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Recherche pour “ jacques de langlade”

Mon regard sur le saint Sébastien du musée de Cologne

Publié le par Jean-Yves Alt

Le corps de ce Sébastien semble comme hésiter à se montrer habillé ou nu.

Sa nudité est d’ailleurs toute relative : le nombre important de flèches la recouvrant semblant agir comme un vêtement à l’image des écrits de Jacques de Voragine : « entouré, il le fut de flèches comme un hérisson ». (1)

L’occultation de la nudité corporelle dans ce tableau, par le vêtement ou par la carapace de flèches n’est pas ce que je retiens, même si elle en est une dimension non négligeable pour une approche dévote.

Tout se passe dans les regards…

Les visages des bourreaux prennent, ici, une charge figurative connotant clairement la bassesse de tout un chacun, la mienne en l’occurrence. Ainsi, moi qui les regarde, par mon impiété, je peux rejoindre la position des archers aux flèches impies.

Et, en même temps, paradoxalement, je vois la possibilité de me substituer, à Sébastien, attaché à l’arbre aux outrages. Parce que les regards des exécuteurs m’orientent justement vers le saint. Parce que le visage de ce dernier a une dimension glorieuse totalement absente des autres personnages qui sont terriblement humains.

Comme si en acceptant de recevoir les flèches de mes frères, je pouvais me délivrer de ma propre abjection.

La place des archers m’évoquent mes bassesses humaines. Celle de Sébastien criblé de flèches, j’accepte de l’occuper et de la subir comme une épreuve, permettant de renverser ce qui en moi incarne le mal. Mais cette projection en Sébastien est rendue possible parce que je sais aussi que dans cette histoire, les flèches sont impuissantes… à tuer... à me tuer.

Maître de la Sainte tribu (actif à Cologne 1480/1516) et atelier – Retable de Saint Sébastien (panneau central) – 1493/1494

Huile sur bois, Cologne, Wallraf-Richartz-Museum

(1) La Légende Dorée

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Genre, pédérastie, efféminement dans la littérature fin de siècle

Publié le par Jean-Yves Alt

La librairie Les Mots à la Bouche, les Editions GayKitschCamp/Question de genre et Quintes-Feuilles vous invitent à une rencontre sur le thème :

Pédérastie et efféminement dans la littérature fin-de-siècle – autour de Jacques d'Adelswärd-Fersen (1880-1923)

vendredi 27 mai 2011, 19 heures

à la Librairie Les Mots à la Bouche 

6 rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie

75004 Paris, métro Hôtel de Ville

A l'occasion de la réédition de Une Jeunesse/La Neuvaine du petit faune et Lord Lyllian, les éditeurs Jean-Claude Féray (Quintes-Feuilles) et Patrick Cardon (GayKitschCamp/Question de Genre), spécialisés dans la réédition de textes écrits à la fin du 19e et au début du 20e siècle, viendront présenter le travail littéraire et journalistique du fondateur d'Akademos, première revue homosexuelle française.

Lord Lyllian est un roman à clefs où se rencontrent les sommités homosexuelles de la fin du XIXe : Oscar Wilde, Lord Alfred Douglas, John Gray, Jean Lorrain, Joseph Péladan, Achille Essebac, Robert de Montesquiou, Friedrich Krupp, Fersen lui-même, ainsi que leurs égéries, les actrices Ellen Terry et Sarah Bernhard. L'auteur les met en scène avec des dialogues très "camp" que Wilde n'aurait pas reniés, dans des poses mélodramatiques à souhait.

Le roman Une jeunesse et les poèmes réunis sous le titre La neuvaine du petit faune rassemblent les hommages que l'auteur a rendus aux trois grands amours de sa vie. Trois amours rencontrées à des moments distincts de son existence, et qui ont compté, de ce fait, à des titres très dissemblables.

Par ailleurs, GayKitschCamp sort une nouvelle édition de deux bestsellers qui n'étaient plus disponibles depuis plusieurs mois :

Pédérastie active et Pédérastie passive

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Raffinement par James Tissot

Publié le par Jean-Yves Alt

Elégance raffinée des demi-mondaines : tout est prétexte, dans cette scène, à peindre de très belles étoffes, des décors somptueux, bref les charmes pompeux d'un siècle dont il m'arrive encore de rêver la splendeur.

Mais si cette veuve au regard détourné est plus nostalgique qu'affectée, c'est que derrière elle, la tragédie d'un soleil couchant lui communique une douleur bien plus subtile, bien plus réelle aussi : celle de vivre. La fillette ne joue pas et la grand-mère est plongée dans un ailleurs de lecture.

Derrière tant de splendeur, il y a ces longues journées écrasantes d'ennui que chacun décore à loisir... C'est le veuvage de la vie, des passions et des aventures frémissantes.

James Tissot – Une veuve – 1868

Huile sur toile, collection privée


Jacques-Joseph Tissot est né à Nantes en octobre 1836. Fils d'un riche négociant en textile, il vient à Paris étudier à l'Ecole des Beaux-Arts vers 1857. L'enseignement classique de Flandrin lui transmettra ce goût pour le travaillé de la peinture et le soigné des détails. Inscrit au Louvre comme copiste, il va exécuter des scènes de la vie quotidienne profondément inspirées des œuvres flamandes des XVI-XVIIe siècles.

Galant homme, mondain, il va scruter la scène des salons parisiens : son admiration pour la société britannique le pousse à se faire appeler James.

Après la Commune de Paris en 1871, à laquelle il participa activement, Tissot s'exile à Londres pour une dizaine d'années. Ce long séjour, dans un pays qu'il adorait, relevait plus de la providence que de la contrainte. Là, dans le même milieu qu'il fréquentait à Paris, il va composer la plus grande partie de son œuvre. Les Anglais, alors en pleine ère victorienne, vont l'accueillir comme le représentant du Tout-Paris. Célèbre, il sera exposé dans les plus prestigieuses galeries et se verra confié plusieurs portraits. Mais sa liaison avec Kathleen Newton, jeune divorcée de vingt-deux ans, lui attire les plus vives condamnations de l'élite puritaine.

En 1882, Tissot revient à Paris, où une exposition lui est entièrement consacrée en 1883. A la suite d'une vision du Christ, il décide de consacrer sa peinture à des thèmes religieux. Il va dès lors effectuer plusieurs voyages en Palestine et en Egypte tout au long desquels il découvre des paysages bibliques et entreprend une colossale série d'aquarelles.

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Quand la vie professionnelle est un mensonge… par Binet-Valmer (Lucien - 1910)

Publié le par Jean-Yves Alt

François Vigier est un psychiatre renommé. Pour sa fin de carrière, il avait prévu de transmettre les notes de ses recherches à son poulain, Costi Batchano, afin qu'il poursuive son œuvre. Décision qu'il remet en cause dans le dialogue qui suit :

— Nous avons quelques minutes devant nous. […] Je voudrais, mon bon Costi, vous entretenir d'un projet qui vous intéresse. […]

— Je vous aime tendrement, Batchano, poursuivit François Vigier d'une voix qui hésitait. J'ai de l'estime, même de l'admiration pour votre intelligence. Je suis convaincu que, si vous vous séparez des amitiés mondaines qui vous absorbent, vous deviendrez quelqu'un. Je n'en dirai pas autant de la plupart de mes élèves. Mais, à cause de cela, justement, j'ai décidé de revenir sur une promesse que je vous ai faite. Il s'agit des manuscrits et des documents que je laisserai : je devais vous les léguer, je les lègue à Jacques Duprin. […]

— En quoi ai-je démérité à vos yeux, Maître ? […]

— En rien... Essayez de me comprendre : vous avez trop d'originalité dans l'esprit pour vous astreindre à jouer le rôle que je réserve à Duprin. Tandis que lui, dont les vues sont courtes et l'initiative nulle, mettra son orgueil à reproduire exactement ma pensée, vous la déformeriez, et c'est un compliment, Batchano, car il vaut mieux être soi que le porte-parole d'un mort.

— Laissez-moi espérer, monsieur Vigier, que vous changerez d'avis. Si Duprin est capable, en effet, de collationner vos notes, vous ne pouvez imaginer qu'il s'en servira pour aller plus loin ?

— Il n'est pas question d'aller plus loin, Costi. Ce « plus loin » qui vous attire ne m'intéresse pas. Il me paraît une illusion. Je ne crois plus en mon amour pour la science, Batchano. Vous pensez que j'ai vécu pour elle, je sais. J'ai pensé cela, mais nous nous payons de mensonges ; nous ne vivons tous que pour retarder le moment où nous ne serons plus. Quand je dis « tous », j'entends ceux qui vivent pour quelque chose, qui se séparent du troupeau. « Après moi, le déluge ! » Aucun homme n'échappe à cet égoïsme, mais la valeur d'un homme est en rapport direct avec les efforts qu'il fait pour que son « moi » ne meure pas quand mourra son corps ; et, nous autres, stupides destructeurs des paradis surhumains, nous n'avons que la gloire pour espérance. J'ai travaillé, pendant des années et des années, sans concevoir cela : je ne travaillais que pour ne pas mourir ! A présent, la mort est devant moi. Dans quelques semaines, j'aurai atteint l'âge qu'avait mon père quand il est parti. La mort est une chose affreuse, Batchano... « je ne veux pas mourir ! » Voilà le seul instinct. Créer pour ne pas mourir... Le reste n'est que mirage.

Binet-Valmer

■ in Lucien, Librairie Paul Ollendorff, 1910, [p.55 dans l'édition de 1929 chez Flammarion]

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Le rebelle, un film de Gérard Blain (1980)

Publié le par Jean-Yves Alt

La pureté (prolétaire) contre le vice (capitaliste) est-elle toujours séduisante quand le gentil est hétéro et le méchant homo ?

Un jeune homme, Pierre (Patrick Norbert), dans une banlieue triste, en révolte contre tous les pourrissements, est obligé de céder aux chantages d'un homo riche et puissant, Hubert Beaufils (Michel Subor) car ce dernier l'a surpris en train de forcer une serrure de voiture. C'est le seul moyen pour lui de trouver un travail qui lui éviterait de laisser sa petite sœur Nathalie (Isabelle Rosais) partir dans un centre d'éducation spécialisée après la mort de la mère. Pierre, qui n'accepte pas les propositions sexuelles de Beaufils aux allures de chantage, finira par tuer le pédé. Il est alors lâché par ses "amis", Alain (Jean-Jacques Aublanc) et Corinne (Françoise Michaud), jeunes universitaires aux idées révolutionnaires, qu'il avait rencontrés à la suite d'un meeting communiste. Pierre est arrêté. Nathalie éclate en sanglots. En guise d'adieu, Pierre lui dit : « Il ne faut pas pleurer, Nathalie... Faut se battre. »

Gérard Blain n'a pas choisi de montrer - à travers le personnage d'Hubert Beaufils - une image de l'homosexualité militante ou sentimentale. Il a fait du personnage homo, un bourgeois vicelard voire traître, image finalement bien plus ancienne et perverse que celle de la folle, colorée. Comme si, à cette époque, 1980, l'homosexualité était acquise, les préjugés morts. En montrant un sale pédé, le cinéaste aurait-il lever un tabou ? Je me demande comment a pu être reçu - en 1980 - par le spectateur cette image ? N'a-t-elle pas été vue uniquement comme l'expression d'un moralisme conventionnel ?

Moralisme conventionnel d'autant que ce film défend aussi l'idée que la famille est la cellule sociale de base, qu'il faut la défendre contre le capitalisme. Cette cellule est même d'une pureté intangible. Pierre, le rebelle est en plus totalement asexué. Seules ses relations avec sa sœur sont empreintes d'une certaine sensualité, bien vite éludée. Serait-ce donc lui, le héros total ? Le révolutionnaire. Car c'est une rengaine déjà entendue, « la révolution n'a pas de sexe ».

Sous couvert de grands sentiments et de nobles rébellions, "Le Rebelle" ne ressasse que les grands thèmes de l'hétérocratie, sous la forme d'un véritable mélo. Mais un mélo mal fait qui se prend au sérieux.

Pour finir, Pierre-le-rebelle tue-t-il le capitaliste ou le pédé ?

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