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Qu'est-ce qui se cache derrière l'homophobie ?

Publié le par Jean-Yves

Le terme d'homophobie est couramment utilisé pour exprimer qu'ON N'AIME PAS les homosexuels.

 

Le terme PHOBIE fait référence à une crainte excessive ou à une peur instinctive. Alors pourquoi ce "raccourci" où l'on parle de peur pour des choses qu'on n'aime pas ?

 

* Soit derrière l'homophobie, se cache de la peur : Les propos homophobes ne seraient-ils pas alors le signe de cette peur. Peut-on interdire à quelqu'un de la ressentir ? En "interdisant" ces propos, la violence née de cette peur diminuera-t-elle ?

 

* Soit derrière l'homophobie, se cache seulement le signe qu'on n'aime pas les homosexuels : alors une interdiction des propos homophobes risque de n'avoir aucun effet car très peu de gens supportent qu'on leur dise ce qu'il faut aimer ou ce qu'on a tort de ne pas aimer.

 

L'intention de réprimer les propos homophobes est-elle bonne ?

 

J'espère seulement que les effets ne seront pas contraires à ce qu'on en attend.

 

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Contre une loi pour punir les propos homophobes

Publié le par Jean-Yves

JURISTE ET CHERCHEUSE AU CNRS, MARCELA IACUB S'OPPOSE À UN DÉLIT D'HOMOPHOBIE, QUI CONSTITUERAIT UNE ÉNIÈME MESURE RÉPRESSIVE.

 

Têtu : Que pensez-vous d’une loi contre l'homophobie?

 

Marcela Iacub : Je suis absolument contre une loi qui punirait les propos homophobes. Quelle que soit sa formulation, je défends la liberté d’expression la plus totale, et je trouve que la France n’est pas assez respectueuse de ce droit. De plus, je considère comme une grave erreur politique de la part du mouvement gay, transsexuel et transgenre de penser qu'il va améliorer sa condition par de telles mesures et de dépenser son énergie pour obtenir l'adoption d'une mesure essentiellement répressive. Il devrait plutôt se consacrer à l’obtention de nouveaux droits, tels que le droit au mariage, à la filiation, à la disparition de la mention du sexe à l'état civil. Voilà des combats d'une grande ampleur, susceptibles de donner à ce mouvement un caractère révolutionnaire qu'il a malheureusement perdu aujourd'hui. Je trouve désolant - et même un peu fascisant - qu'il prenne les allures d'un mouvement de résistance pour demander à un gouvernement fondé sur la répression policière encore un peu plus de répression policière.

 

Têtu : Comment répondre aux besoins de réparation des victimes ?

 

Marcela Iacub : Le seul fait que vous posiez cette question montre à quel point cette revendication se mêle à ce qu'il y a de plus scandaleux dans la politique actuelle du gouvernement. L'idée que la peine est un moyen de permettre à la victime de dépasser ses «traumatismes» a abouti à ce que l'on condamne de plus en plus de psychotiques et que l'on propose même de juger les rares personnes que l'on ne peut pas éviter de déclarer irresponsables. On ne peut pas prétend re être un mouvement politique alternatif et brandir les slogans d'un Etat policier. J'ajoute qu'il ne faut pas confondre les propos et les actes violents. Ces derniers doivent être punis, évidemment. Mais non parce que leur mobile est une haine quelconque, car alors on rentre, paradoxalement, dans le fantasme du criminel. Tous les actes violents devraient relever du droit commun, et être punis comme tels. Si des personnes en agressent une autre parce qu'elle appartient à un groupe particulier, une peine commune fait du crime ce qu'il est : l’agression d'une personne - ce que les agresseurs visent à nier! Avec des peines particulières, on conforte l'idée que les victimes sont des êtres spéciaux, des Martiens protégés par des lois particulières. La peine devrait au contraire montrer au criminel que sa victime a exactement les mêmes droits que lui.

 

Têtu : Le fait que l'égalité n'existe pas entre homos et hétéros peut-il jouer sur l'expression des violences homophobes ?

 

Marcela Iacub : Eh oui. Insultés ou non, les individus concernés continueront à être victimes de discriminations touchant des droits fondamentaux, comme celui de se marier, de fonder une famille, de choisir l'identité sexuée qui leur convient le mieux.

 

Têtu : Quels seraient, alors, les moyens de lutter efficacement contre ces discriminations ?

 

Marcela Iacub : Abolir l'ensemble des mesures par lesquelles l'État cautionne juridiquement la discrimination négative fondée sur l'orientation sexuelle ou l’identité sexuée.

 

Têtu n°88, Propos recueillis par Emmanuelle Cosse, avril 2004

 

 

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Va, vis et deviens, un film de Radu Mihaileanu (2004)

Publié le par Jean-Yves

Le sujet peut sembler lointain. Qui se souvient encore des Falashas, des Éthiopiens juifs accueillis par Israël en 1984 ? C’est le sujet de ce film raconté à travers l’histoire d’un enfant noir, Schlomo, que sa mère chrétienne confie à une mère juive éthiopienne, avant qu'il ne soit adopté par une troisième mère, israélienne : un long voyage, géographique, et plus encore psychique, un périple éprouvant qui démarre en Ethiopie, se poursuit en Israël, passe par la France et s'achève dans un camp de réfugiés au Soudan. Schlomo doit mentir pour survivre : taire sa religion chrétienne, se dire juif et orphelin.


C'est au prix de ce terrible déchirement, qu'il est adopté par une famille israélienne. Schlomo grandira obsédé par ce pays où il a pourtant promis de ne jamais revenir. Il n'aura de cesse de retrouver sa mère restée dans un camp de réfugiés.



L'histoire, touffue, peut paraître complexe, d'autant qu'elle brasse mille et une questions passionnantes sur l'identité juive, la singularité d'Israël, terre d'accueil et d'exclusion, sans oublier le délicat problème de l'intégration des Falashas qui pourrait être qualifiée d’« imposture positive »... Imposture qui permet à Schlomo de survivre. Une question essentielle reste : à quel moment l'adaptation, processus normal, devient trahison de soi et de l'autre ?



Radu Mihaileanu (un cinéaste français d'origine roumaine) ne discourt pas, ne théorise pas, il conte le lien universel entre une mère et son enfant. Il filme des êtres de chair et de sang, des personnes riches et attachantes. Schlomo, l'étranger, le lointain, devient proche. Ce n'est pas là le moindre des miracles de ce grand film bouleversant. Voilà longtemps que je n’avais pas pleuré ainsi au cinéma.


■ Avec : Yaël Abecassis (Yaël), Roschdy Zem (Yoram), Moshe Agazai (Schlomo enfant)



Cet article est également publié sur le site de Castalie

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Pasolini une rencontre, Davide Toffolo

Publié le par Jean-Yves

Rencontre du troisième type avec Pier Paolo Pasolini : l'artiste du réel et son double virtuel


«Mon indépendance, qui est ma force, induit une solitude qui est … ma faiblesse.»


Étrange rencontre à laquelle nous convie le dessinateur italien Davide Toffolo. Se mettant lui-même en scène, il nous propose, en effet, une interview en plusieurs étapes avec un mystérieux M. Pasolini. Celui-ci présente une ressemblance physique troublante avec son homonyme cinéaste, poète et romancier disparu tragiquement en 1975.


Là ne s'arrête pas le rapprochement entre les deux hommes. M. Pasolini ponctue son propos d'emprunts à l'auteur de «Théorème.» Quant au narrateur, il recueille précieusement ces réflexions sous l’œil attentif de son interlocuteur. Davide Toffolo a imaginé que Pasolini avait encore à dire, notamment à la jeune génération, un ultime message pour mettre en garde la jeunesse : enfermée dans le « ghetto » du consumérisme, elle serait menacée de « régression conformiste ». Seule issue face à l'abrutissement général, la toute-puissance de la poésie : « La poésie n'est pas produite à la chaîne, autrement dit, ce n'est pas un produit. Et un lecteur pourra lire un poème un million de fois sans jamais le consommer. »



« Pasolini, une rencontre », de Davide TOFFOLO, Traduction de Émilie SAADA, (Bande dessinée) Casterman, collections "Ecritures", 2004, ISBN : 2203396075



Lire aussi Pier Paolo Pasolini de Nico Naldini et Pasolini - Pig, Pig, Pig, une BD de Jean Dufaux et Massimo Rotundo


De Pier Paolo Pasolini : Actes impurs suivi de Amado mio - L'odeur de l'Inde - Les ragazzi - Descriptions de descriptions - Comizi d'Amore : enquête sur la sexualité (film documentaire)


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Une loi ou des droits ? Contre une loi punissant les propos homophobes par Didier Eribon

Publié le par Jean-Yves

1- Je ne suis pas un chaud partisan d'une loi réprimant l'injure homophobe et l'incitation à la discrimination.


2- Oh, certes ! je ne verserais pas de larmes si ceux qui brandissaient des pancartes ordurières devant la mairie de Bègles le 5 juin dernier étaient condamnés par un tribunal. Mais je me demande si le combat que mènent actuellement les associations gay et lesbiennes ne risque pas de s'avérer contre-productif.


3- C'est que la notion d'injure ne se laisse pas aisément définir. On ne peut pas la circonscrire aux propos les plus haineux ou les plus insultants à l'encontre des gays et des lesbiennes en tant que groupe (la question ne se pose pas quand il s'agit d'un individu, puisque dans ce cas cela tombe sous le coup de la loi existante sur l'injure publique). Ce serait une vision beaucoup trop restrictive. Car, si l'insulte fonctionne comme un mécanisme d'intériorisation (il s'agit de dire ou de rappeler à une personne ou à une catégorie de personnes qu'elles sont inférieures), il est nécessaire d'y inclure l'ensemble des discours qui ont le même objectif. Tout propos qui vise à priver les gays et les lesbiennes de droits, tout propos qui promeut ou justifie la discrimination relève donc à mes yeux de l'injure homophobe.


4- Cela signifie que relèvent de la profération injurieuse aussi bien le discours des évêques que celui des psychanalystes (c'est d'ailleurs le même), ou celui des «experts» s'alarmant du danger que les revendications homosexuelles représentent pour la «survie de la société» (formule employée récemment par une juriste), ou encore les diatribes d'un ancien Premier ministre socialiste, qui affirme s'opposer au mariage homosexuel et à l'homoparentalité pour permettre à l'humanité de se perpétuer.


5- Mais va-t-on poursuivre tous ces gens en justice? C'est impossible. Et impensable. D'une part, la liberté d'expression est une valeur fondamentale et nous aurions grand tort de contribuer à la mettre à mal. D'autre part, même si une association avait l'idée d'engager des poursuites contre les auteurs de ces propos, aucun tribunal ne les condamnerait.


6- C'est plutôt l'inverse qui se produira : quand l'homophobie constituera un délit, il sera impossible de dire de quelqu'un qu'il est homophobe, sous peine d'être poursuivi en diffamation.


7- Ainsi, dès lors qu'il y aura une loi, et que de nombreux propos discriminatoires seront placés hors de son champ d'application, le résultat sera tout simplement que se trouvera institué un vaste espace discursif ouvert à une homophobie acceptable. Une homophobie légalisée, en quelque sorte.


8- Je sais ce qu'on va m'objecter: puisque les injures racistes ou antisémites sont pénalisées, ne pas pénaliser les injures homophobes revient à les considérer comme moins graves. On me fera le crédit de ne pas avoir en tête une telle hiérarchie. Mais ces lois sont en place depuis fort longtemps. L'on peut d'ailleurs s'interroger sur leur bien-fondé, et surtout sur leur efficacité. Il est de toute façon peu probable qu'elles soient abrogées. La question n'est pas là. Mais plutôt : est-il vraiment impossible pour le mouvement gay et lesbien d'imaginer d'autres stratégies de lutte contre l'homophobie ?


9- Je veux bien admettre que quelques procès pourraient avoir une grande valeur symbolique. Mais n'est-il pas plus efficace d'exposer publiquement l'ordure homophobe ? Un exemple : Noël Mamère a reçu des centaines de lettres dans lesquelles une violence inouïe se donnait libre cours. Chaque pièce de cette production épistolaire avait pour fonction de salir, de blesser. Mais lorsque Libération a rassemblé quelques échantillons de cette prose pour la faire lire le plus largement possible, la signification en a été transformée. Cela se retournait contre les auteurs, qui apparaissaient comme de pitoyables imbéciles, ou des malades mentaux.


10- Je crois surtout que les batailles pour obtenir de nouveaux droits, que ce soit pour les couples (en union libre, en concubinage, pacsés ou qui souhaitent se marier) ou pour les célibataires (adoption, accès à la procréation médicalement assistée...), sont beaucoup plus urgentes que toutes ces mobilisations dont le but se résume finalement à empêcher tel journal d'extrême droite de publier une caricature immonde, ou tel député de répéter les horreurs qu'il avait prononcées pendant les débats sur le Pacs. D'ailleurs, si presque tous les partis politiques affirment aujourd'hui qu'il est nécessaire de légiférer contre l'homophobie, ils sont moins nombreux à se préoccuper d'accorder des droits. Ils sont tous d'accord quand il s'agit de réprimer, mais lorsque se pose la question des droits nouveaux ils se réfugient bien souvent derrière des arguments qui devraient logiquement tomber sous le coup de cette loi qu'ils nous disent vouloir voter. Sommes-nous donc obligés d'adapter nos demandes à leur conservatisme, pour ne pas trop les gêner?


Magazine, TÊTU n°93, Didier Eribon, octobre 2004



BIBLIOGRAPHIE :


■ Didier Eribon, Sur cet instant fragile... : carnets janvier-août 2004, Fayard (2004)

Le livre retrace au jour le jour le combat qui a permis le 5 juin 2004 le mariage en mairie de Bègles de deux homosexuels. Une première en France qui fût néanmoins invalidée par la suite en raison de son illégalité. Propose également une série de réflexions historiques, théoriques et politiques sur le rapport des homosexuels au mariage.

■ Didier Eribon, Michel Foucault et ses contemporains, Fayard (2005)

Une synthèse systématique des rapports que M. Foucault entretint avec les grands esprits et les principaux courants intellectuels de son temps : Dumézil, Sartre, Lacan, Barthes, Althusser, Habermas...

■ Didier Eribon, Dictionnaire des cultures gays et lesbiennes, Larousse (avril 2003)

Dictionnaire illustré et international consacré aux cultures gays et lesbiennes contemporaines depuis la fin du XIXe siècle. Contient 570 articles et 50 dossiers thématiques.

■ Didier Eribon, Une morale du minoritaire : variations sur un thème de Jean Genet, Fayard (novembre 2001)

Essai sur l’œuvre de l'écrivain Jean Genet. Ce dernier, tout au long de ses livres, analyse ce que signifie être un minoritaire. Il inventorie les mille et une manières qu'a imaginé l'ordre social pour imprimer la honte dans le cœur des gens qui ne sont pas comme les autres, et invite paradoxalement les déviants à revendiquer ce sentiment.

■ Didier Eribon (dir.), L'infréquentable Michel Foucault : renouveaux de la pensée critique, EPEL (2001)

Une synthèse systématique des rapports que M. Foucault entretint avec les grands esprits et les principaux courants intellectuels de son temps : Dumézil, Sartre, Lacan, Barthes, Althusser, Habermas...


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