Le laisserait-il à son enclume et à son marteau ? Lui serait-il possible de continuer à le fréquenter s'il ne lui faisait changer d'état ? Et ne ferait-il pas, tout simplement, le malheur de celui-là, s'il le désaxait, l'arrachait à son milieu ! » (pp. 116/117)

Avec sa domestique, Alain utilise le prétexte du surcroît de travail pour prendre Roger comme secrétaire. Le soir, Roger dort chez l'avocat. Alain le découvre nu :

« Alain mettait maintenant au lit Roger ; dans ce lit qu'il lui avait préparé ; qu'il avait composé comme un poème, de ses mains, avec son cœur. Lit frais, intact, virginal, qui n'avait encore reçu le fléchissement d'aucune forme humaine. Alain, lentement, avec des surprises, des impatiences, volontairement refrénées pour n'aller ni ne voir trop vite, avec le plaisir des découvertes, ayant des ravissements d'artiste, déshabilla Roger. Il le tournait, le retournait dans tous les sens ; lui faisait prendre des attitudes, des poses afin d'apercevoir de nouveaux contours, d'autres lignes. Il explorait cette chair, détail par détail. Tantôt il jetait un voile sur cette nudité ; tantôt l'en dépouillait brusquement pour faire apparaître soudain le mystère dont il s'était ménagé les effets. Son jeu dura pendant des heures. Roger participait à ces ébats, ivre de la même ivresse. Il s'amusait à résister à Alain, uniquement pour user sa force contre lui ; dans cette lutte, il déployait ses muscles comme un éphèbe antique. A la fin, harassé, il retomba, presque inerte, sur son lit, et, subitement, sans transition, comme une phrase inachevée, comme un baiser ébauché entre les lèvres, il s'endormit. Alain, alors, doucement incliné sur cette tête d'enfant au point d'en recevoir, brise légère, l'haleine parfumée, d'en respirer la fraîcheur délicieuse, contempla de tous ses yeux, de toute son âme, longtemps, longtemps, le sommeil calme, confiant, adorable de cet archange échappé du ciel. » (p. 146)

Après un procès difficile (longuement relaté), Alain et Roger décident de prendre quelques jours de congés aux Sables d'Olonne. Marie-Jeanne, totalement délaissée par son mari, les accompagne. Là-bas, Roger rencontre Geneviève qui tombe rapidement amoureuse de lui. La jeune femme utilisera tous les artifices pour obtenir ce qu'elle désire : épouser Roger qui vient d'obtenir son divorce. Alain est évidemment sous le choc mais il s'y attendait depuis longtemps :

« Alain osa lui demander si, actuellement, il […] fréquentait toujours [des femmes]. Roger confirma qu'il était seul. — A cause de toi, Alain. Il faut que tu me croies. Avec toi, je ne sais pas ce qui se passe. Mais c'est autre chose. C'est beaucoup plus fort. Je me sens capable de me préserver pour toi. Mais je ne puis dire que je t'aime d'amour. J'ai besoin de ta caresse, et non de ton corps. Explique cette énigme si tu peux, toi qui analyses tout. Ah, si j'étais une femme, comme je t'eusse aimé ! Je crois que je te cause de la peine. Que veux-tu, je ne suis pas responsable. Pardonne-moi. » (p. 143)

« Tout à coup, les yeux de Marie-Jeanne, effarouchés, se mirent à battre des paupières, comme un oiseau, pris de peur, battrait des ailes. Ils s'étaient fixés, immobiles, sur quelque chose qui les épouvantait. Marie-Jeanne n'aurait pas poussé le moindre cri devant quoi que ce fût qui l'eût effrayée. Toute convulsée, elle alla, seulement, se blottir contre Alain, comme pour lui demander protection contre ce qu'elle regardait et qui la regardait. Il fallut qu'elle arrachât Alain à sa méditation :

— Voyez, je vous en supplie, ce qui nous observe, obstinément, et qui pleure en nous observant.

Alain leva les yeux, les porta dans la direction qu'elle lui indiquait d'un geste éperdu. Et, lui-même, ne put réprimer un léger mouvement de recul. Tout à côté d'elle, tout à côté de lui, en effet, à contre-flanc de la falaise, taillée dans le vif d'un rocher, se détachant en effigie, et comme suspendue en l'air, une immense face d'homme s'apercevait là, extrêmement triste, dont les yeux pleuraient. On eût dit l'empreinte d'une physionomie humaine ciselée dans cet énorme bloc de pierre, qui, pour ajouter encore à l'horreur de la vision, était criblée de trous, remplie d'alvéoles. Tous les traits d'une figure d'homme y étaient marqués. Et le visage semblait animé. Des larmes coulaient lentement des yeux, de ces yeux qui regardaient interminablement Marie-Jeanne et Alain, leurs fronts rapprochés.

Mais que disait-il donc, que voulait-il exprimer, ce regard où se lisait tant de souffrance ? » (pp. 282/283)

« Sur le faîte de la falaise, juste au point où ils s'étaient assis côte à côte, où, tremblants d'effroi, ils l'avaient découvert tout près d'eux, là, là, elle apercevait de nouveau aujourd'hui, devant elle, presque contre elle, le masque affreux. Elle était seule, toute seule, cette fois. Alain n'était plus là pour qu'elle pût se réfugier auprès de lui, pour qu'il la défendît contre l'horreur du spectre. Mais, étrange répercussion d'une puissante hallucination, mouvement réflexe de l'âme surprenant, la terreur de Marie-Jeanne se dissipa en un éclair. Marie-Jeanne ne cachait plus ses yeux pour s'épargner de voir la face pleurante dans le rocher. Elle la considérait, tout au contraire, lentement, longuement, avec paix, avec une immense pitié. Cette effigie représentait pour elle le visage d'Alain lui-même. C'était Alain, dont les yeux étaient mouillés de larmes et qui la regardaient.

— Alain, Alain, cria-t-elle dans le vent et le fracas des vagues qui étouffaient sa vocoix, pourquoi nous avez-vous quittés, pourquoi avez-vous abandonné Roger, pourquoi m'avez-vous laissée ? » (pp. 284/285)

L'écriture d'Albert La Touche-Espé est tantôt confidence ou simple narration descriptive : les différentes images qui se forment à la lecture sont très importantes puisqu'elles servent de fil conducteur à l'enchevêtrement des passions, celle de Marie-Jeanne pour Alain, celle d'Alain pour Roger et enfin celle de Geneviève pour Roger. Un narrateur externe n'hésitant pas à intervenir régulièrement en faveur d'Alain ou de Roger : ce narrateur – le lecteur le découvre à la fin du livre – était, de sa prime jeunesse, le seul ami d'Alain.

Ce récit s'offre ainsi bien à la peinture de l'instant, à la fulgurance de la scène, qu'à la description d'une vie tout entière, d'un destin. L'homosexuel n'est pas ridiculisé à bon compte, il est plutôt considéré comme un destin tragique sauvé du grotesque par la puissance de la passion. L'auteur cerne parfaitement la spécificité de l'amour, de la jalousie et de la solitude dans la relation homosexuelle : l'amour, la jalousie et la solitude, quoi de plus désespérément humain…

■ L'autre péché, Albert La Touche-Espé, Société Générale d'Imprimerie et d'Édition, Paris, 1934, 293 pages

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