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Yoga, Kâma : Le corps est un temple, Alain Daniélou

Publié le par Jean-Yves Alt

Alain Daniélou a vécu quinze ans au Rewa Kethi, un palais au bord du Gange. Parti pour l'Orient avec un ami, il n'en est revenu que vingt ans plus tard. Dans un magnifique récit autobiographique "Le chemin du labyrinthe", il racontait sa vie de jeune bourgeois catholique rompant les amarres pour vivre, dans des terres étrangères, son homosexualité et sa passion de l'Orient.

Être proche du divin

Pour comprendre le yoga et ses techniques, il est essentiel de se rappeler que le mouvement incessant de la pensée cérébrale constitue le brouillard qui nous masque le divin. Les plaisirs du goût, de l'odorat, du toucher, de la vue, de l'ouïe, du sexe peuvent conduire par contre à une perception de l'harmonie divine à travers les êtres et les choses.

Beaucoup de livres ont été écrits sur le yoga. C'est un bon marché ! Si je recommande celui-ci, c'est que son auteur sait de quoi il parle. Médium entre deux cultures (jeune Français catholique conscient de ne pas «être» pleinement lui-même, Alain Daniélou quittera l'Europe pendant plus de vingt ans à la recherche d'une autre culture très proche de ses aspirations), l'auteur (mort en 1994) a commencé par apprendre : il connaissait le sanskrit et parlait l'hindi parfaitement.

Son livre est une somme jamais racoleuse. Dans cet ouvrage, on retrouve ses études antérieures complétée par toutes les connaissances nouvelles ou plus précises que sa vie au milieu des hindous lui a permis de recueillir. Loin de toute vulgarisation abusive, "Yoga, Kâma : Le corps est un temple" est un ouvrage capital. Il est plus que didactique, il offre la philosophie qui peut nous rapprocher d'une connaissance intérieure de nous-mêmes.

J'ose utiliser un mot galvaudé : c'est de la conquête du bonheur qu'il s'agit. Une tranquille victoire qui passe par les sens, les intensifie mais ne les emprisonne pas dans la seule course aux plaisirs.

■ Yoga, Kâma : Le corps est un temple, Alain Daniélou, éditions Kailash, 2005, ISBN : 2842681312


Du même auteur : Le bétail des dieux et autres contes gangétiques


Lire un article de l'hebdomadaire Le Point du 24 juin 2010 : Alain Daniélou accusé par son dernier disciple d'avoir trahi l'hindouisme

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Nicholas Nixon et le sida

Publié le par Jean-Yves Alt

C'est en 1987, que le photographe Nicholas Nixon décide de contacter des malades du sida, par l'intermédiaire d'un comité d'action. Quelques personnes acceptent alors d'être régulièrement photographiées, mois après mois, chez elles ou à l'hôpital.

Si elles sont souvent dures, ces photos ne donnent pas dans le sensationnel : elles sont intimes, montrant les malades seuls ou avec leurs familles.

Parfois, comme dans cette première photographie présentée, le malade pose avec défi, torse nu.

Pour exister, une catastrophe doit-elle passer par l'image ?

« Faire face au sida, consiste d'abord à s'habituer à son aspect », pourrait être la conviction de Nicholas Nixon. A quoi sert de recouvrir une ville d'autocollants "Silence = Mort" si on n'ose regarder un malade du sida en face ?

Ce malade pourrait être vous. Il sera peut-être vous. Et la vie ne s'arrête pas avec un diagnostic.

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Homophobie, peur de l’équivalence entre homo et hétérosexualité

Publié le par Jean-Yves Alt

Dire « pédé », « enculé »… rappelle la hiérarchie des sexualités, et renvoie l’homosexuel à sa place.

Celui qui profère ces mots fait entendre que l’homosexuel ne peut pas partager son univers. Que l’homosexuel ne peut avoir les mêmes droits. C’est ce que clame haut et fort l’insulte. L’exclusion.

« Pédé », « enculé »… ne sont pas que des mots. Car ces mots véhiculent une histoire. Celle de la persécution, de la justification théologique, psychanalytique, psychiatrique. La justification de la mort même des gays et des lesbiennes.

On commence à percevoir maintenant l’homophobie comme un discours de haine alors qu’auparavant elle était nécessaire, indispensable dans l’éducation, particulièrement dans celle des garçons : « être un homme c’est surtout ne pas être une femme, ne pas être un pédé ». Cela fait encore partie de l’éducation de l’homme, du masculin.

Il y a une tyrannie du silence. Les hétérosexuels qui vont chaque jour à leur travail restent hétérosexuels, ils n’y pensent pas, ils sont simplement normaux, ils n’ont pas comme on dit d’« orientation sexuelle » ; seuls les gays et les lesbiennes en ont une. Quand les hétérosexuels sont sur leur lieu de travail, ils parlent de leur mari, de leur femme, ils ont une alliance au doigt… ils s’identifient constamment en tant qu’hétérosexuels par de petits mots codés dont ils n’ont même pas conscience.

Les homosexuels font ce qu’ils veulent dans leur vie privée mais ils ne peuvent se manifester en tant que tel : on tolère leur homosexualité sous condition que cette homosexualité ne soit pas dans l’espace public.

L’homophobie ne serait-elle pas aujourd’hui la peur de l’équivalence entre homosexualité et hétérosexualité ?

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Alex Barbier : un romantisme brutal et sensuel

Publié le par Jean-Yves Alt

Dans la bande dessinée Lycaons, Alex Barbier m'entraîne dans une ambiance trouble imprégnée de violence et d'érotisme.

Pas de remplissage anecdotique dans ses vignettes d'une remarquable sobriété : Alex Barbier montre sans ménagement des pièces vides, abandonnées, que n'arrivent pas à habiter les personnages, des hommes le plus souvent, solitaires, repliés, isolés, presque en marge de ces espaces rigoureusement structurés.

Dans ces mondes clos affleure le désespoir de ces hommes, trônant dans le désordre de draps défaits, chairs dénudées en attente, exacerbation d'un désir livré à l'état brut.

Souvent une ouverture, une fenêtre vient briser cet enfermement. Mais le paysage entrevu, qu'animent de subtiles nuances de lumière, me paraît bien inaccessible : j'assiste, inquiet et subjugué, aux drames intimes qui me sont davantage suggérés qu'imposés.

Alex Barbier – Lycaons – 1978

Paru dans Charlie Hebdo n°118, novembre 1978

Réédité en 2003 aux éditions FRMK, ISBN : 2930204419, page 126

Sensitive, la peinture d'Alex Barbier est empreinte d'un romantisme qui n'a rien de mièvre : brutale, efficace et d'une extrême sensualité, elle me fait pénétrer dans un univers apparemment paisible où toutefois violence et folie sont prêtes à émerger.

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Années 70 : avec Jean-Paul Aron, un pavé dans la mare...

Publié le par Jean-Yves Alt

« Les événements de 68 ne créent rien mais dévoilent des représentations sourdement mûries depuis l'envol de la civilisation d'abondance : du pluriel ; de l'éclatement ; du corps épanoui et battant.

En France le sexe ronge son frein dans les fers alors qu'il s'émancipe par tout l'Occident. En novembre 1968, éberlué, j'assiste à New York, dans Soho, pas encore « in » mais dangereux à traverser de nuit, au spectacle Dyonisus Sixty-Nine, d'après les Bacchantes d'Euripide. Les acteurs du « Performance Group » y jouent dévêtus, accueillant dans cet appareil, pour les conduire à leurs sièges, les participants à une liturgie barbante. Célébration d'un corps sublimé, bientôt exporté en Europe où, en 1969, Paris acclame Hair, le rite du nu se galvaudant dans les comédies musicales sans y gagner en piquant, car ici, comme dans les sex-shops, l'érotisme est aliéné par le discours.

Les équivoques de Mai 68, de la licence coalisée à l'ascèse, s'exaspèrent dans le militantisme sexuel. J'ai parlé de l'acte de naissance du FHAR dans le numéro 12 de Tout, journal de Roland Castro. L'homosexualité s'affiche et se banalise par le double truchement de l'idéologie et des lieux - bars, boîtes, clubs, saunas, cinémas -, où la baise est de rigueur, à la mode américaine, dans des salles réservées nommées « backrooms », les ténèbres y figurant le dernier rempart du tabou.

C'est l'époque où les femmes se croisent pour raccorder la dignité à leur désir, à l'instar de l'homme, lui ôtant les brevets de la galanterie et de l'initiative. Elles profitent, d'une conjoncture idoine, de la démystification de l'amour qui s'affranchit à force de désamorcer ses attraits. En 1974, pour réclamer une jouissance sans entraves, elles sont 343, bénies par le MLF, à se vanter dans un manifeste d'avoir volontairement interrompu leur grossesse.

Les deux sexes engagent une lutte pour une reconnaissance mutuelle qui ébranle les interdits en abaissant l'âge des étreintes. Le milieu populaire où la classe dominante avait réussi à implanter ses censures se déculpabilise en cadence des milieux nantis. En 1974, Giscard, à peine élu, ramène de vingt et un ans à dix-huit l'âge de voter et de disposer de sa personne. En 1976, par la légalisation de l'avortement, toutes les femmes sont officiellement conviées au plaisir.

Occasion pour les hommes de faire valoir réciproquement leur droit à la beauté, autrefois ratifié par l'aristocratie et froidement aboli par les bourgeois d'après la Révolution. »

Jean-Paul Aron

■ in Les Modernes - chapitre Mars 1972. L'Anti-Œdipe, Editions Gallimard/Folio Essais, 1986, ISBN : 2070323706

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