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Saint Baudime en majesté à Paris, au Musée du Louvre

Publié le par Jean-Yves

À la demande du Louvre, le buste de saint Baudime, trésor de l'église de Saint Nectaire, va rejoindre Paris pour une exposition consacrée, du 10 mars au 6 juin, à la France romane.

Notre-Dame-du-Port à Clermont-Ferrand, Saint Austremoine à Issoire, Notre-Dame d'Orcival, Saint Saturnin, Saint Nectaire. Dans le Puy-de-Dôme, les noms de ces cinq églises majeures suffisent à situer l'époque : celle de l'art roman. Un art qui a marqué le département et bien plus largement le pays. Aucune exposition d’ensemble n'avait pourtant jusque-là été consacrée à la France romane. Une lacune que le Musée du Louvre a comblé en présentant du 10 mars au 6 juin,



« La France romane au temps des premiers capétiens »

(987-1152)


Entièrement orfévré

Manuscrits, objets précieux, sculptures... 300 œuvres seront ainsi présentées au public. Le buste reliquaire de saint Baudime, l'un des trésors de l’église de Saint Nectaire, en fait partie : un visage au regard très marquant, une barbe finement poinçonnée, une chasuble, la main droite qui bénit de trois doigts pendant que la gauche présente un petit étui aujourd'hui vide... Une pièce exceptionnelle.




Buste de saint Baudime

Auvergne, 2ème quart ou milieu du XIIe siècle

Noyer, cuivre doré, cabochons, corne

H. 73 ; L. max. : 43 cm

Eglise de Saint-Nectaire (Puy-de-Dôme)




Sa représentation a un côté typique des bustes reliquaires du Massif central. Mais il sort du lot, car il est entièrement orfévré.

Classé Monument historique depuis 1897, son intérêt remonte encore plus loin : Prosper Mérimée, le célèbre écrivain qui était également inspecteur général des Monuments historiques, voulait, en 1837, lui faire rejoindre la collection du musée du Moyen-Age de Cluny. Le curé de l'époque avait refusé...

Beaucoup plus tard, en 1907, il sera volé par la bande des frères Thomas, qui écumaient les églises d'Auvergne et du Limousin...

Si les anecdotes ne manquent pas sur l'histoire du buste, il est difficile, en revanche, d'en savoir plus sur saint Baudime. La tradition veut qu'il ait été un des compagnons de saint Nectaire, l'évangélisateur de la Limagne issoirienne et des monts Dore. En fait, ils étaient trois, avec saint Auditeur. Autour de l'an 300 après Jésus-Christ, tous trois ont été enterrés, ici, sur le mont Comadore. L'histoire dit encore que des miracles ont eu lieu sur leurs tombes. Ce qui explique la construction de l'église, au début du XIIe siècle. C'est pour celle-ci que furent réalisées une partie des pièces du trésor, dont le buste de saint Baudime.


Pratique. Exposition ouverte tous les jours au Musée du Louvre, hall Napoléon, sauf le mardi, de 9 heures à 17h30, et jusqu’à 21h30 les mercredi et vendredi.


Lire aussi sur le site de Castalie : France Romane

Consulter sur le web : L’architecture romane française en photos

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On n'écrit jamais pour le plus grand nombre

Publié le par Jean-Yves

Je crois profondément au récit et à l’idée qu’un roman c’est, entre autres, l’occasion d’amener le lecteur à se représenter quelque chose qu’il ne veut pas se représenter. C’est quelque chose qui est impossible à faire dans la réalité, on ne peut pas rêver à votre place.


Christophe HONORE

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Un sujet de conversation, Sophie Simon

Publié le par Jean-Yves

Cette identité qu'on lui refuse avec constance, Sophie Simon l'a trouvée dans les mots et le style, en retraçant un destin de femme, chaotique et désespérant. Pourra-t-elle continuer, être enfin une femme heureuse en étant romancière ? On ne le sait pas.


La narratrice d'« Un sujet de conversation », Marion, a toujours été une femme. Une petite fille qui ne parvenait pas à comprendre ce qu'elle faisait dans un corps de garçon. Ce trouble sur son identité,, elle l'a manifesté dès l'âge de 5 ans.


Un matin, avant de partir à l'école, sa mère -qui avait alors quatre enfants et était occupée à préparer la petite dernière - lui avait demandé de s'habiller seule : « Tout naturellement, j'étais allée prendre une des robes de mes sœurs et l'avais passée… ensuite revenue à la cuisine, fière comme toutes les gamines du monde qui se sont fait belles. Heureuse. » On imagine sans peine la suite : « Va finir enfermé, c'con là ! Va m'enlever ça, espèce de con. Et pis t'as pas intérêt de recommencer, sinon tu vas t'en rappeler, cinoque!»


« Je n'étais pas moi. Le regard d'autrui me voyait UN, j'étais UNE. Leur "réalité" et ma vérité ne coïncidaient pas, n'avaient jamais coïncidé. C'est aussi bête que ça. »


Marion alias Sophie Simon ne souhaite pas vivre « COMME » les femmes : à quoi bon, d’ailleurs, puisqu’elle est une femme ? La transsexualité ne se ramène pas à une affaire de garde-robe : il serait bon d’intellectualiser un peu plus les choses. Etre trans, ce n’est pas être discrète : « Je ne suis pas un homme devenu femme, je n’ai jamais été un homme ! »


Le lecteur est, avec elle, tour à tour révolté, humilié, blessé, plein d'espoir et accablé de désespoir. Mais personne, sûrement, n'a envie de l'entendre proférer cette vérité :


« J'ai souvent comparé la transsexualité au handicap ... Le tétraplégique détient dans son cerveau les commandes nécessaires à la mobilité de ses membres, mais les connexions de sa moelle épinière sont rompues, et son corps reste résolument immobile. La transsexuelle dispose de toutes les spécificités mentales qui déterminent la femme, elle se comporte comme telle pendant que son corps se masculinise obstinément. »


L’auteur : Sophie Simon est née en 1962 et vit à Dijon. Elle se consacre exclusivement à l'écriture depuis quelques années. Un Sujet de conversation est l'un des rares manuscrits qu'elle n'ait pas détruit.



Editions Stock, 232 p., ISBN : 2234056942, mai 2004



Lire aussi Je serai elle de Sylviane Dullak


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La mort réintroduite comme un élément naturel et tragique du paysage humain

Publié le par Jean-Yves

Le pape n'est pas mort en direct, puisque nous n'avons rien vu, de son dernier souffle. Mais, pendant ces dernières semaines, nous avons pu percevoir la dégradation physique de l'homme. Nous avons pu voir, ensuite, son corps exposé à la foule, ce qui n'existe quasiment plus dans l'espace public occidental. Son agonie a même révélé un certain temps un « dégoût » devant l'étalage de ses derniers mois.


Plus généralement, quel statut ont les vieux et la mort en notre monde ? Où sont passés aujourd'hui les grands vieillards, ceux du quatrième âge ? Souvent expulsés de l'espace de nos vies, au point que nous sommes frappés de stupeur et d'angoisse quand nous visitons des lieux où ils sont cachés.


Pour notre culture hygiéniste et lisse, c’est cette image publique du pape en fin de vie qui avait, quelque chose d'obscène ; la représentation des plus âgés étant éjectée de notre univers cathodique à un tel point que nous ne discernons plus la mort comme faisant partie de la vie.


L'Occident a retrouvé, à travers la mort du pape, des représentations, des émotions très profondes, liées à l'accompagnement des mourants et à la veille des morts.


Si le refoulement culturel de la mort est, pour une part, lié à la mise à distance du religieux, c'est peut-être aussi par la figure emblématique de cet homme, que la mort fut - pour un temps - réintroduite comme un élément naturel et tragique du paysage humain.


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Le goût du sperme du diable

Publié le par Jean-Yves

S'il y eut tant de faux coupables dans la triste affaire d'Outreau, c'est que le juge d'instruction avait en tête l'hypothèse du «réseau pédophile». C'était l'époque où, à la suite de l'affaire Dutroux (dans laquelle d'ailleurs l'hypothèse du réseau pédophile n'a jamais été confirmée), certains journalistes et associations de défense de l'enfance commençaient à faire courir le bruit que des groupes organisés cherchaient à violer, assassiner et torturer des enfants, et qu'ils filmaient leurs crimes pour vendre les cassettes ensuite. Outreau n'est pas isolé : d'autres procès doivent bientôt avoir lieu, où encore des dizaines de pauvres gens sont accusés d'appartenir à des réseaux de ce type. Le passage des pédophiles réels aux réseaux pédophiles virtuels et fantasmés n'a pas été l'apanage de la France. Entre 1983 et 1994, une véritable panique des réseaux pédophiles s'est emparée des Etats-Unis, jusqu'à ce que le gouvernement fédéral, à la suite d'une enquête qui dura cinq ans et coûta 750 000 dollars, mît fin à ces rumeurs d'une manière officielle. On imagina des sectes satanistes infiltrées dans les écoles maternelles et les familles, qui violaient, assassinaient, torturaient des enfants avant de les filmer, selon des rituels «lucifériens». Dans un sondage réalisé à la fin des années 1980, on estimait à 70 % la population qui adhérait à ces croyances et à 33 % ceux qui étaient persuadés que ces crimes «innommables» étaient réalisés avec des complicités officielles, notamment du FBI et de la police.

Une véritable armée d'experts psychologues, d'assistants sociaux, de féministes, d'antipornographes, de chrétiens fondamentalistes, de ligues de protection de l'enfance, s'est discréditée à force d'accréditer ces soupçons. Ces délires collectifs ont donné lieu à des procès à l'issue desquels des centaines d'innocents furent mis en prison à vie. Loin de concerner les riches et les puissants, ces accusations n'ont touché que de gens pauvres qui n'avaient pas les moyens de se défendre et de résister aux pressions de la police et de la justice. Aucune preuve n'a pu être apportée : aucun cadavre, aucun film pornographique, aucune trace d'abus sexuel. On s'est contenté de s'appuyer sur les témoignages de petits enfants, qu'on ne lâchait pas jusqu'à ce qu'ils aient dit aux enquêteurs ce qu'on attendait d'eux (1). On a pu ainsi entendre les récits les plus fantaisistes : des partouzes géantes réalisées dans des endroits souterrains dans lesquelles on faisait manger aux enfants les cerveaux des autres, et où des êtres avec des ailes comme celles de Lucifer volaient dans les airs. Certains enfants ont même fini par accuser les juges et enquêteurs et l'un d'entre eux, enthousiaste et confus avec ces histoires démoniaques, n'a pas hésité à dénoncer Dieu. Ces accusations sont arrivées par la suite en Australie et au Canada. Puis, dans une moindre mesure, la Grande Bretagne les a subies pendant environ un an. Il y eut une affaire isolée aux Pays-Bas et en Norvège au début des années 1990.

Vous pensez peut-être qu'en France des soupçons de ce genre n'arriveront jamais. Pourtant, la rumeur luciférienne a vu le jour en France en même temps que celle des réseaux pédophiles. Dans un livre qui vient de sortir, les Réseaux cachés des pervers sexuels (2), un journaliste accrédite la thèse d'organisations internationales satanistes d'extrême droite pratiquant des abus sexuels sur des enfants, tout ceci, bien sûr, avec les «plus hautes protections» politiques. Si Outreau n'avait pas révélé à l'opinion publique la légèreté scandaleuse des accusations dans le domaine de la «pédocriminalité», et ainsi forcé le ministère de la Justice à se montrer moins enthousiaste, ne serions-nous pas déjà en train d'entendre des récits similaires à ceux qui ont fleuri aux Etats-Unis ?

Lorsqu'une société se donne comme crime maximal, qui appelle la plus haute sanction pénale, un acte qui ne laisse aucune trace matérielle, qu'on ne peut donc prouver qu'au moyen de témoignages (de surcroît extirpés à des enfants influençables), mais qu'on ne peut s'empêcher de pourchasser tant on le considère énorme, lorsque, en plus, des personnalités politiques apparemment aussi respectables que Ségolène Royal se livrent sur le sujet à la démagogie la plus odieuse, toutes les conditions ne sont-elles pas réunies pour que voient le jour les accusations les plus invraisemblables ? Certains intellectuels américains ont comparé ces pratiques judiciaires aux procès en sorcellerie des XVIe et XVIIe siècles. Ce n'est pas seulement une métaphore. On sait qu'alors, grâce à la torture, on a réussi à faire «avouer» à des milliers de malheureuses qu'elles avaient commis elles aussi le crime maximal, le crime contre Dieu. Ces méthodes d'enquête ont permis de savoir qu'elles avaient copulé avec le diable, et même de rendre compte de la couleur et du goût de son sperme.

Tant qu'on n'aura pas non seulement imposé des protocoles de preuve rigoureux, mais aussi repensé la place des abus sexuels sur les enfants dans la hiérarchie pénale, on peut s'attendre à avoir d'autres Outreau et, qui sait, bientôt de nouvelles informations sur le goût qu'a, en vérité, le sperme du diable.

 

(1) Debbie Nathan et Michael Snedeker, Satan's Silence, Ritual Abuse and the Making of a Modern American Witch Hunt, 2001.

(2) Eric Raynaud, Ed. du Rocher, 2004.

 

Libération, Marcela IACUB, mardi 16 novembre 2004

 

 

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