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Clément Rosset : Philosophe

Publié le par Jean-Yves

Clément Rosset est un philosophe contemporain. Précoce, il a publié à 20 ans un premier ouvrage intitulé " La philosophie tragique " qui s'inscrit dans la filiation de Nietzsche. Oeuvre de jeunesse qu'il ne renie cependant pas totalement, considérant qu'elle tient la route pour ce qui est du fond.



Mais, par la suite, il s'est affirmé comme un penseur sachant écrire dans un style limpide. Pour lire Rosset, il n'est pas nécessaire d'avoir un dictionnaire à portée de la main. De plus il ne manque pas d'humour, ce qui, dans son domaine, est assez rare pour être souligné.


Sa " Lettre sur les chimpanzés " (Ed Gallimard) en est un bon exemple. Dans cette Lettre il entendait "se distraire aux dépens d'un certain nombre de catéchismes bêtifiants qui faisaient autorité dans l'intelligentsia française des années 60". Ses thèses sont illustrés d'exemples parfois insolites pris aussi bien dans les grandes œuvres classiques ou dans la mythologie que dans le théâtre de boulevard ou la bande dessinée. Qu'entendre par philosophie tragique ? La notion de tragique implique l'alliance de l'impossible et de l'inéluctable (ou du fatal). La mort étant l'événement tragique par excellence : Il m'est quasiment impossible d'admettre que je suis mortel et pourtant c'est un fait auquel il m'est impossible d'échapper. Le penseur tragique veut regarder la réalité en face, il refuse l'illusion en tant qu'elle nie cette dimension tragique de l'existence.


Dans son ouvrage intitulé " Le réel et son double " Rosset constate que " rien n'est plus fragile que la faculté humaine d'admettre la réalité, d'accepter sans réserves l'impérieuse prérogative du réel. Cette faculté se trouve si souvent prise en défaut qu'il semble raisonnable d'imaginer qu'elle n'implique pas la reconnaissance d'un droit imprescriptible - celui du réel à être perçu - mais figure plutôt une sorte de tolérance, conditionnelle et provisoire. Le réel n'est généralement admis que sous certaines conditions et seulement jusqu'à un certain point : s'il abuse et se montre déplaisant, la tolérance est suspendue. Un arrêt de perception met alors la conscience à l'abri de tout spectacle indésirable. Quant au réel, s'il insiste et tient absolument à être perçu, il pourra toujours aller se faire voir ailleurs. "


Le penseur tragique cherche à traquer les illusions. On pourrait d'ailleurs penser que cette traque est elle-même une illusion. Rosset n'ignore évidemment pas que les illusions sont invincibles. Parlant peut-être tout autant en psychologue qu'en philosophe Rosset note que le réel (ou la réalité, ou le monde) est insupportable à accepter tel qu'il est. La tendance générale est à la dénégation et à la recherche d'une duplication dudit réel. Ce double apparaissant au fond comme plus réel que le réel lui-même. En effet il s'accommode mieux à notre désir que le réel lui même qui est souvent décevant. C'est ce que la sagesse populaire appelle " prendre ses désirs pour des réalités ". Comme il l'explique fort bien dans un petit ouvrage intitulé " Le réel, l'imaginaire et l'illusoire " (Editions Distance) le réel ne se définit pas par rapport à l'imaginaire mais par rapport à l'illusoire. L'imaginaire est un des modes de préhension du réel, l'illusoire le mode par excellence de dénégation du réel. La mémoire et l'imagination sont des facultés semi-perceptives. Mais ce ne sont pas des puissances également trompeuses ; la mémoire présentant une supériorité sur l'imagination car l'imagination raterait toujours son but. Un événement du passé est toujours " plus réel " pour avoir déjà été expérimenté en tant qu'unique que l'objet situé ailleurs. " Mais la présence de ce qui est absent ne saurait naturellement valoir la présence de ce qui est présent. "


Traditionnellement, on associe imaginaire avec irréalité, voire refus du réel… Or pour Rosset, la dénégation du réel, en quoi consiste toute folie, n'a rien à voir avec l'imaginaire. Prenant l'exemple de Don quichotte : il explique que contrairement aux idées reçues, celui-ci n'a rien d'un fou, car il sait très bien quand il est dans le rêve et quand il est dans le réel : " réel ordinaire affecté d'un petit coefficient d'irréalité sans incidence grave, puisqu'il se donne pour tel et se laisse effacer à la première remontrance en provenance du réel… ". Ce qui n'empêche pas Clément Rosset d'écrire des ouvrages et de consacrer sa vie à la philosophie, utilisant des milliers de mots pour dire et redire " l'idiotie " du réel. Le réel est " idiot " au sens grec du terme c'est à dire qu'il est unique, qu'il est ce qu'il est. A la limite seule la tautologie permet d'en rendre compte : A est A, et tout est dit. On voit bien que la pensée de Rosset est insolite, dérangeante, qu'elle bouscule nos paresses intellectuelles. Certes, on n'est pas tenu de le suivre aveuglément dans ses démonstrations, mais on peut considérer qu'à l'instar des questions posées par les grands philosophes du soupçon, Nietzsche, Freud ou Marx pour ne citer qu'eux, il nous force à remettre en question nos convictions, à nous méfier des illusions, ce qui devrait être sans doute l'une des fonctions essentielles de la philosophie.


« Riez ! car la vérité est trop triste... »

« Le moi, je le mets loin de moi. »

« Etre heureux, c’est toujours être heureux malgré tout.»

« Il y a une alliance possible entre la lucidité – la vie est absurde, ridicule – et la joie. »

« Sois ami du présent qui passe: le futur et le passé te seront donnés par surcroît. »

« Moins on se connaît, mieux on se porte. »

« Philosopher, c’est apprendre à vivre. La philosophie, c’est le savoir-vivre dans tous les sens du terme. »

« Il y a des domaines où il n’y aura jamais de progrès : l’homme sera toujours mortel, il sera toujours soumis à la maladie. »

« Qui croit bien se connaître s'ignore plus que jamais, n'ayant aucun sentiment consistant de lui-même à se mettre sous la dent. »

« C'est déjà un grand pas vers la guérison que de se dire : "Ne nous affolons pas, c'est fichu." »


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Jouissances pénales

Publié le par Jean-Yves

Que protège la législation sur le viol ? En principe, notre liberté de dire «non» à un rapport sexuel. On trouvera bien peu de gens pour s'en plaindre. Il est vrai que Sade y voyait une loi liberticide, mais il était aussi favorable à ce que chacun défende sa vie à la pointe de sa dague. Il est improbable que même le goujat le plus pressé d'insister sur les ambiguïtés de la rhétorique amoureuse soit prêt à adhérer, avec toutes ses conséquences, à cette conception machiavélienne de la «vertu». Pourtant, les évaluations divergent sur la nature des sanctions à appliquer. Ainsi, tandis qu'en Finlande, le viol simple est puni d'une peine de travaux d'intérêt général, en France, les criminels sexuels sont plus lourdement punis aux assises que les meurtriers, comme si le droit à refuser un rapport sexuel était plus important que celui de vivre.

 

A ceux qui s'interrogent sur le sens et la valeur d'une telle dérive punitive, il arrive qu'on apporte des réponses surprenantes. Ainsi, dans une tribune parue dans Libération le 29 juillet, la sociologue Janine Mossuz-Lavau, constatant que la femme violée «dans la majorité des cas (...) n'éprouve plus et souvent pour très longtemps ni désir ni plaisir», croit avoir trouvé l'antidote à nos scrupules : «Y a-t-il vraiment, demande-t-elle, des sanctions trop fortes pour quiconque s'est rendu responsable d'un tel désastre ?» Le but de ces interdits serait donc de préserver la capacité de jouissance des femmes et les peines prévues pour ces infractions se doivent d'être proportionnelles au caractère terrible de tout ce qui y attente c'est-à-dire illimitées. Etrange destin que celui du sexe qui, de plaisir clandestin, péniblement ou malicieusement arraché aux carcans supposés de la morale de jadis, est devenu, par la magie de la libération sexuelle, la plus haute valeur qu'un Etat moderne se doive de protéger. Celui-ci montrera d'autant mieux sa ferme volonté de n'être qu'un instrument au service de l'épanouissement des citoyens qu'il réprimera plus bruyamment les fauteurs de frigidité. Grandeur de la France qui, un peu comme Saint-Just en plein cœur de la Terreur, déclarerait fièrement à travers sa législation exceptionnellement répressive : «Le bonheur sexuel est une idée neuve en Europe.» Etant un bien maximal, n'est-il pas normal qu'il n'y ait pas de peine assez forte pour le protéger ?

 

Mais quoi ? Pour combattre ces criminels, ne devrait-on pas rétablir la peine de mort ? Que dis-je, la roue, le bûcher, toutes ces peines ingénieuses que nos ancêtres avaient prévues pour les régicides. On se souvient de Damiens, dernier régicide illégal (et inefficace d'ailleurs), qui fut brûlé vivant, membre après membre, puis écartelé par quatre chevaux. Cette surenchère théâtrale dans le supplice montrait qu'on tenait au roi de France plus qu'à tout. Tandis que laisser les violeurs croupir calmement dans une prison avec la possibilité de sortir un jour, certes eux-mêmes violés et maltraités, mais néanmoins saufs, ne semble montrer qu'un attachement limité à la jouissance féminine.

 

De plus, un Etat vraiment soucieux de notre capacité orgasmique devrait criminaliser d'autres comportements tout aussi néfastes pour l'épanouissement sexuel, à commencer par ceux des parents, qu'ils se montrent trop stricts, bien sûr, mais aussi trop permissifs. L'idée n'est point si mauvaise. Nous pourrions enfin parler de nos mères comme des «criminelles sexuelles», les envoyer en prison même lorsqu'elles auront 80 ans, compte tenu des délais de prescription prévus pour ces crimes, après qu'une longue thérapie nous ait montré les liens entre leurs comportements et nos inhibitions. Nous pourrions entamer des campagnes pour «briser la loi du silence» et les dénoncer publiquement. Lorsqu'elles seront derrière les barreaux, nous pourrions peut-être commencer à guérir à force de les voir souffrir pour ce qu'elles nous ont fait subir.

 

Mais sans doute, si l'on doit retrouver les noms de tous ceux qui, au long de nos vies, ont provoqué en nous des inhibitions sexuelles, notre savante auteure pourrait se voir elle-même incriminée pour ses simples descriptions qui tissent un lien de causalité automatique entre les agressions sexuelles et la frigidité. Nous savons bien comment ces phrases qu'on lit innocemment se transforment, à force d'être répétées et érigées en scénario «normal», en des prophéties auto-réalisées pouvant provoquer elles aussi de «véritables désastres». Les conditions de la jouissance sexuelle sont si profondément mêlées aux caprices de la vie psychique ! Il est même certains psychanalystes, comme Reich mais aussi Freud en personne, qui sont allés jusqu'à suggérer qu'on ne pouvait expliquer les cruautés exquises inventées par les hommes pour punir leurs semblables que par un déplacement de l'excitation sexuelle, qui ne serait jamais plus intense que devant le spectacle de sa propre répression.

 

Est-ce cette jouissance-là que les peines sexuelles ont pour fonction non pas de protéger, mais bien de nous procurer ? Si c'est le cas, nous n'aurions rien à redire. Car que ne ferait-on pas pour permettre à certaines femmes de jouir ?

 

Libération, Marcela Iacub, mardi 07 septembre 2004

 

 

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Tirésia, un film de Bertrand Bonello (2002)

Publié le par Jean-Yves

Mal accueilli lors du festival de Cannes 2003 où il était, pour les plumes assassines, le film français sélectionné de trop, Tiresia est pourtant un long métrage fascinant, le plus réussi à ce jour du talentueux Bertrand Bonello. Cet auteur ambitieux ose à chaque film confronter son art à de lourds sujets rhétoriques.


Tiresia, un transsexuel brésilien d'une grande beauté, vit clandestinement avec son frère dans la périphérie parisienne. Terranova, un esthète à la pensée poétique (qui se révèlera être prêtre), l'assimile à la rose parfaite et la séquestre pour qu'elle soit sienne. Peu à peu, privée d'hormones, Tiresia va devant ses yeux se transformer : la barbe qui pousse, la voix qui change... Dégoûté de ce qu'est devenue sa Tiresia, Terranova va l'aveugler et la jeter à l'orée d'une banlieue voisine. Tiresia est recueillie dans un piètre état par Anna, une jeune fille un peu simple, qui prend soin d'elle. C'est alors qu'apparaissent chez le transsexuel des dons de prédiction...


Issu d'un mythe grec :


Quelques éléments sur la légende de Tiresia : Il existe dans la mythologie grecque différentes versions du tragique destin de Tirésias. Toutes s’accordent cependant à dire que cette créature, homme devenu femme, fut frappée de cécité et dotée en compensation d’une vision supérieure : la divination. Ce mythe raconte l'histoire d'un jeune homme qui fut changé en femme après avoir regardé puis tué deux serpents en train de s'accoupler. Tiresia fut alors interrogée par Zeus et Athéna, qui voulaient savoir lequel, de l'homme et de la femme, éprouvait le plaisir le plus intense lors de l'acte sexuel. Tiresia, qui l'avait accompli sous les deux états, leur répondit que la femme éprouvait un plaisir neuf fois supérieur à celui de l'homme. Athéna, furieuse que Tiresia révèle ce que la déesse considérait comme un secret, lui creva alors les yeux, et la fit revenir à sa forme masculine. Mais Zeus, ému par le sort de Tiresia, lui conféra le don d'oracle...


MON COMMENTAIRE : Ce film s’efforce de restituer la sphère insaisissable de la mythologie, son irrationalité, sa violence et sa beauté. Il s’attaque à des thèmes comme la permanence des désirs les plus sombres et inavouables des hommes, la confrontation entre les croyances et la foi, l’identité sexuelle mais aussi la dualité de l’être humain. Il en reste quelque chose d’ambitieux et de foisonnant.


Tiresia (parlant en brésilien) - Tu es attiré par les transsexuelles mais tu ne peux pas les toucher ; c’est vrai qu’on a quelque chose de plus et qu’il y a une grande joie mais c’est une chose désespérée, et ça tu ne peux pas le voir.

Terranova - Je ne comprends pas ce que tu dis.

Tiresia - Je ne sais pas le dire en français.

Plus tard, chez Anna, Tiresia écrit une lettre à son frère Eduardo :

Mon cher Edu,

Je n’ai pas pu te donner des nouvelles et je ne peux pas t’en dire plus aujourd’hui. Je ne sais pas où je suis mais ici je suis en sécurité. Je vis avec une jeune fille, Anna qui s’occupe de moi. Je ne sais pas pourquoi mais c’est un cadeau. Ayant perdu l’usage de mes yeux, je ne peux la voir. La seule chose que je sais, c’est que nous ne pourrons probablement plus jamais nous revoir, mais en aucun cas tu ne dois penser que c’est un drame. D’ailleurs je ne verrai plus personne et je voudrais que plus personne ne me voie. Qu’est ce que c’était ma vie ? Là, elle a violemment changé. Mais, je suis heureuse parfois. Il y a de belles choses qui viennent et je les dis. Toi aussi, je me souviens que tu étais très beau, mon frère. Ne t’inquiète pas pour moi, plus rien ne nous appartient.

Tiresia.

Peu après, Terranova, le prêtre, viendra voir Tiresia (avec la peur et peut-être même le désir qu'elle le reconnaisse.) Elle lui redira seulement les mêmes choses qu'elle a écrites à son frère.



Lire aussi : Tirésias, l'androgynie et la bisexualité


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Mon frère et son frère, Hakan Lindquist

Publié le par Jean-Yves

« Dans le séjour, posée sur un poste de télévision, une photographie, un visage, celui d'un jeune garçon. - C'est qui, là ? dis-je en m'adressant à mes parents. - C'est ton frère, répond maman. - C'est ton frère Paul. Il est mort avant ta naissance, explique papa. »

 

Jonas commence alors un long travail d'investigation, un peu à la manière d'un Sherlock Holmes, il enquête pour essayer de mieux connaître ce frère absent. Ce frère avec qui il aurait aimé jouer, parler, rire et vivre. De questions en questions auprès de ses parents ou de Daniel, l'ami de la famille, il finira par en savoir un peu plus. Son obstination devient douleur pour ses proches, elle réveille en eux le malheur de la disparition, le deuil jamais conclu, la souffrance du manque et de la culpabilité. Ce qui n'était au début qu'un simple questionnement, une recherche d'attitude pour se construire, trouver sa propre image, devient une obsession et un risque. Pour Jonas, ne rien savoir de ce frère pourrait vouloir dire ne rien savoir de lui-même. C'est alors qu'il va découvrir le journal de Paul …et découvre l'intimité de son frère, ses photos, et des lettres. Ces mots aussi, surtout ces mots qu'il ne comprend pas, écrits en tchèque: tjuv milenec. Ahoj muj bratre ou encore: Mému malému Princi. Princi comme prince... Paul aimait les garçons, et un garçon en particulier, Petr, un jeune Tchèque libéré. Loin de s'en émouvoir, il est au contraire fasciné par leur histoire. Elle n'a duré que peu temps, interrompue par la mort brutale de son frère, mais a été d'une rare intensité. Poussé par la curiosité, il parvient même à retrouver la trace de Petr après toutes ces années.

 

L'histoire est simple, belle, l'écriture sobre. Elle saisit le lecteur et le laisse en haleine jusqu'au dénouement. L'homosexualité y est traitée de deux façons : d’abord, celle de Daniel vécue avec beaucoup de culpabilité et, ensuite, celle épanouie et libre des deux adolescents, Paul et Petr. Un magnifique livre qui évoque l'homosexualité avec naturel et spontanéité.

 

Häkan Lindquist est né en 1958 en Suède. Il vit à Stockholm depuis l'âge de 19 ans, où il a travaillé auprès des enfants puis dans une librairie et un magasin de disques. L'écriture l'accompagne depuis son plus jeune âge mais il ne publie son premier roman « Mon frère et son frère» qu’en 1993. Autodidacte et curieux de tout, Häkan Lindquist offre une place de choix dans sa vie à l'art sous toutes ses formes : musique, sculpture, peinture, littérature.

 

Editions Gaïa, 2002, ISBN : 2910030962

 


Du même auteur : De collectionner les timbres

 

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Amitié et Responsabilité

Publié le par Jean-Yves

L'éthique de l'amitié implique-t-elle une éthique de la responsabilité ?


Autrement dit : doit-on se préoccuper de ce que font nos amis ?


On me répondra qu'on ne peut pas être responsable des autres à leur place.


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