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L'homme baroque ou le mouvement comme virtuosité pure

Publié le par Jean-Yves Alt

Le baroque est né de la Renaissance. Il n'en est pas la décadence. Il propose un renouvellement des valeurs. Il décentre. Il n'ouvre pas à un monde sans Dieu mais à un univers infini dans lequel Dieu est partout et l'homme remis à sa juste place.

L'homme baroque prend conscience qu'il peut penser l'univers et, le pensant, comprend que cette pensée le dépasse, ou plutôt, que l'impensable est partie intégrante de l'homme puisqu'elle est la marque irréfutable de l'existence de Dieu.

Balcon du Palais Villadorata – vers 1730

Syracuse – Sicile

Ce balcon est un exemple de l'art baroque, du Sud de l'Italie, qui se déploie avec une verve particulière dans les éléments de décoration sculptée. Comme si la ville entière devenait un décor de théâtre, animé par des grotesques.

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Alix, Enak, une romance en construction

Publié le par Jean-Yves Alt

Pour réaliser le pire, il faut reconnaître qu'Enak est très doué : il se noie régulièrement, tombe encore avec plus d'obstination, tout particulièrement s'il s'agit de tomber aux mains d'ennemis qui en font une monnaie d'échange. Enak est facteur de rebondissement et d'intrigue comme les Dupondt, surtout dans les premiers albums.

 Les tribulations culminent par la faute d'Enak dans « Le dernier Spartiate » (album n°7) : il est esclave, nerveux au point de faire avorter une première tentative d'Alix pour le délivrer. Libéré, il se blesse au pied, tombe en courant, glisse dans les marécages, pour faire une grande chute en escaladant une falaise afin de retomber aux mains de ses poursuivants et d'y entraîner Alix.

 Enak se noie encore dans « Le tombeau étrusque » (album n°8) et perd Héraklion dans « Le dieu sauvage » (album n°9). Mais il est plus remarquable d'observer que ce pire n'est plus tellement de l'ordre des rebondissements de l'aventure que de celui des vicissitudes de la vie à deux.

 Dès « Iorix le grand » (album n°10), blessé sérieusement, fiévreux et délirant, Enak réclame non la bravoure d'Alix, mais son dévouement de tout instant pour l'apaiser et le guérir. Cela n'échappe pas à Iorix qui se moque de ce qu'Alix le dorlote. Si le pire conventionnel culmine avec l'album n°7 « Le dernier Spartiate », le pire psychologique est à son comble dans le n°11, « Le prince du Nil » : Alix y connaît la trahison. Même pas la trahison pour un autre, mais, plus sordidement, pour un mirage de gloire. Enak abandonne Alix : pour arriver plus tôt à Saqqarah en le laissant avec ses cauchemars ; pour festoyer avec Pharaon en le laissant désappointé ; timoré dans sa fuite, il est la cause de l'arrestation, puis de l'esclavage d'Alix. Pis, il doute de lui en acceptant de penser qu'il est voleur et assassin. Saïs, qui est sans aucun doute la femme qui fut la plus amoureuse d'Alix, ce qui lui donne une conscience aiguë du malheur de celui-ci, trahi dans son amour pour Enak, Saïs ne lui envoie pas dire tout son mépris pour sa félonie, sa lâcheté :

« Il a donc suffi qu'un pharaon perdu sur une île t'enivre d'honneurs de luxe pour que tu sacrifies une si longue amitié !... C'est infâme »

Le Prince du Nil, Jacques Martin, Ed. Casterman, 1974, page 32

Ebranlé, Enak ira quand même jusqu'à accepter d'être intronisé successeur de Pharaon sans rien tenter pour son ami. Aussi, lorsqu'ils se retrouvent unis, Alix est-il assez sage et amoureux pour éviter toute explication :

« La joie de te retrouver efface tout, Enak. Oublions ce qui s'est passé et jurons de ne plus en parler. »

Le Prince du Nil, Jacques Martin, Ed. Casterman, 1974, page 45

A quelque chose malheur est bon. Enak est par la suite non seulement de moins en moins maladroit, mais surtout de plus en plus responsable. Pourtant, en face du pire il y avait aussi le meilleur : pour contrebalancer chutes et noyades diverses, Enak savait parfois donner un coup de main et embarrasser en retour les ennemis, sauver son ami des griffes d'un tigre ou de l'hypnose mortelle du mage Rufus, avec beaucoup de détermination comme lorsqu'il menace les soldats de son arc dans « Le tombeau étrusque » (album n°8).

Après la crise du « Prince du Nil » (album n°11), Enak montre de plus en plus de capacité d'initiatives heureuses.

 Dans « Le spectre de Carthage » (album n°13) il soutient et cache, seul dans les mines hantées de gardes mystérieux, Alix empoisonné. Il découvre un morceau d'orichalque alors qu'injustement Alix croit encore à l'une de ses maladresses ; il trouve un abri salvateur à l'orage et à l'explosion finale. Dans « Les proies du volcan » (album n°14), il devient aussi efficace qu'Alix : plein d'idées, de commentaires sur les choses, de conversations et de bons conseils. Le sauvetage, pourtant brillant, qu'Enak fait d'Alix sur le volcan en éruption reste alors une simple péripétie du récit d'aventure en regard de la consistance que prend le personnage lui-même. Alix le donne, c'est la première fois qu'on l'entend dire, comme un habile tireur à l'arc, capable même de transmettre sa compétence à des jeunes guerriers. Et surtout il lui reconnaît une lucidité de jugement sur les hommes – une femme en l'occurrence : Malua, qu'il ne serait pas « raisonnable » de prendre à bord – qui montre un Enak enfin conscient de lui-même, de son ami et des autres.

 Alix fut enlevé par Toraya avant d'enlever Enak. Enak adolescent fut sauvé par Alix d'un serpent dans « La tiare d'Oribal » (album n°4). Enak adulte sauve Alix d'un serpent dans « Les proies du volcan » (album n°14). La symétrie fortuite n'est pas trop formelle : Enak a bien grandi en force et en sagesse. De même, dans « L'enfant grec » (album n°15), s'il tombe toujours, par deux fois, il n'en défend pas moins son ami non pas prosaïquement au plan physique, mais sur celui, plus subtil, de son honneur au point qu'Alix en est tout étonné et doit même le retenir.

L'enfant grec, Jacques Martin, Ed. Casterman, 1980, pages 13 et 14

L'enfant grec, Jacques Martin, Ed. Casterman, 1980, page 45

 Enak devient un homme et certains personnages le sentent bien : le tout jeune Herkios (« L'enfant grec », album n°15) au moment de mourir, malheureux de l'avoir offensé, veut rejoindre le prince d'Egypte qui accourt pour le soutenir. Il semble bien, de même, que le prince Lou Kien (« L'empereur de Chine », album n°17) ait aussi une préférence pour ce prince d'un pays lointain digne de lui. Mais Enak, échaudé, n'oublie plus Alix, même s'il est touché de la détresse, de la solitude et de la maladie de son ami chinois.

L'empereur de Chine, Jacques Martin, Ed. Casterman, 1983, page 28

La maturation d'Enak permet un équilibrage des liens qui confère une séduction où lui-même se trouve en position de protecteur et non plus de protégé.

C'est cette éducation sentimentale qui rend Alix et Enak si attachants parce que les héros ont une personnalité, tout compte fait, assez complexe et évolutive. Peut-être, est-ce renforcé par le fait que les relations d'Alix et d'Enak ne sont jamais formellement traitées puisque les albums illustrent des aventures... la complexité pouvant provenir de l'évolution même de l'auteur dont il a pu avoir plus ou moins conscience ponctuellement dans chaque album. Est-ce pour cela que la maturation des deux héros et leur liaison sont si cohérentes alors qu'elle s'inscrit en vingt albums (pour Jacques Martin seul) et sur de nombreuses années ?

Le projet de Jacques Martin devient compréhensible si l'on pense qu'il dévoile l'évolution naturelle d'un homme qui n'a surtout pas cherché à l'exposer spécialement : la romance d'Alix et d'Enak me paraît être ainsi la qualité majeure de cette BD.


Lire aussi :

Alix, une série culte de Jacques Martin

Alix, une inaptitude troublante à faire le bonheur d'une femme

Alix, favorise ses « favoris »

Sexe couvert dans la BD…


Lire une interview de Jacques Martin réalisée par Gérard Lefort et Mathieu Lindon pour Libération en 1996.

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Alix favorise ses « favoris »

Publié le par Jean-Yves Alt

Pendant qu'Alix crée tant d'ennuis à la gent féminine (lire ici), puisqu'il n'y a que son indifférence à ne pas lui être néfaste, il est beaucoup moins dangereux pour les amis de son sexe. Le malheur même qu'Alix peut parfois porter aux hommes n'a pas le caractère d'échec qu'il a à l'endroit des amitiés féminines.

 Si Alix perd la reine Adrea, il sauve la couronne d'Oribal – qui se révêlera pourtant un mauvais roi dans « La tour de Babel » (album n°16) –, son sosie en négatif, brun de cheveux et de peau.

 Si Alix dans « La Griffe Noire » (album n°5) est la cause de la paralysie du petit Claudius, il fait tout pour le sauver et il y réussit. Tout particulièrement accueillant pour le jeune Héraklion, à la fin du « Dernier Spartiate » (album n°7), on le voit regarder avec un œil et une moue de faune intéressé, Enak jouant avec le pauvre petit, à qui il ne reste rien au monde que leur amitié. A ce compte, il n'est pas étonnant que, réveillés en sursaut, Enak et Héraklion tombés du lit apparaissent nus en haut de l'escalier de la maison d'Alix.

 Mais le plus favorisé d'entre les favoris, c'est Enak. Car Alix est d'autant mieux aimant qu'il fut lui-même aimé dans son adolescence intrépide (« Alix l'intrépide », album n°1) : le noir barbu Toraya le sauve des loups, des hommes de sa tribu qui veulent l'aveugler et des tremblements de terre. En quelques images, Alix trouve bien son protecteur, son antique éraste : Toraya le saisit délicatement dans ses bras, ou de sa poigne vigoureuse ; il s'excuse de l'avoir bousculé pour le sauver de ses ennemis, malheureux sans doute de n'avoir pu être tendre même dans cette situation critique. Il le tire à lui, d'un mouvement énergique, le sauvant d'une mort atroce lorsqu il tombait dans une crevasse : ainsi Alix, maintenu par le cou et le poignet, se retrouve allongé sur le torse du géant à qui il rappelle un fils. Pour parfaire le roman-photos, Alix est enlevé, maintenu par un bras puissant, tête renversée en arrière, ou encore agrippé aux épaules et à la taille de Toraya qui l'emporte dans les airs tel un Tarzan. Mais, en enlevant ainsi son aimé dans un tel transport, en le sauvant de la mort, Toraya meurt lui-même et la face de la BD s'en trouve changée.

D'aimé, Alix va se faire aimant ; d'enlevé, enlevant : à lui maintenant d'emporter Enak dans les airs, avec moins d'enlacements, mais autant d'efficacité pour ravir.

Pour le meilleur et pour le pire.


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Lire une interview de Jacques Martin réalisée par Gérard Lefort et Mathieu Lindon pour Libération en 1996.

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Le culte de Saint Sébastien par Karim Ressouni-Demigneux

Publié le par Jean-Yves Alt

En 1959, Louis Réau, éminent historien de l'art, écrit, dans un ouvrage encyclopédique voué à un grand succès universitaire, qu'il ne reste plus [à saint Sébastien] que le patronage compromettant et inavouable des sodomites ou homosexuels, séduits par sa nudité d'éphèbe apollinien, glorifié par le Sodoma.

Cette observation, non dénuée d'homophobie, n'est pas sans fondement ; les œuvres de la Renaissance, donnant à voir et à imaginer saint Sébastien (martyr romain du IIIe siècle, fêté le 20 janvier), ont exercé un attrait certain sur des spectateurs sensibles à la beauté des hommes ou des garçons.

Au XIXe siècle, de riches Anglais, cultivés et homosexuels, organisaient des voyages en Italie dont le but était d'aller admirer saint Sébastien. Aujourd'hui encore, de nombreuses fêtes ou festivals gays s'organisent autour de ce thème.

Quelle est donc la nature de la séduction exercée sur les homosexuels par la représentation renaissante de saint Sébastien ?

[…] Cette cristallisation homosexuelle sur Sébastien s'explique donc tout d'abord par le souci manifeste des artistes de la Renaissance de représenter le saint sous les traits d'un beau jeune homme, de suggérer un abandon sincère aux flèches comme aux regards, d'associer la nudité et la grâce, d'insister sur le sexe ou le tissu censé le cacher. Pour les amoureux de Sébastien, ce n'est pas sa biographie imaginaire qui importe, ni son rôle dévotionnel, mais cette incarnation figurative apparue vers 1450, date à laquelle Sébastien n'est plus représenté comme un vieillard mais comme un jeune homme, voire un adolescent, indifférent aux flèches qui le martyrisent. Dès lors, un regard profane se pose sur ces œuvres, auxquelles il est reconnu, pour s'en réjouir ou s'en désoler, un effet érogène.

La figure de saint Sébastien devient ainsi un code culturel gay, dont usent tout autant Shakespeare (La Nuit des rois, vers 1599) que, plus tard, et la liste est loin d'être exhaustive, Julien Green (Le Malfaiteur, 1955), Jean Cocteau (Les Archers de saint Sébastien, 1912), Thomas Mann (La Mort à Venise, 1912), Federico Garcia Lorca (Saint Sébastien, 1927) ou le chanteur du groupe rock REM (« Losing my Religion », 1991). Mieux, ce code culturel est également un matériau dont s'emparent nombre d'artistes gays, qui y trouvent une occasion de caresser le corps masculin ; à une certaine époque, même, une occasion licite, un moyen d'éviter la censure.

Plus que celui des peintres ou des sculpteurs, le travail des photographes du XXe siècle est intéressant, qui accentue par un effet de présence l'érotisme intrinsèque de la figure. La série de photographies de Fred Holland Day, qui date de 1906, est à cet égard remarquable, construite comme une suite d'instantanés sur le martyre du saint, incarné par des garçons à peine pubères. Les Saint Sébastien de Raymond Voinquel (1946) ou de Pierre et Gilles (1985) sont plus orthodoxes et, partant, plus pervers. Respectant à la lettre l'iconographie religieuse de la Renaissance, ils la détournent par l'actualisation de la technique, qui, pour le spectateur, signale que le beau jeune homme photographié n'est pas destiné à être pieusement prié.

Cette mise à plat du mythe est également le ressort du film du réalisateur gay Derek Jarman (Sebastiane, 1976). Tourné entièrement en latin, sous un soleil écrasant, il est fidèle au récit canonique, mais le simple changement de perspective qu'il induit rend homoérotiques tout un ensemble de situations, comme le contexte militaire dans lequel évolue Sébastien, agencées à l'origine pour exalter le statut de « soldat du Christ » octroyé au saint.

Sa biographie imaginaire, d'ailleurs, recèle nombre de péripéties qui se prêtent opportunément au double sens homosexuel. Néanmoins, nul autre événement que son premier martyre, la sagittation (supplice par les flèches), n'a plus enchanté les imaginations gays. Outre l'exaltation de la chair que sa résistance aux flèches impose, cette sagittation, que la Renaissance avait métaphorisée comme la preuve que saint Sébastien résistait à la peste, a pu, pour des artistes homosexuels contemporains, symboliser le sadomasochisme ou les atteintes de cette peste moderne, le sida (voir par exemple la performance de l'artiste américain Ron Athey en 1994, HIV: AIDS Odyssey). Cette plasticité de la « forme saint Sébastien » est un des éléments qui fondent la permanence de son succès, en tant que code culturel et en tant que sujet ; c'est d'ailleurs l'exemple rare d'une iconographie chrétienne encore vivace quoique trahie.

Karim Ressouni-Demigneux

■ in Dictionnaire des cultures Gaies et Lesbiennes, sous la direction de Didier Eribon, éditions Larousse, 2003, ISBN : 2035051649, page 417 (extrait)


Lire aussi : Mon regard sur des œuvres représentant saint Sébastien :

André, Félix [Photographie]

Fosso, Samuel [Photographie]

Witkin, Joël Peter [Photographie]

Sculpture anonyme [Abadia – Portugal]

Sculpture anonyme [Châtillon sur Seine]

Sculpture anonyme fin XVe [Colmar]

Sculpture anonyme du XVIe [Strasbourg]

Retable anonyme du XVIe [Strasbourg – Musée de l'Œuvre Notre Dame]

Giorgetti, Antonio Sculpture du XVIIe

Sculpture anonyme du XVIIe [Nancy – Musée Lorrain]

Sculpture du XVIIe attribuée à Abraham Gaspard [Nancy – Musée Lorrain]

Sculpture anonyme fin XIXe [Kaysersberg]

Vitrail du début XVIe [Colmar]

Canivet du XVIIe

Enluminures des XVe et XVIe siècles

Peinture anonyme (deuxième quart du XVIe) [Cathédrale de Strasbourg]

Peinture anonyme du XVIIe [Eglise de Joinville-en-Vallage – 52]

Antonello da Messina

Baldung, Hans (peinture à l'huile)

Baldung, Hans (gravure)

Bellis, (De) Antonio

Bigot, Trophime [attribution incertaine]

Buraglio, Pierre

Caïro, Francesco

Cariani, Giovanni

Cima da Conegliano

Coebergher, Wenceslas

Courmes, Alfred

Delacroix, Eugène

Dürer, Albrecht

Gentile da Fabriano, Francesco

Kikojo

La Tour, (De) Georges, 2e article

Le Sueur, Eustache

Maître de la Sainte tribu [Cologne]

Mantegna, Andrea

Moreau, Gustave

Nazario (Aurelio Gomez Reverte)

Nema, Alexis

Pollaiolo, (Del) Antonio et Piero

Régnier, Nicolas

Reni, Guido, 2e article

Ribo, Enrique

Vannucci, Pietro (Le Perugin)

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Alix, une inaptitude troublante à faire le bonheur d'une femme

Publié le par Jean-Yves Alt

Les BD d'Alix donnent l'occasion d'une trouble délectation des images autant que les meilleurs maniéristes du XVIe ou les plus pervers pompiers du XIXe siècle. Pourtant, ces plaisirs restent bien anecdotiques, même si on peut toujours être émoustillé de quelque nudité entrevue.

Est-ce timidité de sa jeunesse : de toute façon, les femmes sont peu nombreuses dans le cycle aventureux d'Alix et elles tardent surtout à apparaître dans le cercle étroit de ses relations, puisque la première rencontre féminine se situe dans «Le dernier Spartiate», septième album de la série.

Et surtout, les échecs plus ou moins dramatiques de ces liaisons témoignent d'une inaptitude troublante à faire le bonheur d'une femme. Pis, il en fait souvent le malheur.

 Dans « Le dieu sauvage » (album n°9), Alix ruine non seulement toute l'ambition de la reine Adrea de chasser de Grèce tous les occupants romains, mais il en provoque la mort à rebondissements, une première fois selon toutes les apparences, dans l'effondrement de la citadelle Spartiate, et une seconde fois, qui sera la bonne, par les réactions mi-jalouses, mi-haineuses d'Héra envers Alix. Pourtant la reine, par deux fois, s'était opposée au général de son armée pour sauver Alix, puis Enak, malgré le cauchemar prémonitoire où le jeune homme la précipitait dans un « immense brasier ». Pourtant, après l'avoir libéré, elle lui avait offert le préceptorat de son fils. Elle avait même été jusqu'à lui proposer d'être prince – c'est-à-dire jusqu'à le demander en mariage. « Si tu n'as pas la reconnaissance du cœur, aie au moins celle du corps », lui dit-elle une fois : il n'a eu ni l'une... ni l'autre…

 Dans « Iorix le Grand », (album n°10), Ariela regagne son village gaulois avec Alix qui la protège et la tient même dans ses bras : ce n'est pas sans que Iorix, jaloux, l'ait prévenue qu'elle n'a rien à attendre d'un homme dont le seul compagnon est ce garçon qu'il dorlote dans son chariot.

 Dans « Le prince du Nil » (album n°11) Saïs qui est sacrilège et meurtrière, qui s'oppose à son frère le pharaon pour sauver Alix, n'est récompensée que d'un conventionnel Tu es merveilleuse et d'une embrassade embarrassée. Au moment des adieux, Alix et Enak, « trop occupés par eux-mêmes pour percevoir sa présence », la laissent partir sans plus d'attention : elle tombera morte du char qui l'éloigne d'Alix.

Le Prince du Nil, Jacques Martin, Ed. Casterman, 1974, page 21

 Dans « Le fils de Spartacus », (album n°12) La petite Sabina connaît vraiment la tristesse après avoir quitté Alix quoiqu'elle lui ait fait promettre de revenir en tendant sa main une dernière fois pour le toucher encore. Sans doute n'a-t-elle pas grande illusion sur le fait du serment que lui prête Alix.

 Dans « Le Spectre de Carthage », (album n°13) Samthô, à l'image de Salammbô, est aussi sacrilège pour sauver le jeune Romain qui l'a un peu draguée en lui parlant de la douceur de ses mains et du ciel de Rome comme un vulgaire amant sans imagination. En l'aidant à s'enfuir, elle fait une chute mortelle sans qu'il s'en aperçoive tout de suite car il est parti en avant, boudeur, parce qu'elle hésitait à satisfaire sa curiosité.

 Dans « Les proies du volcan », (album n°14) Malua se berce de l'illusion de ne plus quitter les deux amis et de partir avec eux jusqu'à ce que ceux-ci prennent la mer sans elle, la conscience pure et confortée par les arguments solidement réalistes d'Enak qui ne voit pas cette pseudo-polynésienne à Rome.

 Dans « L'enfant grec » (album n°15), d'Archeloüs/Archeola ne peut même pas prétendre à un peu de tendresse. Elle trahit son père, dévoile ses manigances devant tout Athènes, montre les secrets de son entreprise à Alix qu'elle sauve d'une mort horrible dans les fours de la poterie sans réussir à éveiller même la sympathie du jeune homme. Au vrai, il n'aime sans doute pas les «folles» ; Alix et Enak n'apprécient guère qu'un garçon – puisqu'effectivement on la fait passer comme tel pour des raisons d'héritage – se travestisse en fille, danse et rie avec des hi ! hi ! aussi affectés.

L'enfant grec, Jacques Martin, Ed. Casterman, 1980, page 14

 Dans « La tour de Babel » (album n°16), Alix sauve de l'esclavage Marah qui meurt d'une morsure de serpent en courant imprudemment pour le protéger.

La tour de Babel, Jacques Martin, Ed. Casterman, 1981, page 45

Jusqu’à l'album n°16, il n'y a qu'une seule femme à s'en bien tirer : Lydia, (« Le tombeau étrusque », album n°8). Parce que, malgré la confiance qu'elle place en Alix, leur relation reste très conventionnellement sage ; Lydia ne s'estimant pas réduite à succomber au charme d'Alix dès qu'elle le voit.


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Lire une interview de Jacques Martin réalisée par Gérard Lefort et Mathieu Lindon pour Libération en 1996.

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