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Introspection par Nina Bouraoui

Publié le par Jean-Yves

« Je viens vous voir parce que j'ai des mauvaises pensées. Mon âme se dévore, je suis assiégée. Je porte quelqu'un à l'intérieur de ma tête, quelqu'un qui n'est plus moi ou qui serait un moi que j'aurais longtemps tenu, longtemps étouffé. Les mauvaises pensées se fixent aux corps des gens que je désire, je me dis que l'histoire des tueurs commence ainsi, cela prend la nuit, jusqu'au matin. »


Mes mauvaises pensées, Nina Bouraoui, Editions Stock, 24 août 2005, ISBN : 2234057981, Prix Renaudot 2005


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L'après-mai des faunes : préface de Gilles Deleuze (1/4)

Publié le par Jean-Yves Alt

Personne ne peut y échapper, ni l’auteur du livre, ni l’éditeur, ni le préfacier, la vraie victime, bien qu'il n'y ait nul besoin de préface. C'est un gai livre. Il aurait pu s'appeler : Comment des doutes naquirent sur l'existence de l'homosexualité ou bien personne ne peut dire « Je suis homosexuel».

Signé Hocquenghem

Comment en est-il venu là ? Évolution personnelle, marquée dans la succession et le ton divers des textes de ce livre ? Révolution collective liée à un travail de groupe, à un devenir du FHAR (*) ? Évidemment ce n'est pas en changeant, en devenant hétérosexuel par exemple, qu'Hocquenghem a des doutes sur la validité des notions et des déclarations. C'est en demeurant homosexuel for ever, en le restant en l'étant de plus en plus ou de mieux en mieux, qu'on peut dire « mais après tout personne ne l'est ». Ce qui vaut mille fois mieux que la plate et fade sentence d'après laquelle tout le monde l'est, tout le monde le serait, pédé inconscient latent. Hocquenghem ne parle ni d'évolution ni de révolution, mais de volutions. Imaginons une spirale très mobile : Hocquenghem y est en même temps à plusieurs niveaux, à la fois sur plusieurs courbes, tantôt avec une moto, tantôt en défonce, tantôt sodomisé ou sodomisant, tantôt travesti. A un niveau il peut dire oui, oui je suis homosexuel, à un autre niveau non ce n'est pas cela, à un autre niveau c'est encore autre chose. Ce livre ne répète pas le livre précédent, le Désir homosexuel, il le distribue, le mobilise tout autrement, le transforme.

Première volution. Contre la psychanalyse, contre les interprétations et réductions psychanalytiques - l'homosexualité vue comme rapport avec le père, avec la mère, avec Œdipe. Hocquenghem n'est contre rien, il a même écrit une lettre à la mère. Mais ça ne marche pas. La psychanalyse n'a jamais supporté le désir. Il faut toujours qu'elle le réduise et lui fasse dire autre chose. Parmi les pages les plus ridicules de Freud, il y a celles sur la «fellatio» : un désir si bizarre et si «choquant» ne peut valoir pour lui-même, il faut qu'il renvoie au pis de la vache, et par là au sein de la mère. On aurait plus de plaisir à suçoter un pis de vache. Interpréter, régresser, faire régresser. Ça fait rire Hocquenghem. Et peut-être y a-t-il une homosexualité œdipienne, une homosexualité-maman, culpabilité, paranoïa, tout ce que vous voulez. Mais justement elle tombe comme le plomb, lestée par ce qu'elle cache, et que veut lui faire cacher le conseil de famille et de psychanalyse réunies : elle ne tient pas à la spirale, elle ne supporte pas l'épreuve de légèreté et de mobilité. Hocquenghem se contente de poser la spécificité et l'irréductibilité d'un désir homosexuel, flux sans but ni origine, affaire d'expérimentation et non d'interprétation.

On n'est jamais homosexuel en fonction de son passé, mais de son présent, une fois dit que l'enfance était déjà présence qui ne renvoyait pas à un passé. Car le désir ne représente jamais rien, et ne renvoie pas à autre chose en retrait, sur une scène de théâtre familial ou privé. Le désir agence, il machine, il établit des connexions. Le beau texte d'Hocquenghem sur la moto : la moto est un sexe. L'homosexuel ne serait pas celui qui en reste au même sexe, mais celui qui découvre d'innombrables sexes dont nous n'avons pas l'idée ? Mais d'abord Hocquenghem s'efforce de définir ce désir homosexuel spécifique, irréductible - et non pas par une intériorité régressive, mais par les caractères présents d'un Dehors, d'un rapport avec le Dehors : le mouvement particulier de la drague, le mode de rencontre, la structure « anulaire », l'échangeabilité et la mobilité des rôles, une certaine traîtrise (complot contre sa propre classe, comme dit Kiossowski? : « on nous a dit que nous étions des hommes, nous sommes traités comme des femmes ; oui, pour nos adversaires, nous sommes traîtres, sournois, de mauvaise foi : oui, dans toute situation sociale, à tout moment, nous pouvons lâcher les hommes, nous sommes des lâcheurs et nous en sommes fiers »).

L’après-mai des faunes de Guy Hocquenghem, préface de Gilles Deleuze, Grasset, collection Enjeux, 1974, ISBN : 2246000807

* FHAR : Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire : mouvement radical revendiquant le droit à l'homosexualité pour les deux sexes fondé par Françoise d'Eaubonne et Guy Hocquenghem en 1971

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Un amour de Swann, un film de Volker Schlöndorff (1983)

Publié le par Jean-Yves

Quand on a lu et relu "A la recherche du temps perdu", quand on porte sur la rétine de l'imaginaire, la blondeur altière de la duchesse de Guermantes, la minceur élégante de Swann, une Miss Sacripant devenue Odette de Crécy, grande rousse osseuse au profil proéminent (transformée par le mariage, plus tard, en une blonde moelleuse), quand il est impossible de donner un physique au narrateur, ce Marcel de la coulisse, voyeur, écrivain, peut-on se réjouir d'une adaptatation cinématographique du roman de Proust ?


Volker Schlöndorff a osé... ce travail difficile. C'est que l'œuvre de Proust présente une vision du temps où s'imbriquent passé et présent, et parfois avenir. Les personnages vieillissent, rajeunissent (ne voit-on pas Albertine, au gré du désir du narrateur, se transformer de toute jeune fille aux grosses joues roses et aux cheveux roux en brune émaciée au teint cireux ?) parce qu'ils sont contenus dans ce qui est l'essentiel du roman, un immense mouvement passionnel de la mémoire.


Schlöndorff, pour vaincre l'absence de véritable structure de récit, a choisi "Un amour de Swann", qui est une sorte de roman dans le roman. Schlöndorff a aussi choisi de concentrer sa mise en scène sur une seule journée de 1885 parce qu' "Un amour de Swann" est la seule enclave du roman qui dessine un temps véritable, c'est le temps d'une passion, la cristallisation de l'amour de Swann pour Odette, les affres de la jalousie qui conduisent Swann au mariage.

Plus tard, le lecteur retrouvera cette Odette installée dans le grand monde, tenant salon ; plus tard encore, elle s'affine dans la vie mondaine tandis que Swann, peu à peu, se déprend d'elle. Nous la suivrons dans ses métamorphoses, veuve, remariée à Forcheville, puis, plus tard encore, maîtresse du duc de Guermantes. Sa fille Gilberte Swann épousera Saint-Loup, neveu de monsieur de.Charlus et des Guermantes.

En choisissant l'épisode "Swann", Schlöndorff réduit considérablement l'histoire des personnages.


Par exemple, Charlus n'est, dans "Un amour de Swann" qu'un personnage secondaire, grand ami de Swann, amant supposé d'Odette dans le passé. Il n'est pas encore le superbe inverti, l'homosexuel "officiel" qu'il deviendra dans la suite du roman. C'est là tout l'art de Proust qui ne décrit pas ses personnages mais les fait découvrir par le lecteur, progressivement, à travers le discours d'autres personnages et selon les nouveaux éléments du récit et de son suspense.


Schlöndorff a donc dû "épaissir" le rôle de Charlus joué par Alain Delon en greffant sur son apparition dans "Un amour de Swann" des épisodes de sa vie que nous connaîtrons plus tard mais qui "existent" déjà mais ne sont pas connus, d'après le système narratif fragmenté et ralenti cher à Proust.


Charlus est tout au long de "La recherche" un personnage de premier plan. Loin des jérémiades ou de l'illusion, Proust a montré un homosexuel dans sa plus forte véracité, un homosexuel de son temps bien sûr, mais qui, par nombre d'aspects, pose l'éternité psychologique de l'homosexualité. Il est le premier écrivain à avoir su réunir des images apparemment discordantes. Le baron de Charlus, c'est l'inverti avide d'amour (cf. tous les magnifiques passages avec Morel), c'est aussi le dragueur de tous les instants, le masochiste qui se fait enchaîner dans un bordel et demande le fouet à des soldats ou des ouvriers. Proust n'a pas craint de dire que l'homme n'est ni grand, ni vil, mais tout simplement multiple, sensuel, obsédé, pervers mais délicat, douloureux, érudit...



"La recherche", à mesure que le temps s'écoule, nous dévoile que la plupart des hommes avaient du goût pour les garçons. Proust a traqué toutes les formes d'homosexualité, dans tous les milieux sociaux.


Je crains que le film de Schlöndorff ne réduise le roman de Proust (pour les spectateurs ne connaissant pas l’œuvre écrite) à cet "extrait filmé" qui ne traduit pas l'apport considérable que l'auteur a introduit dans l'univers romanesque quant à ce qu'on appelait alors l'inversion.


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Des mains telles que je les rêve...

Publié le par Jean-Yves


J'ai toujours été attiré par les différentes gestuelles de Bouddha.

Je sais aussi que chacune d'elles a une signification précise que l'adepte, que je ne suis pas, peut identifier.

Je suis en fait admiratif, avec ces statuaires, aux «performances» corporelles présentent dans les différentes attitudes du Bouddha et plus particulièrement dans celles des mains.

Je rêve pour mes propres mains, cette délicatesse, telle celle que je vois là, dans ce grand (bronze de plus de 4 mètres de haut) Bouddha Amitâbha du 18e siècle provenant du Japon et exposé au Musée Cernuschi à Paris.











J'ai essayé de nombreuses fois, devant un miroir, d'imiter cette délicatesse avec mes propres mains... sans "vrai" succès, l'artiste ayant eu la sagesse de ne pas représenter le réel humain.


Dans la photographie, de la main ci-contre, je me suis amusé, pour une question d'esthétique de cet article, à réaliser une symétrie horizontale de la main droite du Bouddha, donnant l'impression de sa main gauche.









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Malade de la langue

Publié le par Jean-Yves

« L’incapacité de tout dire n’est pas une maladie, c’est “la” maladie, qui produit d’autres maladies : apparemment on est malade de l’estomac, du cœur, de l’intestin, en réalité on est malade de la langue.


La langue est le rapport entre le fils et sa mère, et par extension entre l’homme et tout. C’est ce rapport qui en réalité est malade.


Comme la langue est un rapport, la maladie est épidémique : nous vivons plongés dans la maladie, et transmettons la maladie en transmettant la langue : la langue est le virus de cette maladie qu’on appelle l’homme. »


Ferdinando Camon


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