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Naît-on homme ou femme ou le devient-on ?

Publié le par Jean-Yves

L'auteur, s'appuyant sur ses connaissances constructionnistes, dénonce « la fausse et criminelle équation sexe = genre, la plus belle invention du patriarcat sexiste pour dominer les femmes. »


Précisions : le constructionnisme s'appuie sur l'idée que le genre (terme correspondant à l'anglais « gender », difficile à traduire en français) est un concept social qui dès la naissance, est employé inconsciemment la plupart du temps pour séparer les enfants en deux groupes sociaux bien distincts : garçons et filles. Cela ne met pas en cause, bien évidemment, le fait qu'il existe, d'un point de vue biologique, deux sexes ; sans oublier pourtant que même au stade biologique, nombre de combinaisons sont possibles, comme le cas des individus « intersexuels » (environ 1 % de la population) parfois considérés comme des « ratés » de la nature ou au mieux des handicapés, alors qu'ils sont tout simplement nés « différents »...


Le genre qui s’impose par les habitudes sociales dès la naissance n'est pas le sexe, mais un rôle, une façade que les normes et les traditions distribuent dans certains cas arbitrairement ; ce qui a pour effet d’amplifier la binarité homme / femme. L'enfant est vu dès sa naissance comme garçon ou fille avant même de le considérer comme un individu ; il est ainsi enfermer dans un comportement pré-formaté : les petites filles jouent à la poupée, les garçons au foot… Les femmes font le ménage et la vaisselle, les hommes vont à la chasse ; les femmes accouchent des enfants, les hommes d'œuvres… avec toutes les dérives déplorables connues et qui, aujourd'hui encore, entravent les efforts de parité. La « police du genre » va encore plus loin en assimilant sexe, genre et orientation sexuelle, elle impose ainsi une norme hétérosexuelle dominante et un modèle familial qui sanctionne moralement les comportements qui n'entrent pas dans cette norme (quand on sait qu'environ 10 % de la population est homosexuelle, on imagine les ravages que cette norme peut engendrer !)


La dictature au quotidien

Ce que Georges-Claude Guilbert, [adepte du constructionnisme anglo-saxon], nomme « la dictature du genre » est ainsi décortiqué avec de nombreux exemples pris dans la vie quotidienne et commentés avec habileté. « Pour les constructionnistes, l'être humain se différencie de l'animal grâce au langage, à la création artistique, à la religion, au meurtre gratuit éventuellement, mais surtout grâce au fait qu'il est moins assujetti à ses instincts que l'animal, notamment et surtout en matière de genre et de sexualité. (...) Et les constructionnistes remettent sans cesse en question tout rôle, tout attribut, tout mode de pensée traditionnellement considéré comme féminin ou masculin. » Face à eux, les « essentialistes » (ou « différentialistes ») qui croient à toutes sortes de différences innées entre les filles et garçons. Retour à l'éternel débat qui oppose l'inné et l'acquis, la prédétermination et le libre arbitre...


L'auteur dénonce aussi les nombreuses femmes qui participent avec ferveur au renforcement de leur propre esclavage, complices, souvent inconsciemment, d'une société où hommes et femmes féministes sont parfois considérés comme des illuminés ou des empêcheurs de tourner en rond. Les femmes qui acceptent l'oppression patriarcale sont, pour l’auteur, « traîtresses à la cause des femmes » mais aussi les victimes d'un grand « lavage de cerveau ». Pour lui, l'un des pires exemples, après Christine Boutin, de complicité active favorisant l’oppression des femmes, est l’auteur Ellen Willet, qui a publié en 2002, « Les hommes, les femmes etc. » un ouvrage grand public destiné à prouver que si les hommes et les femmes se comportent différemment, c'est bien parce que c'est leur nature en s'appuyant sur tous les poncifs existants et autres stéréotypes...


C'est pour un garçon ou pour une fille ? La Dictature du genre de Georges-Claude Guilbert, Éditeur : Autrement, mai 2004, Collection : Frontières, ISBN : 2746705060


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Qu'est-ce qui se cache derrière l'homophobie ?

Publié le par Jean-Yves

Le terme d'homophobie est couramment utilisé pour exprimer qu'ON N'AIME PAS les homosexuels.

 

Le terme PHOBIE fait référence à une crainte excessive ou à une peur instinctive. Alors pourquoi ce "raccourci" où l'on parle de peur pour des choses qu'on n'aime pas ?

 

* Soit derrière l'homophobie, se cache de la peur : Les propos homophobes ne seraient-ils pas alors le signe de cette peur. Peut-on interdire à quelqu'un de la ressentir ? En "interdisant" ces propos, la violence née de cette peur diminuera-t-elle ?

 

* Soit derrière l'homophobie, se cache seulement le signe qu'on n'aime pas les homosexuels : alors une interdiction des propos homophobes risque de n'avoir aucun effet car très peu de gens supportent qu'on leur dise ce qu'il faut aimer ou ce qu'on a tort de ne pas aimer.

 

L'intention de réprimer les propos homophobes est-elle bonne ?

 

J'espère seulement que les effets ne seront pas contraires à ce qu'on en attend.

 

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Contre une loi pour punir les propos homophobes

Publié le par Jean-Yves

JURISTE ET CHERCHEUSE AU CNRS, MARCELA IACUB S'OPPOSE À UN DÉLIT D'HOMOPHOBIE, QUI CONSTITUERAIT UNE ÉNIÈME MESURE RÉPRESSIVE.

 

Têtu : Que pensez-vous d’une loi contre l'homophobie?

 

Marcela Iacub : Je suis absolument contre une loi qui punirait les propos homophobes. Quelle que soit sa formulation, je défends la liberté d’expression la plus totale, et je trouve que la France n’est pas assez respectueuse de ce droit. De plus, je considère comme une grave erreur politique de la part du mouvement gay, transsexuel et transgenre de penser qu'il va améliorer sa condition par de telles mesures et de dépenser son énergie pour obtenir l'adoption d'une mesure essentiellement répressive. Il devrait plutôt se consacrer à l’obtention de nouveaux droits, tels que le droit au mariage, à la filiation, à la disparition de la mention du sexe à l'état civil. Voilà des combats d'une grande ampleur, susceptibles de donner à ce mouvement un caractère révolutionnaire qu'il a malheureusement perdu aujourd'hui. Je trouve désolant - et même un peu fascisant - qu'il prenne les allures d'un mouvement de résistance pour demander à un gouvernement fondé sur la répression policière encore un peu plus de répression policière.

 

Têtu : Comment répondre aux besoins de réparation des victimes ?

 

Marcela Iacub : Le seul fait que vous posiez cette question montre à quel point cette revendication se mêle à ce qu'il y a de plus scandaleux dans la politique actuelle du gouvernement. L'idée que la peine est un moyen de permettre à la victime de dépasser ses «traumatismes» a abouti à ce que l'on condamne de plus en plus de psychotiques et que l'on propose même de juger les rares personnes que l'on ne peut pas éviter de déclarer irresponsables. On ne peut pas prétend re être un mouvement politique alternatif et brandir les slogans d'un Etat policier. J'ajoute qu'il ne faut pas confondre les propos et les actes violents. Ces derniers doivent être punis, évidemment. Mais non parce que leur mobile est une haine quelconque, car alors on rentre, paradoxalement, dans le fantasme du criminel. Tous les actes violents devraient relever du droit commun, et être punis comme tels. Si des personnes en agressent une autre parce qu'elle appartient à un groupe particulier, une peine commune fait du crime ce qu'il est : l’agression d'une personne - ce que les agresseurs visent à nier! Avec des peines particulières, on conforte l'idée que les victimes sont des êtres spéciaux, des Martiens protégés par des lois particulières. La peine devrait au contraire montrer au criminel que sa victime a exactement les mêmes droits que lui.

 

Têtu : Le fait que l'égalité n'existe pas entre homos et hétéros peut-il jouer sur l'expression des violences homophobes ?

 

Marcela Iacub : Eh oui. Insultés ou non, les individus concernés continueront à être victimes de discriminations touchant des droits fondamentaux, comme celui de se marier, de fonder une famille, de choisir l'identité sexuée qui leur convient le mieux.

 

Têtu : Quels seraient, alors, les moyens de lutter efficacement contre ces discriminations ?

 

Marcela Iacub : Abolir l'ensemble des mesures par lesquelles l'État cautionne juridiquement la discrimination négative fondée sur l'orientation sexuelle ou l’identité sexuée.

 

Têtu n°88, Propos recueillis par Emmanuelle Cosse, avril 2004

 

 

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Va, vis et deviens, un film de Radu Mihaileanu (2004)

Publié le par Jean-Yves

Le sujet peut sembler lointain. Qui se souvient encore des Falashas, des Éthiopiens juifs accueillis par Israël en 1984 ? C’est le sujet de ce film raconté à travers l’histoire d’un enfant noir, Schlomo, que sa mère chrétienne confie à une mère juive éthiopienne, avant qu'il ne soit adopté par une troisième mère, israélienne : un long voyage, géographique, et plus encore psychique, un périple éprouvant qui démarre en Ethiopie, se poursuit en Israël, passe par la France et s'achève dans un camp de réfugiés au Soudan. Schlomo doit mentir pour survivre : taire sa religion chrétienne, se dire juif et orphelin.


C'est au prix de ce terrible déchirement, qu'il est adopté par une famille israélienne. Schlomo grandira obsédé par ce pays où il a pourtant promis de ne jamais revenir. Il n'aura de cesse de retrouver sa mère restée dans un camp de réfugiés.



L'histoire, touffue, peut paraître complexe, d'autant qu'elle brasse mille et une questions passionnantes sur l'identité juive, la singularité d'Israël, terre d'accueil et d'exclusion, sans oublier le délicat problème de l'intégration des Falashas qui pourrait être qualifiée d’« imposture positive »... Imposture qui permet à Schlomo de survivre. Une question essentielle reste : à quel moment l'adaptation, processus normal, devient trahison de soi et de l'autre ?



Radu Mihaileanu (un cinéaste français d'origine roumaine) ne discourt pas, ne théorise pas, il conte le lien universel entre une mère et son enfant. Il filme des êtres de chair et de sang, des personnes riches et attachantes. Schlomo, l'étranger, le lointain, devient proche. Ce n'est pas là le moindre des miracles de ce grand film bouleversant. Voilà longtemps que je n’avais pas pleuré ainsi au cinéma.


■ Avec : Yaël Abecassis (Yaël), Roschdy Zem (Yoram), Moshe Agazai (Schlomo enfant)



Cet article est également publié sur le site de Castalie

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Pasolini une rencontre, Davide Toffolo

Publié le par Jean-Yves

Rencontre du troisième type avec Pier Paolo Pasolini : l'artiste du réel et son double virtuel


«Mon indépendance, qui est ma force, induit une solitude qui est … ma faiblesse.»


Étrange rencontre à laquelle nous convie le dessinateur italien Davide Toffolo. Se mettant lui-même en scène, il nous propose, en effet, une interview en plusieurs étapes avec un mystérieux M. Pasolini. Celui-ci présente une ressemblance physique troublante avec son homonyme cinéaste, poète et romancier disparu tragiquement en 1975.


Là ne s'arrête pas le rapprochement entre les deux hommes. M. Pasolini ponctue son propos d'emprunts à l'auteur de «Théorème.» Quant au narrateur, il recueille précieusement ces réflexions sous l’œil attentif de son interlocuteur. Davide Toffolo a imaginé que Pasolini avait encore à dire, notamment à la jeune génération, un ultime message pour mettre en garde la jeunesse : enfermée dans le « ghetto » du consumérisme, elle serait menacée de « régression conformiste ». Seule issue face à l'abrutissement général, la toute-puissance de la poésie : « La poésie n'est pas produite à la chaîne, autrement dit, ce n'est pas un produit. Et un lecteur pourra lire un poème un million de fois sans jamais le consommer. »



« Pasolini, une rencontre », de Davide TOFFOLO, Traduction de Émilie SAADA, (Bande dessinée) Casterman, collections "Ecritures", 2004, ISBN : 2203396075



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De Pier Paolo Pasolini : Actes impurs suivi de Amado mio - L'odeur de l'Inde - Les ragazzi - Descriptions de descriptions - Comizi d'Amore : enquête sur la sexualité (film documentaire)


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