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Les beaux mâles de René Bolliger à la Galerie Au Bonheur du Jour

Publié le par Jean-Yves Alt

Nicole Canet

et la Galerie Au Bonheur du Jour

présentent pour la première fois une exposition des dessins originaux de René Bolliger (1911 – 1971), intitulée :

« Les beaux mâles »

Dessins originaux de René Bolliger, 1950 – 1970

ainsi que quelques objets gravés sur ardoise et verre, travail important de cet artiste dans les années 1950-1970

L’iconographie la plus représentative nous fera savourer des scènes érotiques joyeuses entre garçons.

Garçons virils, canailles angéliques et peu farouches, tous avides de plaisirs, aux appétits insatiables qui s’emmêlent et s’entremêlent sous le trait puissant de l’artiste.

Toute une imagerie aussi revigorante qu’excitante où surgissent des braguettes entrouvertes, monts et merveilles…

De Querelle de Brest de Genet, Tirésias de Jouhandeau et Hombres de Verlaine, vous pourrez découvrir dans l’exposition et dans le livre les œuvres inédites d’un artiste très singulier.

du 1er juillet au 26 septembre 2020

Les beaux mâles de René Bolliger à la Galerie Au Bonheur du Jour

Galerie Au Bonheur du jour

1 rue Chabanais - 75002 Paris

01.42.96.58.64

du mardi au samedi 14h30 – 19h30

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La découverte des cellules F de l’homosexualité masculine – Un épisode méconu de l’histoire des sciences dont Eugen Steinach fut le héros malheureux, Jean-Claude Féray

Publié le par Jean-Yves Alt

Rendu mondialement célèbre dans la décennie 1920 par une opération censée rajeunir l’homme, le savant autrichien Eugen Steinach (1861-1944) s’est aussi distingué par ses recherches en endocrinologie sexuelle. Si la plupart de ses travaux permirent ou confirmèrent de réelles avancées dans cette discipline, il s’y illustra aussi par une erreur aux conséquences malheureuses : la « découverte des cellules F » responsables de l’homosexualité masculine.

Qui, aujourd’hui, connaît Eugen Steinach ? Ce savant autrichien, plusieurs fois proposé pour le prix Nobel de médecine, a pourtant connu son heure de gloire autour des années 1920-1930. On lui doit des travaux très estimables en endocrinologie. On lui doit aussi, malheureusement, deux fourvoiements : une petite opération chirurgicale censée rajeunir le corps de l’homme ; et la « découverte » de Cellules F dans les testicules d’homosexuels. Une « découverte » qui intéressa beaucoup Magnus Hirschfeld, parce qu’elle permettait d’expliquer scientifiquement l’homosexualité masculine.

La découverte des cellules F de l’homosexualité masculine – Un épisode méconu de l’histoire des sciences dont Eugen Steinach fut le héros malheureux, Jean-Claude Féray

Au lendemain de la Grande Guerre, le monde savant apprenait avec étonnement qu’un homosexuel avait subi une métamorphose hétérosexuelle à la suite d’une castration bilatérale suivie de la greffe d’un testicule sain.

Le chirurgien urologue Robert Lichtenstern et l’endocrinologue Eugen Steinach qui annoncèrent cet exploit ouvrirent sans le savoir un épisode dramatique dans une controverse scientifique à tiroirs, connue sous le nom de querelle de la glande interstitielle. Leur essai chirurgical fut immédiatement suivi de cinq autres, aux résultats tout aussi prometteurs. Et un an à peine après le premier exploit, Eugène Steinach annonçait sa grande découverte, grâce à l’examen histologique des gonades des homosexuels castrés : l’existence de Cellules F. Spécifiques des testicules des homosexuels, voilà, enfin trouvées, les responsables de l’orientation de leur sexualité.

La querelle de la glande interstitielle, née après la découverte des savants français Ancel et Bouin, fut une dispute théorique qui dura une trentaine d’années.

L’épisode des cellules F de Steinach qui enthousiasma Magnus Hirschfeld ne dura que six ans, mais il comporta des applications pratiques malheureuses touchant la vie de plusieurs dizaines d’homosexuels.

Ce petit livre retrace l’histoire de la découverte des cellules F dans son contexte scientifique et social. Il permet aussi de comprendre pourquoi cet épisode malheureux fut très vite effacé de nos mémoires.

L’auteur, Jean-Claude Féray, a mené une grande partie de sa vie professionnelle comme ingénieur au sein de l’Inserm.

La découverte des cellules F de l’homosexualité masculine – Un épisode méconu de l’histoire des sciences dont Eugen Steinach fut le héros malheureux, Jean-Claude Féray, préface par l’historien des sciences Jean-Louis Fischer, Éditions Quintes-Feuilles, 87 pages, mai 2020, ISBN : 978-2955139981, 19€

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Ingeburge la reine interdite, Gérard Morel

Publié le par Jean-Yves Alt

Répudiée par Philippe II Auguste, trimbalée de couvent en couvent, Ingeburge, oubliée de l'Histoire et femme en lutte contre les conventions sociales de son temps, finira reine douairière loin des tumultes de la Cour. Une histoire retracée par Gérard Morel.

Elevée à la cour de Danemark entre une mère acariâtre et un frère aux mœurs contre nature, elle fut, au sortir de son adolescence, arrachée à ce foyer nordique pour être jetée dans la couche royale de Philippe Auguste.

Que le jeu des alliances diplomatiques était cruel aux jeunes filles nées trop bien coiffées ! Mais Dame Ingeburge n'arrivait point pucelle en France. Elle avait déjà commis l'acte de chair avec son précepteur, le comte Pierre de Troullioud (qui, du reste, fut pendu pour son zèle). Son auguste mari venant à l'apprendre lors de la nuit de noce la répudia sur le champ et l'envoya se morfondre au couvent des Dames de Saint-Maur, avant d'engager une procédure de divorce.

Mais Ingeburge avait fier caractère et grande ambition, et ne s'en laissa point conter : tenue recluse de couvent en couvent, elle n'en prit pas moins quelques amants, échappa à plusieurs tentatives d'assassinat et en appela au pape afin qu'il condamnât le divorce, excommuniât Philippe II et jetât l'opprobre et l'interdit sur le royaume de France.

Son irascible époux, qui avait déjà fort à faire à guerroyer contre les Anglais, les Germains et les Flamands, dut céder devant le courroux pontifical et se séparer d'Agnès de Méran, une courtisane de moindre noblesse qu'il avait épousée et engrossée entre-temps. Il dut feindre d'accepter de reprendre de bon cœur Ingeburge auprès de lui, bien qu'ils vécussent ensuite séparés de corps pendant près de dix ans.

Enfin, vingt ans après sa célébration, le roi daigna consommer leur union ; il eut le bon goût de mourir peu après et Ingeburge connut une retraite sereine et bien méritée de reine douairière loin des tumultes de la Cour.

On pourrait pardonner à cette biographie rédigée à la première personne les distances qu'elle prend avec les événements historiques, s'il s'y affirmait une écriture plus savoureuse. L'intérêt du récit est estompé par une narration dont la platitude est loin de faire retrouver le raffinement barbare et somptueux de l'époque qu'elle est censée évoquer.

■ Ingeburge la reine interdite, Gérard Morel, éditions Payot, collection Les romans de l'Histoire, 1987, ISBN : 2228751200

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La Friponnière, Didier Denché

Publié le par Jean-Yves Alt

« Il y a bien longtemps que je n'ai pas lavé, de sang, mon visage, et que Tisiphone n'y a baigné ses membres altérés. » (p. 163) : cette tirade du vieux poète Eumolpe, tirée d'une version peu connue du Satyricon, pourrait être la clé de l'énigme policière de ce roman.

L'histoire tourne autour d'un forum internet intitulé « La Friponnière » qui aborde l'amour de l'homme pour le garçon. De nombreux intervenants participent au dialogue en ligne. Trois groupes contradictoires échangent leurs idées : les généreux qui sont d'une compréhension admirable pour les pédophiles, les haineux à leur égard, et un unique, Philippe Sourphères, intelligent et plein d'humour.

Pour échapper au sort de « délinquant sexuel », ce dernier explique une méthode qu'il a tirée de la lecture d'un ouvrage de Hervey de Saint-Denys sur les rêves et les moyens de les diriger. En quelques mots, il suggère aux participants du forum de vivre leurs amours en rêve, plutôt que dans la réalité. Que chacun soit le véritable scénariste de ses rêves.

Mais reprenons les faits depuis le début : le sept mars, à cinq heures du matin, Stéphane Prévane, un informaticien de vingt huit ans, est retrouvé mort, la carotide tranchée. Un meurtre commis à l'arme blanche. Ce jeune homme dialoguait sur le forum. L'assassin a laissé une marque sur le cadavre de sa victime : deux épis de maïs. Quelques jours plus tard, un traducteur de russe, Sergueï Stupasseief, est descendu par balles à son domicile de Pantin. Ce poète bilingue était aussi pédophile et dialoguait également sur ce même forum. L'assassin a déposé, cette fois-ci, sur le cadavre : trois harengs saurs.

Paul Lisaneur est l'inspecteur chargé de l'enquête. Il n'a rien de l'image classique d'un inspecteur portant sur son visage des heures de sommeil en retard, mangeant un hot-dog entre deux interrogatoires et auquel son bon sens permet toujours de se sortir de situations inextricables.

Paul Lisaneur n'est pas un redresseur de tort ; seulement un homme qui a foi en l'humanité tout en ne faisant pas d'angélisme quant aux hommes. Il sait s'occuper de son fils Mathieu dont il a la garde. Il est divorcé d'avec sa femme qui s'est découverte lesbienne. Lisaneur fouille autant les consciences que les fiches de police afin de voir qui se cache derrière ce que la vindicte populaire appelle les « épouvantables assassins ». En affichant ses préjugés, en les interrogeant, il interpelle aussi ceux des lecteurs. Ce policier est sympathique à l'image de Dave Brandstetter, le détective homosexuel de Joseph Hansen. Il faut souhaiter que ce roman policier soit le premier d'une longue série.

« Ni les études de médecine, ni même le serment d'Hippocrate n'apportent de garantie quant à l'honnêteté d'un homme. À cette réflexion, Paul songea justement au serment d'Hippocrate. […] Ce serment, en effet, par ce qu'il lui avait révélé sur l'amour de l'homme pour le garçon, ne lui annonçait-il pas la nature de sa future enquête ? Dire que des générations et des générations de médecins l'avaient prononcé, en occultant ce qu'Hippocrate disait clairement sur l'attrait exercé par les jouvenceaux !

"Dans quelque maison que j'entre, j'y pénétrerai pour l'utilité des malades, me préservant de tout méfait volontaire et corrupteur, et surtout de la séduction des femmes et des garçons, libres ou esclaves."

Paul, en découvrant le contenu de ce serment, fut très étonné qu'un texte auquel non seulement tout une profession, mais l'humanité entière prêtait un caractère presque sacré, recélât une vérité aussi déconcertante. Hippocrate, comme d'autres savants ou philosophes grecs, mettait la paidérastie sur le même plan que l'amour des femmes. Et encore, certains de ces derniers, paraît-il, lui donnaient souvent la précellence ! » (pp. 34/35)

Est-il exagéré de dire que dans « La Friponnière », l'assassin a vengé tous les enfants de la terre ? Il n'a, ni plus ni moins, fait assassiner des personnes qu'il assimilait à l'ogre, image développée dans l'imagerie universelle de la pédophilie. Par le sang versé, l'ogre cesse d'être assimilé au monstre, au bourreau et devient victime. En même temps, celui qui représentait la normalité de la société, en devenant assassin, se pare des attributs démoniaques qui échouaient aux pédophiles.

Le croquemitaine, traqueur de chair infantile, peut être un homme qui se donne… assoiffé de tendresse et d'amour. Celui, que l'on nomme l'ogre, devient même parfois un ami par excellence, un modèle, un héros pour l'enfant, contre vents et marées. Tel Philippe Sourphères pour Mathieu, onze ans… fils de l'inspecteur Paul Lisaneur :

« — Est-ce que je peux embrasser Mathieu pour lui dire au revoir ? demanda timidement Delta de Céphée (il s'agit du pseudo de Philippe Sourphères).

— Naturellement ! répondit Paul, dans un élan de profonde sincérité.

Philippe ne se contenta pas d'un petit bisou : il prit carrément Mathieu dans ses bras, et le serra contre son cœur, comme pour un adieu. Mathieu sourit de plaisir. » (p. 168)

Ici la thématique de la séduction, du rapt est totalement chamboulée puisque c'est presque l'enfant qui manifesterait le désir d'être kidnappé.

Il faut lire encore « La Friponnière » pour les très nombreuses références culturelles – littéraires, cinématographiques, musicales – disséminées tout au long de l'enquête. Pour les calembours dont l'auteur maîtrise parfaitement le maniement. Pour l'enquête, bien évidemment, hors des chemins battus. La palette du romancier-poète est parfaite.

Avec Didier Denché (je devine un pseudonyme), le romanesque est plus vrai que la vie et la vie vraie peut devenir un roman.

■ La Friponnière, Didier Denché, Éditions Quintes-Feuilles, décembre 2008, ISBN : 9782953288506, illustration de couverture : peinture à l'huile de Mario de Graaf


Du même auteur : Dieu lui-même n'en sait rien

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Révolte chez les sodomites : Les enfants de Sodome à l'Assemblée nationale (1790)

Publié le par Jean-Yves Alt

Sans les pamphlets, on aurait pu croire que les sodomites avaient été absents du débat révolutionnaire, continuant à draguer aux Tuileries pendant que la foule s'agitait.

L'un d'eux, Les enfants de Sodome à l'Assemblée nationale fait partie de la guerre de libelle qui se déroule pendant la tenue des Etats généraux.

Son contenu : Prenant à la lettre la devise du chevalier Florian, les goûts sont dans la nature, le meilleur est celui qu'on a, les bougres décident de convoquer une assemblée générale de l'ordre, sous les marronniers des Tuileries, afin de régler la députation qui devait, à l'Assemblée nationale, demander la parole et faire passer dans la constitution les statuts de l'ordre. Ils sont interrompus par l'arrivée inopinée de la fameuse Tabouret, illustre prétendante à tous les honneurs de la sodomie, bizarrement présentée comme l'égérie des femelles de la Manchette et des tribades ! Pour la faire taire, on la nomme chevalière de l'ordre, et on passe à la nomination d'un bureau élu non par tête, mais par cul.

Suivent les discours des élus M. l'abbé Viennet puis M. De Noailles, qui déclare notamment que l'antiphysique sera une science connue et enseignée dans toutes les classes de la société, alors que jusqu'à présent l'ignorance des siècles l'avait fait envisager comme un jeu illicite de la lubricité. Il s'agit d'anéantir jusqu'au moindre vestige des préjugés, qui, de tout temps, se sont efforcés de nous détruire et ont fait, dans l'ordre, des martyrs dont nous regretterons à jamais la perte.

Suit un hommage à la sodomie sous toutes ses formes, que l'orateur prétend avoir pratiquée en précurseur. Il en vient alors à l'objet de la réunion : ériger les principes débattus par l'assemblée en proposition de loi pour les faire connaître et respecter sur la terre des Francs et probablement en faire adopter la constitution à l'Assemblée nationale parmi laquelle nous comptons tant des nôtres.

L'ordre de la Manchette et tous les chevaliers décrètent donc en sept articles qu'au nom des droits de l'homme, il sera permis à tout chevalier de la Manchette d'user de sa personne. Que ladite chevalerie pourra prononcer des exclusions pour les contrevenants, quoique toute personne puisse quitter son ordre tout comme il sera libre à tout individu d'embrasser le parti des chevaliers de la Manchette. A cette déclaration de libre disposition de son corps style 1789, s'ajoutaient deux paragraphes concernant les maladies vénériennes (notamment la syphilis qu'on ne sait pas guérir), avec notamment l'injonction de soigner la blennorragie qui faisait tant souffrir, ainsi que la demande d'impression d'un traité élémentaire de l'antiphysique et le partage de l'ordre en partie civile, législative et militaire. Vœu est fait d'imprimer aussi ces sept articles et de les placarder aux Tuileries et au Luxembourg, lieux de rencontre des pédérastes.

Bien entendu, l'origine de ce pamphlet est inconnu. Qui l'a écrit. Restif de la Bretonne ? Mirabeau ? On voit mal quelles auraient été leurs motivations. De plus, à qui peut nuire le pamphlet ? S'il avait voulu porter atteinte à l'Assemblée, il aurait été moins précis sur la vie des sodomites et plus graveleux sur celle des constitutionnels, quitte à les diffamer.

Or, rien de cela, d'autant qu'à l'époque, le sexe, on l'a vu, n'avait rien de scandaleux au sens où nous l'entendons encore aujourd'hui.

On pourrait avancer que ce pamphlet profite avant tout d'une situation de liberté, qu'il s'inscrit dans le flot de licence apporté par la vague révolutionnaire. Son objet est plus de dire que de dénoncer. Il a pu être écrit autant par quelqu'un qui désirait dénigrer les sodomites que par un partisan de l'ordre de la Manchette. Il reste que l'auteur est très renseigné sur la vie des infâmes parisiens de l'époque. Il connaît les lieux de rencontre, les grandes figures, et sa liste finale, sans être exhaustive, est bien renseignée.

A-t-on affaire à un policier de l'ancienne patrouille de pédérastie bien au fait du milieu ? Dans ce cas, il aurait beaucoup d'humour ! Finalement, l'origine du pamphlet a peu d'importance. Plus passionnant est ce qu'il révèle à travers cette parodie d'institutionnalisation du vice.

Sous la caricature des revendications transperce en effet l'idée d'un monde où d'autres valeurs pourraient prendre place. La possibilité d'une gestion politique du sexe. Les réformateurs du Code pénal ne pouvaient l'ignorer.


A lire : Les enfans de Sodome à l'assemblée nationale [1790], Anonyme, éditions GayKitschcamp, mars 2005, ISBN : 2908050609


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